|
Les enjeux et les difficultés d’écriture de l’histoire immédiate au Maghreb
par Benjamin Stora
[1]
Benjamin Stora[2]
Au
Maroc et en Algérie, pendant des années, le passé immédiat,
celui de l’après-indépendance, a été violemment
refoulé. Aujourd’hui les exigences de l’ouverture démocratique
dans ces deux pays font émerger lentement cette période douloureuse
qui produit encore bien des meurtrissures dans les deux sociétés.
Le grand débat qui agite les historiens marocains et algériens
se focalise sur le rapport entre l’histoire et l’histoire immédiate,
longtemps laissé aux hommes politiques, idéologues ou journalistes
avec des risques évidents de manipulations, ou d’éclatements du
récit historique. La Tunisie, autre pays important du Maghreb, semble
à l’écart de ce mouvement d’interrogations.
Quel est le rôle de l’historien dans le traitement de l’histoire immédiate
? Pourquoi le passé fait-il soudainement irruption dans les débats
de la scène politique maghrébine ? Comment traiter en historien
une affaire d’État comme celle de « l’affaire Ben Barka » au Maroc, ou du drame des harkis en Algérie ? Que pèse le passé sur le présent ? Où se trouvent les archives maghrébines
et quels enjeux déterminent-elles ? L’historien doit-il se comporter
en « juge », engagé dans des logiques de « réparations
», ou en « savant », à l’écart des enjeux politiques
qui traversent les sociétés ?
Le
présent commande au passé
Aujourd’hui,
dans les deux principaux pays du Maghreb, au Maroc et en Algérie, le
passé semble rattraper le présent. Cette soudaine résurgence
d’une histoire, que l’on a voulu enterrer, se comprend par les spasmes qui secouent
l’actualité. L’arrivée au pouvoir, pratiquement en même
temps, de Abdelaziz Bouteflika en Algérie et du jeune roi Mohammed VI
au Maroc au printemps et dans l’été 1999, ont bousculé bien des certitudes, libéré des paroles, remis en cause des évidences
historiques pourtant solidement installées. En Algérie, Abdelaziz
Bouteflika a évoqué le passé juif de l’Algérie dans
un discours à Constantine, donné des noms de dirigeants « maudits » du nationalisme algérien à des aéroports
(Messali Hadj à Tlemcen ou Abane Ramdane à Béjaia), et
des colloques officiels se sont tenus sur des personnages comme Ferhat Abbas.
Au Maroc, Mohamed VI a accompli son premier voyage officiel dans le Rif, région
longtemps en dissidence face au pouvoir central, autorisé le retour de
l’opposant Abraham Serfaty, et ne s’est pas opposé aux diverses publications
marocaines brisant pourtant des sujets tabous. Ainsi dans de nombreuses publications
de presse, hebdomadaires ou quotidiennes, il est possible de trouver des longs
articles sur l’affaire Ben Barka avec recherche et publications de paroles de
témoins, des enquêtes fouillées sur les sanglants règlements
de compte à l’intérieur du mouvement national marocain au lendemain
de l’indépendance de 1956, des « reportages » de mémoire
à propos du soulèvement populaire à Casablanca en mars
1965.
Le passé fait irruption dans un présent qui se modifie. Il n’arrive
pas de manière innocente, par contingence. Il arrive en relation avec
des enjeux nouveaux du présent, et du « futur très proche
» : le passage actuel à la démocratie, l’émergence
des mouvements citoyens, le besoin de libertés publiques et de l’autonomie
de l’individu. Ces défis commandent et conduisent au passé. Longtemps,
des travaux académiques universitaires sur des périodes immédiates
et terribles sont restés confinés dans leurs étroites sphères.
Ils ne sont « activés » que si le présent l’exige.
