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 Accueil du site > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > « Science coloniale » et modalités d’encadrement de l’immigration algérienne à Paris (1917-1952)


[ Du colonisé à l’immigré : des sujets contrôlés ]

« Science coloniale » et modalités d’encadrement de l’immigration algérienne à Paris (1917-1952)

par Nedjma Abdelfettah

 

Dans les discours énonçant la philosophie des politiques indigènes ou politiques musulmanes dans l’Algérie coloniale, deux principes sont présentés comme inséparables : le droit de conquête et le devoir du conquérant envers le peuple vaincu. Le premier, justifié par ce que Robert Montagne peut encore désigner en 1938 comme la conscience de « l’absolue supériorité de notre race »[1], induit un devoir de préservation de la conquête, au nom des sacrifices consentis par la France, dette à laquelle il faut continuer à donner du sens. Le second est la conséquence du droit de conquête, il en est le pendant paternaliste, la preuve de la supériorité et de la grandeur morale du conquérant. Il se décline en des thématiques telles que l’aide, l’assistance, l’organisation, la protection, qui actualisent l’idée de l’acte civilisateur. Les deux sont les volets de ce qui est désigné par la notion d’encadrement, dans laquelle autorité et bienveillance figurent une relation paternelle au peuple-enfant, qu’il s’agit de mener, à terme, vers l’âge adulte. À ce terme dont l’horizon reste totalement indéterminé, la civilisation lui deviendrait accessible et certains, comme Robert Montagne, y envisageraient même la naissance d’une « nationalité d’empire »[2].

Mais la préservation de la conquête, de l’empire et de la « vocation impériale de la France », transcende toute autre préoccupation. C’est en fonction d’elle et des priorités qu’elle peut générer, que se dessinent les conceptions des devoirs envers les vaincus. Ces derniers sont mis en demeure de démontrer en permanence qu’ils méritent des attentions qu’on peut leur accorder et leur détachement vis-à-vis des aspirations, comme celles que les nationalistes algériens, usant, eux aussi, d’une métaphore familiale, appellent vers la fin des années 1930 l’émancipation.

Selon les conjonctures où « l’indigène » constitue ou non un enjeu collectif important dans des rapports de force opposant la France à des éléments extérieurs ou considérés comme nuisibles (puissances étrangères ou mouvements politiques pouvant consolider les attitudes revendicatives des colonisés), les politiques d’encadrement ont théoriquement comme objectif de doser et d’ajuster le recours à l’axe répressif ou à l’axe protecteur. En réalité, le second est surtout un dispositif ou une technique de renforcement de la surveillance, en même temps qu’un moyen de propagande souvent à usage externe. Quand la nécessité de durcir le ton s’impose, il permet d’invoquer l’ingratitude ou l’abus de confiance des vaincus.

Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale au moins, la subordination de l’intérêt du colonisé algérien à l’obligation de sauvegarde de la conquête, qu’elle soit en danger réel ou fictif, et les philosophies de l’encadrement qui en résultent, forment une matrice commune aux discours des réformateurs plus ou moins indigénophiles et des conservateurs au sein des institutions. L’attachement à « la très grande France », comme le montre Charles-Robert Ageron[3] pour l’entre-deux-guerres, constitue alors une expression convenue du patriotisme français.

Une telle philosophie du rapport à « l’indigène » se base, en même temps qu’elle les produit et les reproduit, sur des représentations de ce dernier, lesquelles sont le résultat d’un siècle de connaissance intime légitimée par le fait d’avoir été acquise sur le terrain, en Algérie même.

Avec les premières migrations massives, dès le début du siècle, mais surtout à partir de la première guerre mondiale, cette philosophie et ces représentations vont accompagner les migrants en métropole. Le processus n’est pourtant possible, tel qu’il s’est déroulé, que parce que de la colonie à la métropole, se transfèrent en même temps que la main-d’œuvre ou les soldats coloniaux, des spécialistes, un savoir-faire et une science de ce qui est appelé « le sujet indigène musulman originaire de nos possessions en Afrique du Nord ».

Pour illustrer cette intervention de la « science coloniale » dans ce qui deviendra un portrait collectif des Nord-Africains immigrés et dans l’orientation ainsi que dans la mise en œuvre de leur encadrement, nous entreprenons dans cet article de mettre en regard des textes d’archives (rapports de surveillance par la police ou l’armée, articles de presse, correspondances) avec un texte doctrinal principal produit par Octave Depont[4] que Gilbert Meynier qualifie « d’expert en confréries religieuses »[5] mais aussi de « vieux routier de la politique indigène »[6].

Cette recherche de l’intertextualité nous permet de vérifier, qu’on peut, comme l’écrit Michel Wieviorka synthétisant le propos de Norbert Elias « nommer ceux qui excluent et expliquer comment ils produisent la non-relation »[7]. La prégnance du modèle des textes matrices, tel celui d’Octave Depont, dans la littérature des organismes qui ont à charge l’encadrement des immigrés algériens, particulièrement pendant l’entre-deux-guerres, peut constituer une piste pour une identification plus précise des lieux institutionnels de fabrication de l’exclusion et de la stigmatisation[8]. Elle peut alors aussi clarifier les enjeux des contextes historiques où naissent et se cristallisent les représentations qui les fondent, en même temps qu’elle permet de vérifier cet autre propos de Wieviorka toujours dans sa lecture d’Elias, selon lequel « l’exclusion procède des lieux de pouvoir »[9]

Sur un autre plan, l’interrogation sur l’implication de ce qu’on appelle les « sciences coloniales » dans la production de savoirs sur le segment nord-africain de l’immigration en France, nous permet de prolonger la discussion engagée par Gérard Noiriel dans Le Creuset français, sur les origines de l’occultation de l’immigration dans les sciences sociales françaises avant les années 1950. S’arrêtant sur l’immigration issue du Maghreb, Gérard Noiriel, constatait une disjonction entre deux courants de la recherche après la décolonisation : « les études portant sur l’immigration au sens strict et les travaux concernant le monde colonial qui avaient leur autonomie avant la Seconde Guerre mondiale, notamment grâce à la Revue des études islamiques et au Haut Comité sur la Méditerranée créé en 1937 » [10]. Il jugeait ces travaux « beaucoup plus “compréhensifs” (dans le style paternaliste) que ceux de la même époque portant sur les étrangers. »[11] Cette appréciation de Noiriel, vient peut-être du fait que les travaux dont il parle sont la partie émergée de l’iceberg, celle qui revient à l’influence de personnalités exceptionnelles telles que Louis Massignon à la Revue d’études islamiques et Charles-André Julien au Haut Comité Méditerranéen, personnalités, dont les évolutions politiques se feront vers l’anticolonialisme.

Souvenirs de la Grande Guerre : de la défense de la mère-patrie au rapatriement forcé

Les veilles et lendemains de guerres sont des moments propices pour l’observation des politiques d’encadrement et de leur orientation dominante. Le traitement de la liberté de circulation en est un indice important. Il n’est pas difficile de constater, en effet, que la réglementation est plus généreuse au moment où le besoin de soldats ou d’ouvriers se fait ressentir et qu’elle régresse aussitôt le conflit fini, voire dès les prémisses de cette fin. Ainsi, le premier décret instituant le permis de voyage pour les Algériens se rendant en France est promulgué le 16 mai 1874[12], soit au lendemain de la participation de contingents algériens à la guerre franco-allemande. Il est remis en cause en 1904, quand sous l’influence du Gouverneur général Jonnart et face aux résistances du colonat, s’amorce un important mouvement migratoire à la demande d’industriels métropolitains[13]. Ré-instaurée, la mesure est de nouveau levée en 1914 sous l’effet pressant du besoin de troupes et ainsi de suite.

