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Institut d’histoire du temps présent - IHTP

 
 
 

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Werth Nicolas


 

Directeur de recherche au CNRS - IHTP

Contact : werth@ihtp.cnrs.fr

Ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire, Nicolas Werth a enseigné dans le Secondaire et à l’étranger ( Minsk, New-York, Moscou, Shanghaï). Il a occupé les fonctions d’Attaché culturel auprès de l’Ambassade de France à Moscou durant la perestroïka ( 1985-1989). Entré au CNRS en 1989, Nicolas Werth s’est consacré depuis son premier livre (Etre communiste en URSS sous Staline, Gallimard, 1981) à l’histoire sociale de l’URSS ( plus particulièrement des années 1920-1930), aux rapports entre le pouvoir et la société, aux formes de violence étatique et aux résistances du social face au politique.

Axes de recherche et publications récentes

Nicolas Werth a participé à L’Histoire du Goulag stalinien ( Istoria Stalinskogo Gulaga) en 7 volumes ( 6 000 pages) parue en 2004-2005 aux éditions Rosspen à Moscou. Dans ce projet collectif initié par les Archives d’Etat de la Fédération de Russie et The Hoover Institution on War, Revolution and Peace, Nicolas Werth était chargé, avec Serguei Mironenko, directeur des Archives d’Etat de la Fédération de Russie, de la rédaction du 1er volume sur « Les politiques répressives en URSS de la fin des années 1920 au milieu des années 1950 ». L’ensemble de cette monumentale Histoire du Goulag stalinien préfacée par Robert Conquest et Alexandre Soljenitsyne, a fait l’objet de nombreuses recensions, très positives, tant en Russie, où elle a obtenu plusieurs distinctions scientifiques, qu’aux Etats-Unis, en Allemagne ou en France.

Autre projet collectif de publication de documents d’archives dans lequel Nicolas Werth s’est investi depuis plusieurs années – Les campagnes soviétiques dans les rapports de la police politique ( Tchéka, OGPU, NKVD) 1918-1941 ( Sovetskaia derevnia glazami VCK, OGPU,NKVD, 1918-1941). Ce projet ( 4 volumes déjà parus aux éditions Rosspen, Moscou, en 1998, 2000, 2003, 2005), initié en 1997 par le Professeur V.P.Danilov, spécialiste internationalement reconnu de la paysannerie soviétique, décédé en mars 2004, associe une quinzaine d’historiens et d’archivistes. La Maison des Sciences de l’Homme ( coordinateur : Alexis Berelowitch, co-responsable du projet), l’IHTP ( responsable : Nicolas Werth) participent à ce projet, aux côtés de l’Institut d’Histoire de Russie de l’Académie des sciences de Russie, des Archives centrales du FSB de la Fédération de Russie ( d’où sont extraits la plupart des documents publiés), des Archives militaires de la Fédération de Russie et des Archives Economiques d’Etat de la Russie. Désirant permettre aux historiens non russophones de prendre connaissance de ces sources exceptionnelles éclairant l’histoire politique, économique et sociale des campagnes soviétiques, Nicolas Werth a entrepris de traduire, présenter et commenter de larges extraits des quatre premiers volumes, publiés dans deux numéros des Cahiers de l’IHTP ( n°78, 200 p ; n° 81-82, 340 p.) Le 5ème et dernier volume, sous la direction d’Alexis Berelowitch et de Nicolas Werth, paraitra en 2009.