Cette résurgence répond également à une très
forte attente des citoyens à connaître la vérité,
au-delà des enjeux politiques immédiats. Ce passé immédiat
retrouvé fracture les récits unanimistes, les discours étatiques
officiels qui dissimulaient la vérité. Tout d’un coup, dès
qu’il y a passé multiple, contradictoire, le présent lui-même
se fracture. Les cassures donnent leur pleine mesure à la démocratie
politique. La sortie d’une histoire convenue, unanimiste, produite par le haut
ou dissimulée s’effectue en ce moment. Aujourd’hui, en Algérie
ou au Maroc, les sociétés sont prêtes, elles ont besoin
d’histoires multiples diversifiées, non officielles. Elles entendent
sortir d’un certain type de narration qui leur a été imposé,
désirent se réapproprier des fragments d’histoire plurielle pour
sortir d’une histoire « massive », anonyme.
Les
archives, symptôme de confiscation et de citoyenneté
Mais
comment sortir de cette histoire massive, imposée par le haut, quand
l’État construit le monopole des archives de cette histoire ? Au delà des recherches et des inventaires sur les archives écrites, institutionnelles,
étatiques, officielles, difficiles d’accès, qui cohabitent avec
les archives privées, familiales, individuelles, d’autres interrogations
s’amplifient sur le « statut » des archives. Une archive seule ne
suffit pas à déterminer la vérité, elle est un point
de départ du travail historique. Qu’il s’agisse d’une archive judiciaire
étatique ou privée, celle-ci fonctionne comme une déflagration
et produit des éclats de sens. À la différence du journaliste,
captivé par la découverte et « l’exclusivité » d’une information, l’historien doit prendre garde à ne pas se laisser
« séduire » par l’archive. Il lui faut repérer et
« récupérer » les sens qu’elle produit. Il lui faut
pratiquer une distance critique, une mise en perspective, un travail de confrontation
de sources. Cette réflexion a brusquement surgit au Maghreb, avec le
déluge de « scoops » d’histoires récentes qui inondent
régulièrement les presses marocaine et algérienne. Parallèlement,
se développe une interrogation sur la confiscation par l’État
de ses archives.
La dissimulation d’archives par les États existe toujours de nos jours.
Pour de nombreux historiens du Maghreb aujourd’hui, l’impossibilité d’accès
aux archives est un problème politique. La dissimulation d’archives publiques
pèse sur la découverte possible d’archives privées. Des
citoyens qui ont été acteurs de l’histoire possèdent une
quantité de documents, des photographies ou des lettres. Ils n’ont pas
confiance en l’État et ne les lui livrent pas. Ils les conservent pour
eux. L’une des difficultés d’écriture de l’histoire du Maghreb
se lit dans le divorce qui existe entre la construction des archives officielles,
et l’extraordinaire richesse contenue dans les archives privées. En France,
les legs aux Archives nationales sont devenus monnaie courante, cette tradition
se perpétue en rapport avec le faible déficit de légitimité de l’État. Au Maroc ou en Algérie, la défiance du citoyen
par rapport à l’État reste élevée ; et des historiens
trouvent parfois des pépites dans les archives privées plutôt
que dans les archives officielles. Ainsi, en travaillant sur Messali Hadj dans
les années 1975-1978, en compulsant les archives de la famille, des amis,
des compagnons, ce « trésor » m’est apparu. En fait, il ne
faut pas s’arrêter aux archives officielles, mais en soulevant des interrogations,
découvrir des archives nouvelles.
Se pose également un problème de conservation d’archives. Les
États qui ont accédé à l’indépendance dans
les années 1960 ne se sont pas préoccupés de stocker leurs
archives. L’urgence c’était de bâtir un État, un pays, non
de conserver une histoire ancienne, ou plus proche comme la séquence
coloniale jugée infamante. Dans les pays du Maghreb, les lieux de conservation
d’archives sont dérisoires et privés de moyens. Une inégalité flagrante entre pays du Sud et du Nord, sur la question des archives, continue
aussi de se creuser. La dépossession des archives, transférées
et « capturées » par le colonisateur, pèse toujours
au Maghreb. L’histoire des archives, et de leur restitution, se confond avec
un processus de repossession de mémoire nationale. Le cas le plus spectaculaire,
encore une fois, reste celui de l’Algérie. En 1962, la France a rapatrié la quasi-totalité des archives, des renseignements policiers aux cadastres.
