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Groupe de recherche : Étude comparée des politiques des États européens vis-à-vis des Juifs depuis 1945
Étude des politiques de « réparation » vis-à-vis des Juifs depuis 1945.
Législation, mise en application, symbolique(s).
(Anne Grynberg)
Ce groupe de recherche travaille depuis le début de l’année 2008 en liaison avec le Comité d’histoire auprès de la Commission d’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation (CIVS) dont Anne Grynberg, professeure des Universités en histoire contemporaine, chercheuse associée à l’IHTP, assure la direction scientifique ; fondé en septembre 2007 pour une durée de trois ans, celui-ci vient d’être reconduit pour deux années supplémentaires. Son objectif est double :
retracer les politiques de « réparation » — notamment des spoliations subies par les Juifs pendant l’Occupation et sous le régime de Vichy — mises en œuvre par la France depuis l’immédiat après-guerre jusqu’à aujourd’hui, en analysant leurs fondements théoriques, leurs modalités d’application pratique et leur réception ;
mettre ces politiques publiques en perspective avec celles qui ont été adoptées dans d’autres pays, surtout à partir des années 1990 qui, dans ce domaine, ont ouvert une ère nouvelle sur le plan international.
Nous avons consacré les premières séances de notre groupe de recherche à un rappel historique et historiographique de la question des spoliations matérielles qui, sous forme de confiscations ou de pillages, ont frappé les Juifs de France et des autres pays de l’Europe occupée et qui ont été partie intégrante de leur persécution.
Nous nous sommes intéressés aux politiques de restitution et d’indemnisation mises en place dès l’immédiat après-guerre dans la plupart des pays concernés, du moins à l’Ouest de l’Europe. En faveur de qui ? Selon quels critères ? Comment ces mesures s’articulaient-elles avec la question de la réintégration des Juifs dans les diverses communautés nationales dont beaucoup devaient se reconstruire ?
Nous avons abordé également la manière dont l’Allemagne est intervenue, à partir des années 1950, promulguant des « lois de réparation » (BEG et BRüG) dont le bénéfice a été étendu aux Juifs européens, en dehors du territoire de l’Allemagne. Comment les textes législatifs ont-ils évolué ? Quels ont été les différents acteurs qui, à différents niveaux, ont œuvré à leur application ? Quels débats ont accompagné ce geste des autorités de la RFA, que certains ont interprété comme une forme d’incitation à l’oubli sinon au pardon ?
Nous nous sommes ensuite interrogés sur le contexte dans lequel la question des « réparations » a été réactivée au cours de la décennie 1990, donnant naissance à de nombreuses commissions nationales, cette fois à l’Ouest comme à l’Est de l’Europe, et hors d’Europe, alors que dans le même temps, se multipliaient commémorations et parfois « déclarations de repentance » ? Quel rôle les États-Unis ont-ils joué ? Comment les opinions publiques ont-elles réagi ?
Autant de questionnements auxquels nous nous sommes confrontés au cours de ces trois dernières années, en engageant le débat avec de nombreux chercheurs spécialistes de ces questions, tant en France qu’à l’étranger (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Italie, Suisse, Israël, États-Unis…).
Nous nous proposons maintenant de poursuivre notre réflexion sur ce processus de « réparation » au sein duquel les aspects matériels, mémoriels et moraux sont tellement intriqués que leur valeur symbolique est inséparable de leur seul aspect financier.
L’étude que nous menons sous-tend en effet un questionnement sur la « politique historique » comme constituante des politiques publiques, sur consensus et dissensus mémoriels en Europe, sur le rapport entre histoire et justice, ainsi qu’une réflexion concomitante sur les questions éthiques soulevées par ce processus de reconnaissance d’une ou de catégorie(s) de victimes, de réconciliation et de reconstruction d’un « vivre ensemble », au-delà de l’occultation qui a prévalu pendant plusieurs décennies et de la « concurrence des mémoires » qui s’exprime parfois.
Dans une optique résolument pluridisciplinaire, nous souhaitons approfondir le débat avec des interlocuteurs divers par leur formation et leurs opinions, autour de questions telles que :
La réparation / le pardon / l’oubli ;
La symbolique de l’argent ;
Le statut de victime, sa transmission comme facteur identitaire ;
Le problème de l’apurement de la dette, du moins en termes d’indemnisation financière ;
La ‘résilience’ à laquelle participe peut-être (sans doute ?) la reconnaissance par les plus hautes autorités de l’État des responsabilités historiques de celui-ci…
Se pose aussi la question d’une politique européenne de la « réparation », que celle-ci concerne les victimes de la Shoah ou d’autres.
Les séances du groupe de recherche sont organisées cette année par Anne Grynberg et Johanna Linsler.
Elles auront lieu le mercredi, de 17 heures à 19 heures 30.
La première se tiendra le 27 avril 2011 (IHTP, salle 124).
Séance du 25 mai :
Intervention de Jean-Michel Chaumont, professeur à l’Université Libre de Louvain, auteur notamment de : La Concurrence des victimes. Génocide, identité, reconnaissance, (Paris, La Découverte, 2002). Son intervention portera plus particulièrement sur la thématique suivante : Les survivants suspects. Hypothèses sur les racines antiques du "Blame the Victim Syndrome".
Pour tout contact : mailto:annegryn@club-internet
Institut d’Histoire du Temps Présent
59-61 rue Pouchet – 75017 Paris
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