Que la question de la surveillance des populations nord-africaines, « principalement kabyles »[14], en métropole devienne particulièrement préoccupante, alors même que la Première Guerre mondiale n’est pas encore finie, a donc pour les ouvriers et soldats coloniaux un goût de déjà vu. Leur mission d’« assistance à patrie en danger » accomplie, les voilà débordant les places assignées (camps, usines, casernes). Leur visibilité devient choquante. Se mettent alors en place des discours et des politiques fondées sur un concept clé : le danger, celui dont ces populations sont porteuses pour autrui et celui auquel elles sont, elles-mêmes exposées. La diversité des acteurs que mobilisent ces politiques, n’empêche pas la constitution d’un portrait collectif des migrants nord-africains autour de l’étrange consensus sur la nécessité de les protéger surtout d’eux-mêmes. Loin d’être une métaphore, l’expression est utilisée telle quelle dans une lettre adressée le 14 novembre 1923 par un certain « Comité d’action franco-musulman de l’Afrique du nord » au Gouverneur général d’Algérie et au ministre de l’Intérieur[15].

Cette notion de danger est amplifiée par l’ambiguïté du statut des immigrés, en particulier algériens. Sujets coloniaux, ils ne sont ni français, ni étrangers et sont condamnés à cristalliser une suspicion grandissante. Dès la Première Guerre mondiale, ils commencent à figurer un nouvel ennemi intérieur potentiel, une sorte de substitut ou de complément du Juif, qui jusque là nourrissait l’essentiel de la fantasmagorie collective du danger. La lecture d’une lettre adressée par le Général commandant la Place de Paris au préfet de Police en septembre 1917, illustre bien la relation entre cette ambiguïté et la suspicion qu’elle génère. L’auteur s’y inquiète des inconvénients rencontrés dans « la surveillance en France des étrangers ou sujets coloniaux »[16]. Dans cet énoncé, peu importe le sens donné à la conjonction de coordination « ou », le simple fait de songer à les surveiller, en tant qu’étrangers ou au même titre que les étrangers, les place dans un rapport d’extériorité à l’entité française.

Mais ce n’est pas seulement le fait de leur surveillance qui les distingue. La même lettre nous rappelle que depuis le 8 juin 1916, une circulaire leur fait obligation de porter une carte verte[17]. Près de dix ans avant la naissance du sinistre SAINA (Service d’assistance aux indigènes nord-africains) de la rue Lecomte, un service spécial de statut militaire est déjà chargé de les encadrer : le Bureau des affaires indigènes de la place de Paris.

La ségrégation, dont ces populations sont l’objet, se retrouve aussi dans la nature des délits pour lesquels elles encourent la sanction. Les Nord-Africains ne sont pas seulement susceptibles d’être appréhendés en cas de désertion, ce en quoi ils seraient égaux aux citoyens français, mais leur arrestation peut intervenir dans les cas de rupture de contrat de travail. La relation de travail est assimilée à un engagement militaire et sa rupture à une désertion. Pour les deux catégories de déserteurs de la caserne et de l’usine, un fichier est tenu à jour par le Bureau militaire des affaires indigènes.

Dans cette lettre, il n’est pas explicitement question du droit de regard de l’administration algérienne sur ses sujets. Pourtant la voix de cette dernière se laisse deviner dans la démarche du Bureau. Les thèmes de l’incompétence des services de sécurité métropolitains et de la nécessité de centraliser la surveillance des « sujets coloniaux » dans un cadre spécialisé doté d’une connaissance particulière issue du terrain algérien, sont en effet signés. Le caractère fuyant de l’identité de « l’indigène », personnage rusé qui sait repérer les failles du système et excelle dans la fabrication de faux papiers, est un des arguments récurrents avancés pour exiger une vigilance dont la police ordinaire est incapable.

On peut remarquer qu’en même temps qu’elle dénonce la labilité de « l’indigène », la lettre participe elle-même de sa production, par le recours à de multiples dénominations pour désigner les migrants : étranger, sujet colonial, Kabyle, Nord-Africain, musulman, indigène. La généralisation de la désignation par la notion d’Arabe nous semble plus tardive et pourrait bien être liée aux événements de Palestine au milieu des années 1930.

Après la guerre, l’obsession du « travailleur libre », qui circule librement et se fait vecteur de toutes les pathologies sociales, va prendre de l’ampleur et aboutir à des mesures qui confirment au moins la nature ambiguë du statut de « l’indigène ». Si jusque-là, le registre des relations familiales continuait à dominer le lexique et qu’il était question de partager la « fraternité des champs de bataille », pour mériter d’être « adopté par la Mère-patrie[18] », désormais c’est le rapatriement qui, brutalement est à l’ordre du jour, comme le montre une lettre du ministre de l’Intérieur au préfet de Police de Paris, datée de mai 1919[19].

On ne s’embarrasse plus alors de discours justificatifs, pas plus qu’on ne s’encombre du souci de mettre les formes dans cette opération délicate. Le ministre annonce un accord avec le sous-secrétaire d’État à la Marine marchande qui prévoit de «  réserver sur le cargo-boat Jabatoa, mille places ». Il donne instruction de rassembler les individus « paraissant indésirables au premier chef », d’en donner le nombre approximatif pour aviser le préfet des Bouches du Rhône, de les « convoyer » jusqu’à Marseille puis de les conduire au « camp du Prado  », un ou deux jours avant le départ. La même opération devant se répéter à chaque voyage du Jabatoa, c’est-à-dire deux fois par mois.

Des réactions des agents d’exécution, il ne semble pas y avoir de malaise particulier devant ces instructions. « Ce sont les points de détail qu’il faut fixer », écrit un commissaire de police, précisant qu’il faut élargir le sens du terme de « sans emploi régulier » à « tous ceux qui n’ont pas d’emploi stable, durable et pas seulement à ceux assez rares, qui se trouvent momentanément sans emploi ». Il suggère aussi de faire appel à la collaboration des districts afin de « rechercher les Nord-Africains dans les quartiers où ils sont groupés de préférence pour les appréhender », développant ici un autre thème promis à la récurrence, celui de l’instinct grégaire chez les immigrés maghrébins, qui laisse croire que ces derniers avaient le choix de leur lieu et de leurs conditions de résidence et opté pour le pire par atavisme[20]. La lettre du commissaire suggère enfin de permettre que « la détention préalable, soit d’une durée exceptionnellement allongée »[21].

