Eléments de bibliographie
La recherche historique et les sources orales
Laurent Douzou
C’est en quelque sorte une règle du genre et nous n’y dérogerons pas : cette bibliographie ne vise pas à l’exhaustivité. Elle a été conçue, dans le droit fil de ce Cahier qu’elle clôt, comme un outil qui se veut immédiatement utilisable par le lecteur soucieux de s’initier à une recherche prenant en compte les sources orales. Le terrain n’était pas vierge et le lecteur trouvera, s’il en éprouve le besoin, matière à compléter cette recension (14, 18, 21, 23, 25, 30, 32, 33, 39, 43, 45, 51, 52, 59, 60, 62, 65, 66). Nous n’avons bien entendu pas repris ces bibliographies dans leur intégralité. La réflexion relative aux sources orales a été intense ces dernières années et de sensibles inflexions se sont produites. Nous avons surtout cherché, tout en citant les ouvrages pionniers et essentiels, à rendre compte de cette évolution récente. Au surplus, l’exhaustivité eût inévitablement conduit, sur un champ sillonné en tous sens et qui a stimulé les historiens depuis de longues années, à la recension d’une masse considérable d’ouvrages. Le plan de classement que nous avons adopté est sujet à critique. "L’histoire orale", parce qu’elle ne ressortit pas exclusivement - loin s’en faut - à l’obédience des historiens, se prête difficilement aux classifications. Les limites entre techniques et méthodes, pour ne prendre que cet exemple, ne sont pas étanches. Il faut en prendre son parti et trancher. C’est ce que nous avons fait en ayant souvent conscience d’opérer un choix qui pouvait être discuté. Ces choix ont avant tout répondu au souci de rendre cette bibliographie aisément accessible et maniable.
Les publications et articles de portée générale comportent des ouvrages de référence, devenus des classiques de "l’histoire orale" d’une part (10, 17, 25, 39, 40, 61), des précis et des mises au point fort utiles pour une première initiation d’autre part (19, 34, 35, 48, 57, 62), les publications enfin des nombreux colloques, réunions et tables rondes qui ont jalonné l’histoire de l’histoire orale au cours des quinze dernières années (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 29, 38, 163, 179, 199, 215, 272, 358, 359), témoignant à tout le moins par leur fréquence et par la qualité des communications qu’on y présentait de ce que "l’histoire orale" et les problèmes épineux qu’elle soulevait ne laissaient pas indifférente la communauté historienne internationale. Quelques ouvrages (8, 24, 27, 37, 39, 56) donneront au lecteur une idée de travaux de qualité dont les auteurs - qui ne sont pas nécessairement répertoriés comme des spécialistes des sources orales - ont eu recours, entre autres, aux témoignages oraux.
La recherche dans le domaine des sources orales étant fort active, il a paru indispensable de citer les revues qui en traitent régulièrement, sinon toujours exclusivement. Ce sont d’incomparables outils. On trouvera intérêt à les feuilleter pour se faire une idée rapide et précise des vents portants, fort changeants en vérité dans les dix dernières années. Dans toute la mesure du possible, on s’est efforcé de citer dans le corps de la bibliographie les articles majeurs publiés récemment par ces revues (12, 14, 23, 26, 30, 33, 45, 54, 59, 60, 65, 66, 153, 158, 160).
Parce que la mémoire est le pivot sur lequel s’articulent les sources orales - et ce n’est pas là leur moindre problème -, parce qu’elle continue d’avoir, parmi les objets de recherche, une place de choix, on lui a consacré une rubrique. L’hétérogénéité des ouvrages cités - allant de la biologie (84, 90, 114) à la philosophie (86, 89, 110) en passant par de nombreuses autres disciplines au premier rang desquelles la sociologie (95, 96, 102) et l’histoire (91, 97, 99, 103, 104, 107, 109, 112, 115, 117, 121), souligne la complexité du processus à l’oeuvre.
Loin d’être annexes ou subalternes, les questions de méthodologie abordées ensuite - qui alimentent des controverses, nourrissent le débat et au total affinent les problématiques - doivent être appréhendées avec acuité par le chercheur qui entend "faire de l’histoire orale". On a volontairement choisi des publications suffisamment espacées dans le temps pour que l’utilisateur de cette bibliographie puisse mesurer les changements intervenus au fil des ans dans la perception de ce qu’on appelle ici par commodité "l’histoire orale" (144). Des "problèmes de méthode en histoire orale" (149), on est graduellement passé, en France par exemple, à des "questions à l’histoire orale" (150). Ce glissement ne se limite pas à une simple mutation d’intitulé. En vérité, "l’histoire orale" a bel et bien été mise en question. Parfois même elle a reçu de voix autorisées une belle volée de bois vert (137). La critique plus constructive est venue d’un horizon qui n’était pas toujours spécifiquement celui des historiens (155). Parce qu’elle se situait à la confluence de disciplines différentes, l’histoire orale a bénéficié d’approches multiples et de compétences diverses quant à la méthodologie qu’il convenait de mettre en oeuvre pour en faire une technique pleinement opérationnelle, ou moins approximative, comme on voudra. Cette remise en cause - d’autant plus brutale que l’engouement avait été vif pour cette "discipline" originale - a suscité un débat riche (122, 126, 147) et précisé les enjeux, les problématiques de ce qui est de plus en plus apparu comme une méthode complexe et difficile à domestiquer (128, 143, 146, 151, 152, 160). La réflexion théorique a débouché sur des applications pratiques fort intéressantes (123, 131, 138, 145), dont certaines nient avec force et non sans talent l’apport de "l’histoire orale" (134), tandis que d’autres, tout en posant la question de la validité de l’histoire orale en tant qu’instrument de recherche opératoire, s’empressent d’y répondre franchement par l’affirmative (156). On ne prendra par conséquent guère de risque en affirmant ici que le débat n’est pas clos. Peut-être le balancier, en France notamment, est-il revenu trop fort. Au lecteur d’en juger au fil de ses découvertes et de sa pratique.