Mais le phénomène est aussi observable pour le Maroc. Les archives
apparaissent aussi comme des enjeux culturels, identitaires.
Temps de latence,
quand l’occultation du passé fragmente le présent
Dans
tous les États, des lois existent sur la question des archives. Pour
se justifier, l’État invoque sa sécurité. Des archives
de sécurité et de souveraineté ne peuvent pas être
divulguées de manière automatique, même dans des États
les plus démocratiques. Ces lois fonctionnent sur le principe de la temporalité :
il n’est possible d’avoir accès à telle ou telle archives qu’à partir d’un seuil de temps. Le problème en France n’est pas celui de
l’accès mais de la temporalité : trente ans pour toutes les archives,
soixante ans pour les archives privées, cent vingt ans pour les archives
touchant la sécurité de l’État. Ce temps est-il trop long
ou suffisant ? Qu’en est-il pour ce qui est, par exemple, de la guerre d’Algérie,
en France ? La guerre d’Algérie reste une séquence brûlante
dans l’histoire intérieure française. Certains disent que l’on
n’a pas accès aux archives. Or, depuis 1992 une grande partie d’archives
étatiques sont accessibles. Mais à cause de procédures
juridiques complexes, certaines de ces archives tombent sous le coup de « protection de la vie privée des individus ». Cette question n’est
pas simple à régler.
En fait, existe vraisemblablement un temps de latence dans l’écriture
du travail historique qui paraît s’établir en relation avec la
protection de la vie privée des individus. Il n’est que de voir le destin
des harkis qui ont combattu aux côtés de la France. Ils ont été très nombreux et certains sont toujours vivants. On connaît le
problème moral qui se rattache à cette question et touche au bas
mot 100 000 hommes. En d’autres termes, l’ouverture des archives permet-elle
d’écrire une histoire sereine, ou l’ouverture des archives est-elle faite
pour raviver des vengeances passées, réactiver des blessures toujours
apparentes, non cicatrisées ? L’historien doit-il faire fusionner, se
métisser des mémoires blessées ?
« L’affaire Ben Barka », dont le secret partiel a été levé en France, reste typiquement l’affaire d’État qui fait l’objet
non d’un traitement historique serein, mais d’une perpétuelle divulgation
journalistique. On fait de l’archive une déflagration. Depuis 1965 la
question lancinante est toujours la même : possède-t-on des archives
nouvelles sur cette affaire ? La plupart des historiens pensent par la négative.
L’absence de paroles nouvelles dans les témoignages, le vide d’archives
étatiques éveillent le soupçon de manipulations dont on
ne saisit pas les enjeux. Les déclarations d’un ancien « barbouze
», Antoine Lopez, ne sont confrontées avec aucun autre témoignage,
ne sont pas vérifiées. La déclassification des archives
étatiques est régulièrement évoquée, mais
les pièces déclassifiées essentielles ne sont pas accessibles.
Cette question d’archives pose le problème de l’engagement citoyen des
historiens. Ces derniers ont trop laissé la place que des journalistes
occupent, légitimement, pour traiter de l’histoire contemporaine. Sur
cette « affaire Ben Barka », qui touche au fonctionnement de l’État,
le travail des historiens reste faible. Ceux-ci doivent effectuer un travail
de croisement des sources disponibles, de recoupement et vérification
des témoignages déjà recueillis, mettre en perspective
la fabrication du sens historique, établir des relations avec l’histoire
du mouvement national marocain, voire maghrébin. L’histoire des services
secrets des États ne peut être négligée. Un retard
a été pris par les historiens sur ce type d’événements
qui ont dérivé dans les eaux médiatiques, au mauvais sens
du terme. La responsabilité historienne est grande, au risque de se trouver
en retard par rapport aux sociétés, marocaine ou algérienne,
qui expriment de plus en plus d’exigences pour une histoire plurielle.
Le Maroc, a accumulé un certain retard dans l’écriture de l’histoire
immédiate. Et dans une plus grande mesure, la Tunisie. Le répondant
sur le plan académique et scientifique sur ce type d’affaires reste insuffisant.