La lecture de ces deux documents, au-delà des violences qu’elle révèle ou confirme et qui anticipent des violences symboliques ou physiques caractéristiques de la Seconde Guerre mondiale, permet d’entrevoir la grande tension que connaissent les rapports entre la métropole et l’administration algérienne autour de la présence des immigrés algériens en France. Venus pour beaucoup par la réquisition violente et la conscription forcée[22], contre la volonté du colonat, qui voyait dans ces déplacements massifs un risque de renforcer la subversion par l’acquisition d’une formation militaire, d’un capital matériel et d’une formation politique ou syndicale, de très nombreux Algériens repartent donc à la fin de la guerre par rapatriement forcé, non sans avoir été traités massivement comme de dangereux délinquants.

L’œil bienveillant de l’administration algérienne

La voix de l’administration algérienne n’est pas toujours aussi implicite que dans la lettre précédente. En février 1918, c’est le Gouverneur général de l’Algérie, le réputé libéral Charles-Célestin Jonnart lui-même, qui adresse un courrier au préfet de Police de Paris, s’inquiétant des faiblesses de la surveillance et de la protection des « ouvriers civils indigènes[...] en majorité des Algériens » et signalant à la vigilance de la métropole « les propriétaires d’établissements de jeu » coupables d’exploiter les premiers[23]. Le fait que Jonnart interpelle le préfet et le ton de cette interpellation le font apparaître comme le représentant d’un État autre, s’inquiétant du sort de ses ressortissants propres « très affectés par le chômage actuel [et conduits par] le désœuvrement dans ces établissements mal famés où ils laissent leurs maigres économies [et dont] ils sortent démoralisés », ce qui repose la question du statut des immigrés algériens, en même temps que celui de l’administration coloniale, dans son rapport à la métropole.

Jonnart comme le bureau des affaires indigènes de la Place de Paris met le doigt sur les insuffisances des mesures policières et se montre informé dans le moindre détail sur le sujet qu’il aborde, signifiant ainsi que l’administration algérienne est plus vigilante, parce que plus attachée à l’intérêt des groupes originaires de son territoire, et donc plus apte à l’exercice de son contrôle. En se rappelant au bon souvenir de ses sujets, cette administration souhaite leur faire sentir qu’ils n’échappent pas à son regard bienveillant : « nous ne devons pas donner l’impression que nous nous désintéressons d’eux ». Les dangers qu’elle met en avant sont liés aux « conséquences qui en résulteraient au retour de ces indigènes au point de vue de l’exemple qu’ils donneraient et de la réputation qu’ils seraient tentés de nous faire parmi leurs coreligionnaires ».

Il s’agit bien en priorité de veiller à ne pas saper l’autorité de cette administration, en laissant trop de liberté à des individus qui doivent être protégés contre leur propre incapacité à résister « à toutes les tentations mauvaises de la grande ville » et contre leurs coreligionnaires qui en tirent profit. Deux solutions sont alors préconisées par Jonnart : la fermeté dans les sanctions contre les contrevenants aux lois et l’encouragement « d’établissements honnêtes où les aliments sont préparés au goût des indigènes à prix abordable pour leur bourse et dans lesquels le jeu est formellement prohibé ».

En réponse à la lettre du gouverneur, une grande enquête sur les débits de boissons et cantines indigènes est diligentée. La plupart sont déclarées insalubres ou pratiquant les jeux interdits. Un seul établissement est déclaré conforme à la réglementation. Par hasard, il est tenu par un Français et s’inscrit dans une action encadrée au départ, celle de « la solidarité franco-musulmane ».

On ne peut comprendre un tel résultat, que si on se rappelle deux aspects : le premier est qu’une des grandes angoisses du colonat, est le musulman et surtout le Kabyle[24] à cette époque, qui s’enrichit en métropole et prétend au rachat des terres du séquestre. Faire échapper « les maigres économies des ouvriers nord-africains aux appétits de leurs coreligionnaires » est donc une priorité. Ce n’est pas la seule raison, l’argent de la masse miséreuse des immigrés intéresse réellement de nombreux candidats parmi ceux qui mènent une action à prétention humanitaire ou une action militante ou politique. Le second aspect est que l’encadrement doit demeurer dans la mesure du possible, une initiative française. Vingt ans plus tard, Robert Montagne, voulant donner à la veille de la deuxième guerre, une image rassurante du Maghreb, parlera de ce qu’est « en réalité notre empire d’Afrique blanche : un bloc de dix-sept millions de Musulmans encadrés par un million de Français »[25].

Cette situation prépare au contexte qui verra naître à partir des années 1920 tout le réseau d’organismes spécialisés dans l’encadrement de l’immigration nord-africaine, dont les premières structures sont souvent constituées par des cantines et des cafés maures, ce réseau que certains journaux algériens de Paris appelleront « l’empire des Béni-Godin »[26] du nom de Pierre Godin[27], ancien haut fonctionnaire du Gouvernement général d’Algérie et proche collaborateur de Jonnart, ancien chef de cabinet civil de Clémenceau au ministère de la Guerre et entre autres, Président du conseil municipal de la ville de Paris.

Les intimes des Arabes  

Des voix moins officielles peuvent parler pour l’administration algérienne ou le parti colonial. Nombre de titres de la presse s’en font les relais, popularisant leur idéologie et représentations, tel cet « ami qui a souhaité garder l’anonymat et qui connaît bien les Musulmans » dont, un homonyme de Pierre Godin, Claude Gaudin rapporte la réaction dans les pages du journal Le Jour du 26 décembre 1936[28]. Le prétexte en est la loi du 17 juillet 1936 qui a allégé les procédures de circulation pour les Nord-Africains et aboli le visa d’entrée. Cette suprême inconséquence qui permet que « l’indigène entre, circule, sorte comme vous et moi avec seulement une carte d’identité » est l’occasion d’en tirer le portrait de nouveau pour les inconscients ignorants du danger. Sous le titre provocateur de « Trop d’Arabes entrent en France sans être contrôlés », l’article ressert tous les poncifs et agite tous les motifs susceptibles d’entretenir ou de susciter la peur. La présentation habituelle des immigrés sous l’angle de la multitude, du groupe compact grossissant perpétuellement, est amplifiée ici par la production de chiffres, qui évoquent une déferlante. Les idées de naïveté et d’ardeur, font de cette masse une pâte malléable, des proies idéales qu’on « a affiliées à des syndicats unitaires [à qui] on a donné à lire des journaux ad hoc [...] bourré le crâne d’inepties sur le fascisme, la guerre, les bourgeois, l’égalité, la fraternité. Les meneurs leur ont dit : vous êtes le nombre, vous êtes la force. [...] Ce pays sera à vous, vous serez libres. Ces paroles ont été répétées dans les douars, lors des congés, permissions, fêtes... » Le texte donne l’impression que la métropole laisse gâcher la matière dont est fait l’indigène « Je connais de braves fellahs qui se sont laissés prendre à ces insanités RÉPÉTÉES PAR LES LEURS DANS LEUR PROPRE LANGUE[29] et qui aujourd’hui vous accueillent par un salut du poing tendu ».

Derrière ce gâchis, se profile la main de l’étranger, non pas les nations habituellement incriminées, mais ce qui est décrit comme le déchet dont elles ont eu l’intelligence de se défaire : le gauchiste qui vient recruter des intellectuels arabes et bien entendu israélites. Il importe peu que l’information donnée soit précise ou juste, la confusion est même d’un meilleur effet et d’une plus grande efficacité. Elle permet au danger d’apparaître comme une hydre à plusieurs têtes : arabe, israélite, étranger, allemand, italien, panislamique, communiste, tuberculeux, syphilitique...

