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Les expériences du temps, dans le cadre du Labex : « Les passés dans le présent »

Les expériences du temps, dans le cadre du Labex : « Les passés dans le présent »

Christian DELACROIX
François DOSSE
Patrick GARCIA
Frédérique LANGUE

Organisé par : Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia, Caroline Galland, Frédérique Langue, Bertrand Müller. IHTP-Université Paris-Nanterre (MéMo)

Comment, ici et ailleurs, les passés s’écrivent au présent. L’histoire n’appartient pas qu’aux historiens, mais aux producteurs d’histoire qui comptent certes des historiens, mais aussi des artistes, des romanciers, des cinéastes. Notre recherche entend interroger la catégorie du présent à partir de l’idée que le présent ne se limite pas à l’instant. Des faits très anciens peuvent prendre dans l’après-coup une actualité pressante, ce qui fait ressortir l’hétérochronie de la temporalité, trop longtemps envisagée selon un ordre successif, linéaire et prétendument causal, ce que d’aucuns appellent « l’enfer de la consécution ». Le présent historique revêt une épaisseur temporelle qui suscite une opacité à scruter. Le temps présent est à interroger comme un entre-deux, un travail du passé lové dans le présent. C’est ce nouveau regard que ce séminaire entend regarder de face.

Les historiens de métier n’ont jamais eu le monopole de l’écriture de l’histoire. Le passé appartient à tous et les appropriations qui en sont faites ont toutes leur propre légitimité, qu’il s’agisse de celles des essayistes, des romanciers, des cinéastes et des artistes en général. La présence du passé dans l’espace public n’est certes pas une nouveauté mais, depuis une trentaine d’années, elle gagne en force et en intensité. Le passé est assurément aujourd’hui un enjeu politique majeur et l’espace public se saisit de nombreux épisodes du passé pour les valoriser, les discuter, les reconfigurer, les mettre en récit et en scène.

Si le passé revient ainsi en force, c’est que notre temps semble connaître un dérèglement des mécanismes de la mémoire et de l’oubli qui signe peut-être une crise de la perception collective de l’avenir. Les visions du futur ont joué un rôle essentiel dans la lecture du passé. Elles indiquaient ce qui devait être retenu ou bien écarté du champ de l’analyse comme de celui du récit. Elles permettaient d’écrire une histoire animée d’un sens fort, déterminée par sa fin escomptée, une histoire téléologique. L’exploration des pratiques du temps à l’œuvre dans les domaines esthétiques nous permettrait de retrouver des possibles temporels oubliés ou mal connus. C’est, selon nous, une des conditions pour défataliser notre lecture du passé.

à l'ENS : 48 boulevard Jourdan 75014, de 14h à 17h. Salle R1-8

- 22 janvier 2021 : François Dosse et François Hartog : Le temps à l’épreuve de la Covid 19
en ligne :
https://greenlight.lal.cloud.math.cnrs.fr/b/mul-y4h-urt
 

- 5 mars 2021 : Antoine de Baecque : Les temps de Jean-Luc Godard.

en ligne : https://cyu-fr.zoom.us/j/92257823556?pwd=Y3ZvSjBhMUlYdGNLZnU3Y24xNGFyUT09

Dans le cinéma de Jean-Luc Godard, qui s'est longtemps présenté comme celui de l'hyper présent, du contemporain par excellence, pointant les signes et les vagues de l'actualité, une faille s'est peu à peu ouverte, donnant sur le passé. Le cinéma et la psyché créatrice de Godard se sont engouffrés là, depuis les années 1980, au cours desquelles l'artiste ne cessera de penser la "mort du cinéma". Ainsi, le passé surgit désormais dans les films de Godard, traces de sa propre histoire dans le siècle et ambition de dire en historien, étrange certes, ce que peut en faire revenir la forme cinématographique.  

 

Antoine de Baecque , historien est professeur à l’ENS/PSL et critique de cinéma, notamment aux Cahiers du cinéma, dont il a été rédacteur en chef (1997-1999), puis à Libération, dont il a dirigé les pages culturelles (2001-2006), Antoine de Baecque est spécialiste de la Nouvelle Vague.

 

- 9 avril 2021 : Frédéric Keck : L’anticipation en anthropologie sociale.

en ligne : https://cyu-fr.zoom.us/j/9429191897?pwd=MWxFUXg2aXFzZm5uVlh4M0MxZmdYQT09

La pandémie de Covid-19 a montré l’importance des techniques de préparation aux catastrophes dans la gouvernance globale, reposant sur des sentinelles, des simulations et du stockage prioritaire. Ces techniques se distinguent des techniques de prévention reposant sur le calcul des risques et le raisonnement statistique, qui ont été au principe de la santé publique en Europe. Peut-on éclairer cette distinction récente entre deux formes d’anticipation du futur avec la méthodes comparée de l’anthropologie sociale ?  Je montrerai que la distinction entre prévention et préparation éclaire les travaux de Lucien Lévy-Bruhl sur les techniques de divination dans la « mentalité primitive ». Je plaiderai ainsi pour une étude comparée de la temporalité à travers les formes de l’imagination collective.

Frédéric Keck est directeur de recherche CNRS au Laboratoire d’anthropologie sociale. Il a publié Lucien Lévy-Bruhl, entre philosophie et anthropologie (CNRS Editions, 2008) et Les sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux aux frontières de la Chine (Zones sensibles, 2020).

 

- 17 septembre 2021 : Eugenia Allier Montano : 1968, le mouvement qui triomphera dans le futur

- 5 novembre 2021 : Alexandre Gefen : Qu’est-ce que le rétro-futurisme ?

- 12 novembre 2021 : Christian Ruby : Le feuilleté des temps au point du sujet et au point d’écoute esthétiques.

- 3 décembre 2021 : Jean-Claude Schmitt : Les rythmes du temps chrétien au moyen-âge.