Parmi les derniers ouvrages de Nicolas Werth, figure un recueil d’une vingtaine d’articles, paru en 2007 sous le titre La Terreur et le désarroi. Staline et son système , Paris, Perrin, 600 p. Le titre choisi, La Terreur et le désarroi ( ce second terme étant entendu ici non seulement dans le sens courant, mais au sens étymologique de desareer ou desarroyer, « mettre en désordre ») peut surprendre, concernant l’URSS stalinienne. Il est cependant le plus apte à rendre compte de la thèse centrale qui sous-tend l’ensemble de l’ouvrage. Au croisement de l’histoire politique et de l’histoire sociale, les recherches de Nicolas Werth se situent dans une perspective qui considère désormais daté le clivage qui avait divisé la soviétologie entre une école « totalitariste » et une école « révisionniste ». Il s’attache à montrer que le violence d’Etat, massivement exercée par le régime soviétique jusqu’au début des années 1950, était certes alimentée par l’idéologie, mais aussi par la perception aiguë qu’avaient les dirigeants de la fragilité du système face à un corps social difficilement maîtrisable et à des relais d’encadrement peu fiables. Les difficultés réelles du système à mettre en œuvre un contrôle efficace sur cette « société de sables mouvants » qu’était le corps social soviétique sous le stalinisme, profondément déstructuré, soumis à des tensions et à une violence extrêmes, ne manquaient pas d’engendrer, parmi les dirigeants, un véritable syndrome de frustration. L’abondante documentation nouvelle sur la société soviétique sous le stalinisme, une société « traversée par la domination », mais pas pour autant fermement contrôlée, révèle en effet le fort niveau de désordre sociale, la permanence de formes multiples et variées de résistance sociétale, l’existence, tout au cours de la période stalinienne, de très fortes tensions entre un régime qui s’efforçait d’étendre son contrôle à un nombre croissant de sphères de la vie sociale, et une société qui opposait une gamme infinie de résistances, le plus souvent passives, expérimentait diverses stratégies de contournement, d’évitement ou de survie. Les difficultés du régime à maîtriser une société réfractaire alimentaient en permanence la violence d’Etat. Unique réponse aux obstacles rencontrés, les campagnes répressives successives généraient le plus souvent non « l’ordre » souhaité, mais des mouvements sociaux incontrôlés, des effets en chaîne imprévus, des conséquences inattendues qui entretenaient et amplifiaient la spirale de la violence. Prendre davantage en compte les tensions suscitées par l’enchaînement -résistance sociétale à l’emprise du régime, offensive politique visant à reprendre le contrôle et à modifier durablement les paramètres économiques et sociaux par de véritables opérations d’ingéniérie sociale, réaction de résistance sociétale, nouveau cycle de répression par criminalisation-politisation généralisée des comportements sociaux jugés déviants ou non-conformes – permet de mieux saisir les ressorts de la violence extrême du stalinisme. Pour cette relecture des rapports Etat-société en URSS, cinq moments-clés ont été privilégiés, à la fois pour leur spécificité et dans leurs enchaînements : la « matrice » du stalinisme qu’ a été la période de la Première guerre mondiale, des révolutions de 1917 et des guerres civiles prise dans son ensemble ; les années 1930-1933, marquées par le grand affrontement entre le régime et la paysannerie et le développement de politiques de prédation massive qui débouchèrent sur la dernière grande famine européenne ; les années de la « Grande Terreur » ( 1937-1938), point d’aboutissement, radical et meurtrier, des politiques d’ingéniérie sociale expérimentées depuis le début des années 1930 ; les années de « sortie » de la Seconde guerre mondiale qui virent, contre toute attente, le régime s’engager dans une politique très dure de reprise en mains de la société après le relatif relâchement des contrôles qui accompagna la Grande guerre patriotique ; enfin, les années 1953-1956, celles de la « sortie du stalinisme ». Cet ouvrage est en cours de traduction en russe et en anglais.