Délinquance incontrôlable, maladies vénériennes menaçant la race, facilité de changement de noms, débauchage de travailleurs, inscriptions abusives au chômage, violence, subversion politique, tout concourt à un traitement spécifique, qui commence par le contrôle de la circulation et la conscience de la communauté de destin entre la métropole et la colonie. Le langage hygiéniste domine, car tout est pathologie, même « cette nouvelle forme de communisme qui risque de s’abattre sur nous ».

Vocation pour les extrêmes

L’argument essentiel souvent invoqué donc pour justifier la mise sous surveillance permanente de « l’indigène » immigré tient essentiellement à deux de leurs caractéristiques intrinsèques : la violence et la crédulité. Qu’on les regarde comme une sorte d’expression acnéique d’un âge ingrat dont le nationalisme est une des manifestations notamment dans les années 1930 ou plutôt comme des données culturelles de leur race, il n’en demeure pas moins qu’on débouche sur une vision de l’indigène fatalement voué aux extrêmes. Délinquants ou militants, leur fond de motivations psychologiques ou ethnopsychologiques est le même. Il tient à leur sentiment religieux, d’où découle leur respect pour l’autorité et seulement pour elle, ce qui permet de justifier la nécessité d’actes répressifs forts, seuls capables de frapper les imaginations de ces êtres simples.

Selon l’identité du locuteur et ses sympathies politiques, l’extrémiste est l’autre, celui du camp opposé : le communiste ou le fasciste qui fait du recrutement arabe pour ses troupes de choc. Une note des Renseignements généraux du 4 juin 1941 fait le point sur la question[30]. Elle répète ce que les rapports du SAINA ressassent depuis que cet organisme existe : « Il convient de noter que les Nord-Africains, en raison de leur violence et de leur crédulité, ont toujours été recherchés par les partis extrémistes qui les utilisent dans les manifestations. »

Si la note relève le peu de succès de ces partis, en particulier celui du Comité Nord-Africain dirigé par l’Algérien El Maadi Mohamed, dont l’influence « est assez réduite dans les milieux nord-africains de la région parisienne [...] malgré la propagande menée par ses dirigeants », elle explique cela par le fait que les adhésions sont « inspirées plus par le désir d’obtenir des avantages matériels [...] que par des convictions politiques. D’ailleurs, on sait que, par intérêt, les Nord-Africains n’hésitent pas à adhérer à la fois à plusieurs partis, parfois de tendances opposées ». De son côté, l’échec du parti communiste est imputé au sentiment religieux des musulmans mais aussi à « leur incompréhension des théories bolchévistes ».

Malgré ces échecs affirmés, la surveillance et la répression, par l’attitude de « prudence et de réserve » qu’elles inspirent, demeurent quand même la seule solution. Pour illustrer cet article de foi, la note rappelle le résultat tangible obtenu lorsque « Quelques-uns ont tenté, en liaison avec des éléments français du parti dissous (le PC) de se livrer à la propagande clandestine, notamment en mettant en circulation des tracts ronéotypés, dans les quartiers fréquentés par des Nord-Africains, en particulier dans la région d’Ivry » et que la surveillance a abouti « à l’arrestation les 27 et 28 juin, de onze militants communistes (dix Algériens et un Marocain) qui ont été internés administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 ».

Mais en novembre 1942, lorsque les agents du SAINA se retrouvent face à des Nord-Africains se réjouissant du débarquement des Alliés, ils doivent de nouveau faire appel à la prudence et à l’axe plutôt paternaliste de leur politique. Le chef de service tente d’alerter la Préfecture sur la nécessité de bloquer les « mesures trop draconiennes », c’est-à-dire les mesures de rapatriement prévues par la section de la main-d’œuvre indigène du ministère du Travail, devant une nouvelle vague de multiplication des ruptures de contrats de travail « tant en zone libre qu’en zone occupée » L’état d’esprit des immigrés face au débarquement est alors expliqué par la seule joie pour les familles demeurées au pays, touchées par « l’amélioration du ravitaillement et des précieux apports en textiles qu’on pouvait espérer du fait de l’occupation anglo-américaine ».

Le rapport[31] tente d’être rassurant sur le « loyalisme de la généralité d’entre eux » malgré ces manifestations. La note relève qu’une vague antisémite « de nature à consolider leur loyalisme » se répand, du fait de la crainte « d’une réaction juive et du renouveau de la puissance dont les Juifs d’Algérie, du Maroc et de Tunisie allaient bénéficier sous la protection américaine ». À côté de la nécessité de l’intensification d’une propagande antisémite, le rapport préconise une surveillance accrue de « la propagande gaulliste et surtout communiste dans un moment où ces esprits simples sont particulièrement troublés et désorientés », ainsi que des mesures sociales en faveur de ces « sujets ou protégés, séparés brusquement de leur famille et de leur pays ».

Ethnographie policière de l’immigré nord-africain à Paris

On aurait pu croire que le passage par les drames de la deuxième guerre et par l’expérimentation du racisme dans son expression paroxystique, aurait fait refluer ces discours et représentations. La lecture d’une étude de la préfecture de Police produite en 1952 sur la présence des populations nord-africaines à Paris [32], montre qu’il n’en est rien. Tout concourt à montrer, que, depuis le début du siècle, le même texte plus ou moins enrichi par des données factuelles ou conjoncturelles est en circulation dans les organismes qui font de l’encadrement d’immigrés, notamment dans les services de police. Les points 3 à 7 de l’étude ont particulièrement retenu notre attention[33], car on peut les assimiler à une sorte de synthèse du corps des idées et représentations dominantes et stabilisées. Il faut, à notre sens, se garder de considérer que leur circulation tient seulement au hasard des accumulations d’expériences des uns et des autres, et au racisme ordinaire. Elle relève du savoir transmis, enseigné, de l’expertise, comme on le verra plus loin.

Modèle du genre, ce rapport aurait pu être écrit vingt ans plus tôt, voire plus, à quelques détails près. Il reproduit une vision statique de la communauté nord-africaine à Paris, où ne change que le nombre qui va croissant. Le moule introduit dans les années 1920 et 1930, qui aurait pu être bouleversé par l’exercice même d’une observation extrêmement régulière, est toujours en place. Il est fondé sur une approche culturelle d’une sorte d’être nord-africain et de son comportement. Les thèmes sont quasiment donnés d’avance : la solidarité religieuse ou tribale, avec son revers la sujétion et l’exploitation, le sens de l’honneur avec son revers la culture de la vendetta et l’inadaptation à l’idée du droit, l’instinct grégaire obstacle à l’intégration dans la société d’accueil, le tribalisme et le lien religieux obstacles à l’existence de l’individu, d’où découlent l’improductivité de la main-d’œuvre et l’anomie générale (paresse, violence, saleté, inadaptation sociale, anarchisme et refus de l’ordre, vénalité, concupiscence, duplicité, obséquiosité etc.), les différences irréductibles de civilisation et de genre de vies qui vouent à l’échec les mariages mixtes (auxquels ne sont candidates que les femmes européennes diminuées physiquement ou socialement), les risques de contamination par toutes sortes de tares devant l’arrivée de petits Abdallah et Mohamed bel et bien français sur les bancs de l’école, le problème juridique que pose l’existence de ces petits êtres hybrides...