Invoquer les difficultés d’accès aux archives ne suffit pas. Les
volontés de mise en uvre d’une problématique, pour élucider
les énigmes historiques récentes, restent essentielles. À titre d’exemple, la décision en Algérie de travailler sur un personnage
comme Abane Ramdane, militant algérien fondateur du FLN qui a été assassiné par d’autres responsables du FLN en décembre 1957, est
lourde de conséquences. Son assassinat met en lumière une problématique
cruciale dans l’Algérie d’aujourd’hui : les rapports entre l’armée
et la politique, avec la puissance de « l’armée des frontières
» dès l’année 1957, contre les maquis de l’intérieur.
L’assassinat de Abbane Ramdane marque la fin du nationalisme politique, le début
du nationalisme militaire. En Algérie, des historiens ont commencé à faire ce travail depuis les années 1980, Mohamed Harbi par exemple.
Dans ce pays, la conscience est forte que la négation, par l’histoire
officielle, de pans entiers de la guerre d’indépendance n’est pas étrangère
à la guerre civile qui déchire le pays depuis 1992. L’occultation
du passé fragmente à sa manière le présent et le
futur. L’histoire de la tragédie algérienne d’aujourd’hui peut
se lire comme une histoire sociale, économique, un engrenage d’intérêts,
un récit classique de conflits politiques. Mais c’est aussi une histoire
de ruminations, de vengeances de clans à clans, de villages à villages. L’amnésie sur la réalité du nationalisme politique
algérien a pu fonctionner comme une bombe à fragmentation. Les
haines, les rancurs sont restées longtemps confinées dans
l’espace privé. Elles ont explosé dans l’espace public trente
années plus tard. Pour ne pas avoir assumé le passé dans
sa complexité, il a explosé dans le présent de manière
anarchique, désordonnée, en échappant à tout contrôle.
Quarante années, c’est peut-être le temps de latence possible.
Au Maroc, dans une dimension moindre le même problème se pose,
resurgit : la haine entre les clans politiques, les assassinats, enlèvements
et séquestrations, à l’intérieur du mouvement national
marocain, non élucidés. Le spectre algérien plane de manière
lancinante, avec les mêmes effets dévastateurs si les risques d’écriture
de l’histoire ne sont pas maîtrisés.
L’histoire,
entre blessures, vengeances et réparations
L’historien
repère les traces de l’histoire immédiate pour voir si la société se trouve en mesure se réconcilier avec elle-même. L’histoire ne
s’écrit pas pour entretenir des guerres éternelles. Si c’était
le cas, alors, le danger est de se situer non pas dans la réparation
mais dans la vengeance. Cette question et ce choix sont décisifs dans
les sociétés qui sont, comme au Maroc, dans une transition démocratique.
Trop d’histoires non assumées de manière sereine provoquent des
histoires. L’historien se trouve aujourd’hui dans cette dialectique complexe
entre écrire l’histoire, et faire en sorte que l’histoire ne serve pas
à fabriquer des vengeances. Mais peut-il y avoir réparation quand
les meurtrissures sont à vif ? Le niveau premier est celui de la responsabilité de l’État. La reconnaissance par l’État ce qui s’est passé peut apaiser. La reconnaissance permet l’identification des problèmes,
des revendications et douleurs ; des processus d’apaisement se mettent en mouvement,
dans une redécouverte des « corps de personnages » trop longtemps
disparus, enfin retrouvés.
La responsabilité des élites intellectuelles est également
importante. Il ne faut pas procéder par électrochocs, sans recoupement,
sans vérification, au risque de réactiver des choses piégées,
minées dont on ne perçoit pas les effets. Si l’on revient à la question sensible des archives, il faut considérer qu’une archive
nouvelle, c’est un peu comme une grenade qui fait irruption dans le récit
traditionnel. Il faut contextualiser cette archive, la confronter, la mettre
en perspective. Les historiens travaillent sur la mémoire et la restitution
du temps dissimulé, mais ils travaillent aussi sur les mécanismes
de l’oubli. Les sociétés ne peuvent vivre en état perpétuel
d’exaltation et de frénésie : trop d’histoires encombrent le présent.