Autre ouvrage récemment paru, L’Ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie ( Paris, Perrin, 2006 et 2008, 210 p) . Ce livre a déjà été traduit en allemand (Siedler, 2006), en anglais (Princeton University Press, 2007), en italien (Corbaccio, 2007), en roumain (Vremea, 2008) Trois autres éditions étrangères sont en cours : tchèque, portugais, espagnol. Premier livre en français sur le « second Goulag », non pas celui des camps de travail, mais celui des « villages spéciaux », cette étude, fondée sur un ensemble exceptionnel d’archives jamais encore exploitées, est un essai de « micro-histoire » d’une déportation-abandon de quelque 6 000 « éléments socialement nuisibles » déportés, en avril 1933, de Moscou et de Leningrad vers une îlot inhabité du fleuve Ob, à 900 kms de la ville sibérienne de Tomsk. Ce livre éclaire quatre grandes questions. Tout d’abord, la mise en œuvre meurtrière d’une utopie : celle d’une vaste entreprise d’ingéniérie sociale, d’une planification bureaucratique et policière visant à « nettoyer » et à « purifier » certains espaces soviétiques – et notamment les « villes à régime spécial », véritables « vitrines du socialisme », de leurs « éléments déclassés et socialement nuisibles » en les déportant massivement vers des « zones-poubelles » du pays ( Sibérie, Kazakhstan). Ce livre permet également de mieux comprendre le fonctionnement, encore fort peu connu, du système des « peuplements spéciaux », ce « second Goulag » qui se développa et prospéra, un quart de siècle durant, parallèlement au système des camps de travail forcé. Il permet aussi de mesurer l’extraordinaire violence sociale qui avait gagné, au début des années 1930, le « Far East » soviétique, cette « nouvelle frontière du socialisme », espaces d’où l’Etat, du moins dans la définition qu’en donne Max Weber d’un « système qui revendique avec succès un droit de faire la loi sur un territoire, en vertu du monopole de l’usage de la violence physique légitime », était quasiment absent. Ce livre enfin, offre un remarquable laboratoire d’observation anthropologique d’un groupe d’individus soumis à une situation extrême, génératrice de régression et de transgressions au terme d’un véritable processus de décivilisation.

Prochaine parution ( mars 2009), L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse, La Grande Terreur en URSS, 1937-1938, Paris, Taillandier ( 330 p). Cet ouvrage montre que la Grande Terreur de 1937-1938 fut bien autre chose que le point culminant d’une purge politique dirigée avant tout contre les élites politiques, économiques, militaires et culturelles. La « Grande Terreur » fut aussi, et sans doute avant tout, autre chose : le point d’aboutissement, radical et meurtrier, de toute une pratique de gestion policière du social inaugurée, au début des années 1930, avec la « dékoulakisation » et poursuivie, à partir de 1933, par une politique de rafles-expulsions d’éléments « socialement nuisibles » des villes et de « nettoyage » des zones frontalières de leurs minorités ethniques. Les années de la « Grande Terreur » concentrent, à elles seules, près des trois quarts des condamnations à mort prononcées, entre la fin de la guerre civile ( 1921) et la disparition de Staline ( 1953) par une juridiction d’exception dépendant de la police politique ou des tribunaux militaires. Il s’agit d’un véritable nœud de « radicalisation cumulative », sans égal durant l’ensemble de la période soviétique, qui résulte de la convergence, à un moment de grandes tensions internationales annonciatrices d’un conflit européen imminent, de deux lignes répressives – l’une, politique, dirigée contre les élites, l’autre, sociale, contre un vaste ensemble d’ « éléments socialement nuisibles » et « ethniquement suspects » perçus par Staline comme autant d’éléments d’une mythique « cinquième colonne de terroristes à la solde des Puissances étrangères hostiles à l’URSS ».L’ouvrage analyse l’articulation entre « face publique » et « face secrète » de la Terreur. Il explore les différentes échelles de l’événement : depuis les mécanismes de prise de décision jusqu’à la mise en œuvre des « opérations de masse » au niveau local. Il propose une sociologie des victimes et des perpetrators. A travers une série de « micro-histoires » ( d’où le titre du livre) étudiées à partir de sources locales telles que les protocoles des juridictions d’exception et les dossiers d’instruction, l’ouvrage analyse les ressorts et les dynamiques de ce meurtre de masse ( 750 000 fusillés en quinze mois). Comment fonctionnaient les officines locales du NKVD appelées à « faire du chiffre » et à « remplir les quotas » ? Qui étaient les perpetrators ? Qui précisément ( au-delà des catégories standard figurant dans les rapports et les statistiques du NKVD) étaient les victimes ? Comment avaient-elles été ciblées ? Par un fichage policier ou administratif préalable ? A la suite de rafles ? Sur la base de dénonciations ? L’un des enjeux majeurs de ces questions étant le degré de « participation sociale » à la Terreur.

Liste des publications principales de Nicolas WERTH

 

 

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