Dans cette étude, le Nord-Africain est regardé de l’intérieur, dans une sorte de relation communautaire étanche et fermée sur elle-même. La nature du lien social qui y est développé, les modes et instruments de régulation, le rapport à l’autorité sont passés en revue. La relation à la société d’accueil et notamment aux femmes européennes permettent de sonder ses chances d’intégration. Le bilan étant globalement négatif, l’interrogation se reporte sur les chances de voir les femmes musulmanes devenir un vecteur de la modernité, question qui reste en suspens. Une analyse de délits déclarés caractéristiques de la communauté, permettent de conclure à l’existence « d’une criminalité primitive » où la violence a une part déterminante et où « les Nord-Africains sont vicArial de la violence de leurs coreligionnaires ».

Un fait notable conclut l’étude. Il est important de souligner qu’il fait partie d’une rubrique rédigée par un autre service que celui qui produit le reste du texte : il s’agit du constat de l’individualisation ou l’autonomisation en cours du nationalisme algérien, qui désormais refuserait de jouer les troupes de choc.

Octave Depont, une « créature » du Gouvernement général de l’Algérie

Parmi les acteurs de la transmission d’un savoir spécialisé sur les Nord-Africains, au sein des institutions d’encadrement métropolitaines, le nom d’Ocatve Depont[34] s’impose, même s’il est aujourd’hui surtout associé à son étude sur les confréries. Depont n’est pas à proprement parler un savant[35], à moins qu’on ne se situe dans la catégorisation propre aux sciences coloniales[36]. Il est un de ces administrateurs qui acquièrent le titre d’expert, en produisant un savoir utilitaire, pour les besoins de la gestion de la société colonisée et de son encadrement, ou ceux de la propagande coloniale.

Dans ce savoir utilitaire, on peut classer les enquêtes délicates qui lui ont été confiées sur des questions comme le refus de la conscription et le mouvement insurrectionnel dans les Aurès[37], sur l’exode de Tlemcen, sur les premières vagues d’immigration avant la Première Guerre mondiale. Les résultats de ces enquêtes répondent si bien aux vœux de leurs ordonnateurs, qu’on comprend pourquoi c’est lui qui a été choisi.

Ainsi sur la conscription, il semble avoir exagéré l’ampleur du mouvement de refus, le spectre des droits politiques à reconnaître à « l’indigène » contre l’impôt du sang ou le spectre de l’insurrection, épouvantant les Européens d’Algérie. Il y rend responsable de ce mouvement les confréries, par une sorte d’automatisme aveugle, ce qui fait dire à Gilbert Meynier que « Depont est un analyste conservateur[38] : dès qu’il ne retrouve pas son marabout, il est perdu »[39].

Dans l’enquête sur Tlemcen, il incrimine les instituteurs indigènes et leur presse. Dans celle sur l’immigration, il aboutit à la nécessité d’une extrême rigueur, non sans avoir amplifié le nombre d’Algériens en France[40]. Bref, il est le porte-parole fidèle et zélé impliqué dans le travail de lobbying colonial en France, une créature de l’administration algérienne, qu’il représente entre-autres à la Commission interministérielle des Affaires musulmanes, où il exerce « une pression conservatrice »[41].

À partir de 1925, Depont entame la publication d’une collection intitulée « Les Berbères en France »[42]. Il accompagne alors la structuration des services que la Ville de Paris, sous l’impulsion de son ami Pierre Godin, consacre aux Nord-Africains[43]. Il aurait alors été délégué dans un « comité d’assistance aux indigènes algériens » et aurait été l’auteur d’un rapport sur le fonctionnement des foyers de Paris en 1926. Lorsqu’on voit apparaître sa silhouette autour de ce réseau, on comprend mieux la justification du surnom de « commune mixte de Paris » dont est affublé le SAINA de la rue Lecomte, Depont ayant, en effet, occupé le poste d’Inspecteur général des communes mixtes[44]. Il est très probable qu’il a contribué auprès de Pierre Godin, ancien sous-préfet comme lui, ancien fonctionnaire du Gouvernement général d’Algérie comme lui et à la même époque, à mener le recrutement des personnels nécessaires au SAINA, comme à l’hôpital franco-musulman, en privilégiant ceux issus de l’administration coloniale[45].

En 1935, Octave Depont publie un livre[46] pour saluer et justifier l’ouverture d’un hôpital spécialement destiné aux « Berbères immigrés », à qui la ville souhaite offrir un autre « signe d’amitié » en plus de la mosquée. Cependant, toujours fidèle aux positions du Gouvernement général qui avait combattu le projet de la mosquée, comme un acte de rupture de la neutralité religieuse[47], Depont regarde cette réalisation comme une trop grande générosité pour une religion qui « dans son principe, n’a ni sacrement, ni sacerdoce, ni monument spécial, le croyant étant lui-même son propre prêtre » L’unique matériel d’officiant, poursuit le spécialiste de l’islam, est dans « sa prière et ses armes, étapes de soutiens de son âme sur le chemin du paradis de Mahomet ».

Le bellicisme de l’Islam et son caractère dépouillé côtoient le caractère primitif des Berbères. Depont, que Charles-Robert Ageron présente comme un berbérophile qui aurait travaillé à l’encouragement de l’immigration kabyle, dans une perspective assimilationniste, montre dans cet ouvrage que sa berbérophilie s’arrête aux frontières de l’Algérie, où elle a une fonction de division et d’opposition aux Arabes. À Paris, où il ne souhaite absolument pas les voir se multiplier, elle est rudement mise à l’épreuve. Le monde et l’être berbères sont décrits comme des repoussoirs qui suscitent rejet et répression « Il y a, en effet, dans la psychologie des Berbères à la fois impulsifs et violents, arrogants et obséquieux, pillards redoutables, des contrastes et des contradictions qui ne se révèlent partiellement qu’à ceux que de patientes observations et de profondes connaissances des dialectes, mettent à même de pénétrer l’âme des Nord-Africains. »

Depont retourne les thèses berbérophiles contre la possibilité d’une assimilation en métropole, où la connaissance de « ces hommes à peine dégrossis » est insuffisante. Il accuse l’inconscience métropolitaine de « gâcher les éléments les plus assimilables d’une race qui nous a fourni depuis 1830, de vaillants défenseurs ».

Devant le fait accompli de leur présence, il appelle à un traitement qui les distingue. Un hôpital spécial se justifie donc pour lui par « les maladies à évolution assez particulière » des Nord-Africains [...] leurs mœurs et coutumes émanées d’une civilisation, qui dans la plupart des cas, tourne le dos à la nôtre [...] leur usage de langues indigènes ».