Les questions techniques ne sont pas moins négligeables que les problèmes de méthodologie. Il convient de leur prêter la plus grande attention. Quand bien même tiendrait-on les questions méthodologiques pour tranchées, à quoi servirait-il d’entreprendre de constituer un corpus de témoignages, en vue d’une histoire à faire, si les aspects techniques - essentiels en particulier pour la conservation et l’utilisation ultérieure des matériaux accumulés (162, 164, 166, 169, 172, 173) - n’étaient pas pris en compte ? Ici encore, on a essayé d’en faciliter l’accès par des références peu nombreuses mais éclairantes. La technicité de l’histoire orale ne tient pas uniquement aux supports du témoignage. L’entretien requiert une approche scientifique dont l’analyse est féconde (167, 168, 170, 175, 176).
Restent les "récits de vie", longtemps synonymes exclusifs ou presque de "l’histoire orale". Le temps est révolu - s’il n’est pas si lointain - où enregistrer un témoignage sans en changer un iota pour obtenir un récit de vie, produit brut semblait-il, suffisait. De la nécessaire démarche critique et scientifique à élaborer, les ouvrages généraux donnent un aperçu. On mesurera, en les parcourant, la maturation qui s’est accomplie (181, 187, 190, 191, 196, 197, 202, 204, 205). D’une littérature fort abondante consacrée aux exclus et aux minorités - et qui porte souvent la trace d’une inclination "militante", d’un dessein commémoratif et rédempteur à la fois - nous n’avons retenu qu’un nombre limité de publications. L’extraordinaire variété - sociale (198, 213, 230, 253), historique (180, 183, 186, 200, 267, 280, 295, 299, 305) et géographique (192, 208, 216, 234, 283, 303) - des centres d’intérêt ainsi mis en lumière frappe dès le premier abord. Encore faut-il préciser que nous avons pris le parti de ne citer que quelques thèmes. De la même façon, on a sciemment limité les autobiographies, par exemple en ce qui concerne les résistants. Il y en a pourtant de nombreuses et de qualité. On a par conséquent choisi de n’en présenter qu’un nombre restreint avec pour seul souci de mettre en exergue la variété qui les caractérise. L’exigence scientifique et théorique croissante est un autre trait qui se dégage de ces "récits de vie" au fil des recherches. Sérieusement mise en question, ébranlée dans ses fondements mêmes et ses motivations, la démarche, progressivement transfigurée, soumise à une analyse théorique qui lui est intimement liée, parait avoir encore de beaux jours devant elle tant pour ce qui a trait aux travaux de synthèse (207) qu’en ce qui concerne le récit de vie proprement dit (282). A la condition expresse que la rigueur méthodologique soit sans cesse en alerte. Car, le récit de vie résume en quelque manière, de façon parfois caricaturale, tous les pièges de l’histoire orale.
Peut-être trouvera-t-on bien maigre l’ultime rubrique qui concerne l’histoire des entreprises et des administrations. Ce serait aller vite en besogne. La qualité, faut-il le rappeler, ne se juge pas à l’aune de la somme des publications. Des travaux sont en cours qui ne tarderont pas à étoffer ce volet des applications de "l’histoire orale". Il semble bien par ailleurs - sous bénéfice d’inventaire - que nombre d’études portant sur cette histoire aient eu recours aux sources orales sans en faire toujours explicitement état, ce qui aurait eu pour effet de minorer leur apport visible. Mais il y a plus intéressant : tout se passe en réalité comme si "l’histoire orale", primitivement vouée à retracer la destinée des humbles, des sans-grade, avait fini, en même temps que les controverses méthodologiques soulignaient les écueils d’une approche militante, par s’intéresser à tous les aspects de la vie sociale et économique. La prise de décision, la stratégie industrielle, la vie interne des corps administratifs sont du lot. Les décideurs et les grands commis de l’Etat côtoient désormais les marginaux et les laissés pour compte dans le champ des sources orales et des récits de vie. C’est un indice révélateur du renouvellement profond de la problématique et de la méthodologie d’un genre dont les objets d’étude étaient longtemps restés circonscrits à quelques territoires soigneusement délimités. Les interrogations sur les sources orales, une demande sociale plus diversifiée et plus pressante aussi peuvent sans doute expliquer cet élargissement de l’horizon de l’"oral history".
Ce qu’on a appelé un peu hâtivement "l’histoire orale" n’est sûrement pas une discipline à part entière, une sorte d’autre histoire qui évoluerait parallèlement à l’histoire dite traditionnelle, voire officielle, comme indépendamment d’elle, pour ne pas dire contre elle. De cela témoigne pour l’essentiel la bibliographie qu’on va découvrir. Mais les sources orales, dans une foule de domaines et pour toutes sortes de raisons - fort complexes -, ne sauraient être dédaignées sans dommage pour l’histoire contemporaine. Prudente, maîtrisée, remise à sa place - qui n’est pas minime - aux côtés de toutes les sources auxquelles l’historien fait appel, la pratique des sources orales est d’un secours précieux à qui veut comprendre et rendre intelligible l’histoire du temps présent.
Bibliographie
PLAN DE CLASSEMENT
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