Les sociétés fonctionnent dans une dialectique subtile entre mémoire
et oubli.
Vers
une perte du monopole d’écriture de l’histoire
Une
histoire plurielle arrive par le bas, fragile et difficile à écrire.
Des fragments d’histoire de vies passées refont surface pour dire que
le présent n’est pas aussi simple que ce que l’on a bien voulu dire.
Ces témoignages ont d’autant plus de mal à être entendu
que ce passé est trop proche, et qu’il intéresse des générations
toujours présentes. Les acteurs ont toujours voulu parler. Des livres
sont parus sur des événements tragiques intervenus il y a vingt
ou trente ans, des périodes tragiques, d’enlèvements, de séquestrations
et de luttes à l’intérieur du mouvement national. Des récits
ont toujours existé, mais pour qu’une parole soit entendue par la société,
encore faut-il que le présent l’exige, que la société soit
prête à l’écouter. Au Maghreb aujourd’hui, l’intérêt
s’éveille pour la mémoire des vieux militants, avec le désir
de reconstruire l’histoire par en bas, par les témoignages, aller de
mémoire en mémoire, d’acteur en acteur. Voir comment des militants
nationalistes maghrébins ont pu circuler de part et d’autre des frontières
pour construire des projets communs, à travers les mouvements de décolonisation.
Cette histoire, méconnue, perdue et que l’on commence à peine
à retrouver, peut contribuer à faire reculer le sentiment de fermeture,
de séparation entre chacun des pays du Maghreb. L’écoute des paroles
des militants de l’Istiqlal marocain et du PPA algérien, disent des circulations
et des voyages de militants, des histoires fondatrices des mouvements nationalistes.
Ce travail consiste à écouter, et à essayer de percevoir
la mise en place des imaginaires politiques des nationalismes maghrébins,
de comprendre comment ils se sont perdus, comment la séparation et l’affrontement
dominent.
La démocratie est aussi un apprentissage, une découverte, parfois
un vertige. De la découverte de la mémoire tout peut s’échapper
: démocratie et obscurantisme, fanatisme et pluralité, éthique
et manipulations, aigreurs et espérances. Avec le couvercle qui se soulève,
beaucoup de choses s’échappent. L’historien se doit de trier, mettre
à distance. Mais il préférera toujours le trop plein d’informations
et de récits au silence de la censure, et de l’autocensure, qui est terrible.
Un silence qui n’est plus de mise avec internet et les sites WEB. Les nouvelles
technologies sont un défi de taille pour les historiens, avec les fabrications
incessantes et vertigineuses d’images, de paroles, de mots. Les sources foisonnent,
comme jamais auparavant. Dans cette prolifération, les États perdent
progressivement le monopole des archives, qui, d’instruments de surveillance
se transforment en outils de connaissance.
Notes :
[1] Ce texte est une « mise en forme » d’un long entretien de l’auteur,
réalisé par Farida Moha, publié par le quotidien marocain
Libération, le 22 février 2000, sous le titre « Raconter
des histoires, est-ce vraiment de l’histoire ? ». Dans le texte de présentation
de l’entretien, l’éditorialiste du journal Mohammed Bakrim écrit
: « Quand une digue cède, le passé revient à flot
pour inonder le présent par " une " de journaux interposés.
Ce n’est pas encore le grand déballage, mais c’est tout comme. Récits
historiques, témoignages, souvenirs en forme de mea culpa : le
passé revient. Est-ce le vrai ? Cela est une autre affaire. Le phénomène,
au sens propre du mot, est intéressant. Il mérite en tout cas
d’être pensé [...] en privilégiant la recherche et la réflexion
contre la rumeur et l’état d’âme. L’objectif est de comprendre
et de rester lucide. Car l’actuelle frénésie de la consommation
du passé n’est pas spécifique au Maroc. D’autres sociétés
sont passées par-là. D’où l’intérêt d’un regard
qui met en perspective les phénomènes en les confrontant. »
[2] Benjama Stora est professeur à Paris-VIII et chercheur au Centre d’études
en sciences humaines et sociales, à Rabat.
À lire dans la même rubrique :
|