Les images de l’errance, du désœuvrement, de l’habileté à changer de papiers d’identité, de la violence « la revolveromanie », de l’alcoolisme, l’entassement dans des taudis infâmes, le sens de l’économie sordide d’où provient la sous-alimentation, l’exploitation par des coreligionnaires, la délinquance, les maladies contagieuses telle la tuberculose, mais surtout la syphilis, la fascination par l’argent facile et bien d’autres spécificités (communes à tous les groupes qu’on veut « raciser »[48]) plaident pour sortir d’une situation où les immigrés se retrouvent « désencadrés, dans une régime de liberté qui n’est pas fait pour eux » et contre l’inconscience de ceux qui ont « perdu le contact avec toute une plèbe encore à demi-sauvage, et qui abandonnée, passait d’elle-même, sans transition appropriée à son état, de la tutelle administrative algérienne ou de la protection tunisienne et marocaine, à une incroyable autant que dangereuse licence ».

Depont ne fait pas seulement écho à toutes les représentations négatives qu’on retrouve dans des documents d’archives policières, il fournit des explications pseudo-savantes. L’habileté à changer de nom s’explique par le fait que « les Berbères n’ont pas d’état-civil précis, ils n’ont jamais constitué une race homogène ». C’est « un complexe pour Charles-André Julien, un pot-pourri pour Gautier ». Le respect de la seule autorité est lié au fait que « les Berbères n’ont jamais su se passer de maîtres, selon Gsell ».

Il invite le métropolitain à se départir de son romantisme. La Berbérie est un Orient sans l’enchantement, que le véritable Orient, volcan assoupi, menace d’embraser par le biais du panislamisme. Énumérant les différences irréductibles entre « eux » et « nous », Depont rappelle, pour signifier à quel point l’assimilation est une œuvre difficile, voire impossible, un propos de Bugeaud « C’est une œuvre de siècles et de géants », qui remet l’heure de l’émancipation à des temps très lointains.

Si de ce jugement, certains peuvent conclure que le projet colonial ne vise rien d’autre que de durer et de faire durer le statu quo, alors la fermeté est de mise, car « Pour bien comprendre le danger de pareilles manifestations, il faut se souvenir, que, encore enfant, le peuple berbère s’anime et s’échauffe rapidement au bruit de la moindre agitation révolutionnaire. Les pires doctrines sont prises par lui au pied de la lettre, et il obéit ici, perinde ac cadaver, comme il obéirait en Afrique au cheikh de la confrérie mystique à laquelle généralement il est affilié ».

Mais on n’aura rien dit de la pensée de Depont, si on ne rappelle pas son inquiétude devant le thème des mariages mixtes et le problème juridique que pose « la naissance d’enfants adultérins très nombreux, enregistrés souvent comme légiArial », c’est-à-dire comme de futurs citoyens français qui risquent d’hériter du statut de leurs mères. Comme nombre de juristes conservateurs[49], qui planchent, jusque dans les dernières années de la colonisation, sur les possibilités d’appliquer le droit musulman ou berbère en métropole, Depont tente de décourager les candidates naïves par le rappel d’expériences malheureuses. Dans sa description du sort de celle, qui tôt ou tard, redescend de la montagne avec « son armoire naguère propre comme un sou et qui redescend elle aussi, les pieds tachés de glèbe et le tain obscurci par l’atmosphère de la demeure kabyle », tain de l’armoire et teint de la femme européenne sont ternis, profanés, voués à la déchéance, souillés par ce qu’Elias appelle « le risque d’une infection anomique »[50].

Devant l’engouement pour les Européennes, il s’apitoie sur le sort des femmes musulmanes délaissées. Partagé, il appelle à « aller au secours de cette Pénélope à rebours [...] si nous voulons l’empêcher de défaire trop souvent, non son ouvrage, mais le nôtre, celui de la civilisation », mais rappelle que cette solidarité avec les « sœurs musulmanes » se doit d’être mesurée, car elle peut s’avérer dangereuse « le visage voilé, mais poings tendus, Fatma défile pour porter à son incandescence un mouvement peut-être dirigé contre le Juif. Et dans l’atmosphère surchauffée, elle crie, elle aussi : des Soviets partout ».

Un tel livre ne s’adresse certainement pas à des immigrés, auxquels il est censé annoncer l’ouverture d’un hôpital « de grande classe ». Membre d’une commission d’études de l’hôpital, Depont écrit aussi deux ouvrages d’arabe et de kabyle pour les infirmières. Il est clairement dans une position de formateur d’une part, de polémiste et de propagandiste d’autre part. Dans cette dernière en particulier, il a rendu de nombreux services et c’est tout naturellement qu’on le retrouve membre de la commission nationale métropolitaine pour le centenaire de l’Algérie, où il côtoie Pierre Godin, Augustin Bernard et Louis Bertrand entre autres.

Il faut voir son action dans l’opposition grandissante entre un courant représenté par Pierre Godin, que Depont qualifie de « véritable Africain » et qui parle au nom de la Ville de Paris ou par des « authentiques coloniaux » tel Albert Sarrault, et celui représenté d’abord par certains membres de la Commission interministérielle des Affaires musulmanes, puis par le Haut comité de la Méditerranée créé au même moment que l’hôpital. La première est alors dirigée par le géographe Augustin Bernard, qui favorise la création du Haut comité méditerranéen par ambition, pensant en prendre les rênes[51]. Le second sera coordonné par l’historien Charles-André Julien. L’islamologue Louis Massignon siège dans les deux structures, où l’œuvre « godinienne » n’a pas bonne presse. Par son côté indigénophobe, elle indispose, elle met en danger l’empire, dans un contexte international menaçant. Il ne s’agit, certes pas de la remettre en cause totalement, comme le montre le débat autour des structures qui cherchent à encadrer d’autres catégories que celle des ouvriers : Cercle intellectuel méditerranéen (créé par Pierre Godin), réseau des Dar el Askri (maison du soldat) créé par le compagnon de Lyautey, le maréchal Franchet d’Esperay, projet d’une maison de l’Afrique du Nord à la Cité universitaire défendu par Augustin Bernard, le recteur Charletty et Louis Massignon. Il s’agit de lui donner un autre contenu, moins ouvertement hostile aux « indigènes ».

Autour de ces organismes s’affrontent, durant les deux décennies précédant la deuxième guerre, des personnalités issues des colonies, et transférant avec elles des conflits et des alliances tissées outre-mer, qui rappellent la rivalité entre les deux Gouverneurs généraux Jonnart et Lutaud. Les échanges peuvent être particulièrement violents, comme en témoigne le vœu émis par Lutaud, que les locaux du journal Le Temps, où écrit Augustin Bernard, « soient transformés en mosquée, mais que des bordels seront mieux accueillis des Algériens de Paris »[52]. Mais les lignes de démarcation ne sont pas toujours nettes. Depont, agent de l’ultra-conservateur Lutaud, chemine sans problème avec Godin collaborateur des libéraux Jonnart et de Clémenceau. Les institutions créées à Paris « à l’intention » des immigrés rappellent étrangement les « réalisations les plus tangibles que l’on porte à l’actif de Jonnart »[53] en Algérie, non seulement dans leur aspect esthétique et architectural, par l’adoption du style néo-mauresque pour la mosquée ou l’hôpital, mais aussi dans son traitement spécifique de « l’indigène » dont l’esprit va s’exporter en métropole : infirmeries indigènes, un « enseignement au rabais » pour « ne pas augmenter le nombre de déracinés par l’école » et qui se fasse dans « un gourbi plus élégant »[54]etc. Ce qui change, c’est la lecture qu’on peut faire de telles actions « au grand jour », en métropole : les libéralités, les progrès apparaissent au mieux dans ce qu’elles ont de dérisoire.

Dans ces affrontements autour des structures d’encadrement de « l’indigène », tous les acteurs se réclament d’une connaissance du monde colonial, ou plus largement du monde musulman. Certains sont des savants reconnus, d’autres viennent de carrières d’administrateurs ou de militaires. Tous, pour sauver l’empire, auquel ils sont intéressés par des motivations diverses, font ce qu’on appelle pudiquement de « l’information musulmane », où l’immigration a une place privilégiée, et tous sont associés à la conception des politiques indigènes. On doit à nombre d’entre eux : Massignon, Dermenghem, Milliot, Augustin Bernard, Larnaude, Laroque, Montagne, pour ne citer que ceux là, des publications sur les maghrébins en France.

Le thème de l’immigration continue d’être, comme le montre la thèse de Louis Chauvot[55], un point central des séances du Haut Comité méditerranéen. Celui-ci plaide pour la séparation des fonctions de surveillance et d’assistance, ce qui ne sera réalisé qu’après la guerre, avec la dissolution de la Brigade nord-africaine. Le Haut Comité méditerranéen ne verra pas la réalisation de ce vœu, car lui-même aura la vie courte. Les discours « compréhensifs » dont parle Gérard Noiriel, qui pouvaient parfois s’y produire, font figure d’exceptions. L’immigration algérienne est restée prisonnière des études coloniales, pour qui elle était un objet et un danger politiques avant tout. Il importait d’en entraver l’assimilation, entre autres en travaillant sur l’entretien d’une imagerie d’éternelle « immigration en phase “A”[56] et en en présentant les membres toujours comme « les plus nouveaux »[57], les plus différents.

Bibliothécaire au centre culturel français d’Alger, Nedjma Abdelfettah Lalmi prépare une thèse en histoire sur : « L’héroïsation d’Arezki Kehal (1904-1939 », à l’université de Paris 8, sous la direction de Danielle Tartakowsky.

alnedjma@yahoo.com



[1]. Robert Montagne, La Politique islamique de la France, Centre d’études politiques, 1939, p. 2. Robert Montagne prend prétexte de la publication par l’Allemand Friedrich Sieburg dans le Frankfurter Zeitung d’articles où il rend compte de son séjour en Afrique du nord. Se félicitant de « l’objectivité » de Sieburg, il écrit plus précisément « S’il avait un conseil à nous donner, ce serait de dominer avec plus de force et plus d’orgueil, de commander sans perdre jamais le sentiment de l’absolue supériorité de notre race ».

[2]. Id., p. 18. Robert Montagne voit la « cohésion » grandissante des trois provinces du Maghreb comme un des progrès de la présence française et estime que « dans l’avenir » elle devra « permettre une plus large utilisation des élites musulmanes d’un pays à l’autre, et préparer de la sorte l’accession à un statut national d’un ordre particulier par la création d’une nationalité d’empire dont bénéficieraient nos meilleurs collaborateurs musulmans ».

[3]. Charles-Robert Ageron, « L’exposition coloniale de 1931. Mythe républicain ou mythe impérial », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, La République, I, Paris, Gallimard, 1984, p. 561-591

[4]. Octave Depont est l’auteur entre autres de : L’Algérie du centenaire, Paris, Librairie du recueil Sirey, 1928 ; Les Berbères en France. L’hôpital franco-musulman de Paris et du département de la Seine, Lille, Impr. de Douriez-Bataille, 1935 ; Le vocabulaire français-arabe à l’usage des élèves de l’École départementale des infirmières de l’hôpital franco-musulman, établi par la commission d’études de l’hôpital, Paris, Impr. nat., 1932 ; Vocabulaire français-kabyle à l’usage des élèves de l’École départementale des infirmières de l’hôpital franco-musulman, Bordeaux, Delmas, Chapon, Grenouilloux, 1933

[5]. Octave Depont, Xavier Coppolani, Les Confréries religieuses, Paris, Maisonneuve, Geuthner, 1987 (il a été édité pour la première fois en 1897 à Alger chez Jourdan).

[6]. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée, Paris, Genève, Droz, 1981, p. 20.

[7]. Michel Wieviorka, p. 17 de l’avant propos au livre de Norbert Elias, et John L. Scotson, Logiques de l’exclusion, enquête sociologique au cœur des problèmes d’une communauté, Paris, Fayard, 1997.

[8]. Nous entendons ici la stigmatisation au sens que lui donne Elias d’attribution à un groupe dans sa totalité des « mauvaises » caractéristiques de ses « pires » éléments - de sa minorité anomique - [quand] à l’inverse le groupe auteur de la stigmatisation « a tendance à calquer l’image qu’il a de lui sur sa section exemplaire, la plus « nomique » ou normative, sur la minorité des « meilleurs », Norbert Elias, op. cit., p. 34.

[9]. Michel Wieviorka, avant-propos à Norbert Elias,, John L. Scotson, Logiques de l’exclusion..., op. cit., p. 17

[10]. Gérard Noiriel, Le Creuset français, histoire de l’immigration XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, 1988, p. 44.

[11] Id.

[12]. H. Ounadja, Les relations entre le syndicalisme et le nationalisme dans les luttes des travailleurs immigrés algériens en France de 1871 à 1954, mémoire Paris VII, 1977, cité par M’Barka Hamed-Touati, Immigration maghrébine et activités politiques en France de la Première Guerre mondiale à la veille du Front populaire, Université de Tunis I, 1994, note 35 p. 47. Pascal Le Pautremat écrit de son côté, que le décret de 1874 est supprimé par un arrêté du Gouverneur général du 18 juin 1913 qui est confirmé par une loi du 15 juillet 1914. Cette dernière loi, précise-t-il, oblige toutefois tout immigré à être muni d’un passeport. À cela s’ajoute, que le Gouverneur général Charles Lutaud « obtient à partir de 1916 le rétablissement du contrôle des départs » Voir : Pascal Le Pautremat, La politique musulmane de la France au XXe siècle : de l’hexagone aux terres d’Islam. Espoirs, réussites, échecs, préface de Charles Robert Ageron, Paris, Maisonneuve et Larose, 2003, p. 279 et note 2 p. 279, p. 280

[13]. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée..., op. cit., Mbarka, Hamed-Touati, Immigration maghrébine..., op. cit.

[14]. Archives de la préfecture de Police de Paris, B/A 2247, Gouvernement militaire de Paris, État-major de la Place, Affaires indigènes, 1729, 18 septembre 1917, Lettre du Général commandant la Place de Paris à Monsieur le préfet de police de Paris.

[15]. La lettre du comité, présidé par Herriot, demandait la création « d’un organisme de protection en faveur des indigènes nord-africains travaillant en France pour les défendre contre eux-mêmes », M’Barka Hamed-Touati, Immigration maghrébine..., op. cit., p. 93. Elle prenait prétexte du célèbre double crime commis rue Fondary, par l’Algérien Mohamed Khemili, dans un accès de folie.

[16]. Archives de la préfecture de Police de Paris, B/A 2247, Gouvernement militaire de Paris, État-major de la Place, Affaires indigènes, 1729, 18 septembre 1917, Lettre du Général commandant la Place de Paris à Monsieur le préfet de Police de Paris.

[17]. Il existait aussi une carte couleur chamois pour les ouvriers agricoles originaires de l’Afrique du nord, pour les distinguer des ouvriers de l’industrie.

[18]. Remarquons que les nationalistes algériens vont recourir plus tard à l’image de la France « marâtre » comme on peut le lire dans El Ouma, n° 39, mars-avril 1936, cité par Rabah Aissaoui, Immigration, Ethnicity and National Identity : Maghrebis’ Socio-Political Mobilisation and Discourse in the inter-War Period and during the 1970s in France, University of Leeds, Department of French, 2001, p. 47 « Certes, il est bien facile au kalifat [El Djerad] et à son jeune partenaire [Ben Jelloul] de faire des déclarations d’amour à Marianne, même quand celle-ci les repousse avec répugnance, de débiter sans cesse ses déclarations de loyalisme et d’attachement à la « mère-patrie » [...] Allez donc avec votre mère-patrie, serrez la, sacrifiez-vous pour elle, mais nous vous défendons de parler de nous et de l’Islam. Vous êtes indignes de l’Islam et de la société arabe [...] qu’ils se fassent naturaliser, qu’ils nous laissent travailler pour la construction de notre patrie, qui saura nous aimer en mère, et non en marâtre ».

[19]. APPP B/A/ 2247, ministère de l’Intérieur, DSG, Contrôle général des services de police administrative, n° 2112, 30 mai 1919, Lettre du ministère de l’Intérieur (DSG) à Monsieur le préfet de Police.

[20]. M’Barka Hamed-Touati s’appuyant sur la thèse d’Andrée Michel et le rapport Olive/Laroque, rappelle les recrutements collectifs dans les douars, l’accompagnement par un encadrement quasi-militaire jusqu’aux camps d’hébergement. Elle souligne que « les employeurs faisaient un certain tri de façon à n’employer que des groupes appartenant à un même douar », Immigration maghrébine..., op. cit., p. 47.

[21]. APPP, préfecture de Police, DPJ, Service des Garnis, Rapport du commissaire de police, 2 juin 1919.

[22]. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée..., op. cit. ; M’Barka Hamed-Touati, Immigration maghrébine..., op. cit.  ; Le Pautremat, La politique musulmane de la France au XXe siècle, op. cit.

[23]. APPP, B/A 2247, Gouvernement général de l’Algérie, cabinet du Gouverneur, Lettre du Gouverneur général Charles-Célestin Jonnart au préfet de Police de Paris, 14 février 1918.

[24]. Élément majoritaire dans la communauté immigrée, particulièrement avant la Seconde Guerre mondiale et particulièrement touché par le séquestre après l’insurrection de 1871.

[25]. Robert Montagne, La Politique islamique de la France, op. cit., p. 5. À la page 3 du même document, Montagne se demande s’il ne faudrait pas « désormais pour rassembler “nos sujets” de l’Afrique du nord dans des armées bien encadrées, établir une autorité sans défaillance, un commandement sans discussion, comme ceux qui font la force des régimes totalitaires ».

[26]. Godin est accusé, à raison, de recruter les membres directs de sa famille dans les organismes répressifs ou sociaux qu’il fonde à Paris. Ainsi, le premier chef du SAINA, Gérolami est son filleul, le second, André Godin, son fils unique. Ceci lui vaudra des piques du genre que lui décochera La Semaine municipale du 23 mars 1935 « Il aime tellement les Nord-Africains, qu’il leur a donné « son unique fils ». Voir aussi : Le Peuple algérien, organe de la ligue de défense des Nord-Africains, n° 6, avril-mars 1935, entièrement consacré à Pierre Godin.

[27]. Né le 4 janvier 1875 à Francs (Gironde), de parents instituteurs puis directeurs d’écoles, installés en Algérie. Il épouse 17 octobre 1899 une demoiselle Décaillet (dont la mère est Françoise Mélia). Godin a débuté comme rédacteur au Gouvernement général en 1896, sous-préfet à Médéa en 1905, à Brignoles en 1909, à Bastia en 1914, à Bayonne en 1916, préfet de l’Allier en 1917, chef de cabinet de Clémenceau en 1918, conseiller-maître à la cour des comptes en 1919. Conseiller municipal, représentant le quartier de Saint-Georges, il préside le conseil municipal de Paris en 1925 et préside la chambre de la Cour des comptes en 1931. Il préside la Fédération de Paris de l’Alliance démocratique, puis le Cercle républicain. Il est aussi vice-président du Cercle des Girondins à Paris, voir : Qui est-ce ? Ceux dont on parle, Vie moderne, 1934, p. 120. Son fils, André-Jean Godin est né au Palais d’hiver à Alger en juillet 1900, du fait des fonctions de son père. Ce futur vice-président de l’Assemblée nationale, a été directeur-adjoint à la préfecture de Police de Paris et chef du SAINA de 1932 à 1937. De 1937 à 1942, il a occupé le poste de directeur du personnel et du matériel à la préfecture de Police. Le 19 août 1944, il est désigné au poste de secrétaire général de la préfecture de Police. En 1947, il vote contre le statut de l’Algérie. Voir entre autres : Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, t.4, Paris, La Documentation française, 1994, p. 203.

[28]. APPP, B/A 4518, Le Jour, 26 décembre 1936. Claude Gaudin, « Trop d’Arabes entrent en France sans être contrôlés ».

[29]. Souligné par Gaudin.

[30]. APPP, RGI, n°s 4 383 et 4 .384, note en date du 26 juin 1941, AS des indigènes nord-africains séjournant dans le département de la Seine.

[31]. APPP, B/A 1676, SANA, Lettre du chef de service au préfet de Police de Paris, 16 novembre 1942.

[32]. A.P.P.P. Dossier 4519. Présence des populations nord-africaines. Études générales, 1939-1954. Etude de 1952.

[33]. Ils se présentent sous la forme des rubriques suivantes : 3. Comportement des Nord-Africains. 1. Entre eux. A- La société nord-africaine. B- Les différends et leurs règlements. 2 Envers les autorités. 3. Envers la population locale. 4. Envers les femmes européennes. 5. Les femmes musulmanes. 6. Les principaux délits dont les Nord-Africains sont habituellement les auteurs ou les vicArial. 7. Les Nord-Africains et la politique (cette dernière rubrique est signée par la 3e section des Renseignements Généraux)

[34]. Né le 17 septembre 1862 à La Champenoise (Indre), Octave Depont est un fonctionnaire colonial, qui entame sa carrière à Constantine en 1880 au poste de rédacteur. De 1883 à 1893, il occupe les postes d’administrateur-adjoint puis d’administrateur de commune mixte. Détaché en tant qu’administrateur titulaire au service des Affaires indigènes et du personnel militaire du Gouvernement Général de l’Algérie, il est ensuite sous-chef de bureau dans le même service. Pendant trois ans et jusqu’à 1900, il est chef de cabinet du Préfet d’Alger, Lutaud. Il est ensuite chef de cabinet du même Lutaud, lorsque celui-ci est préfet des Bouches du Rhône (1901) puis de la Gironde (1902). Il est lui-même nommé Sous-Préfet à Mauléon en 1904. En 1911, lui est confiée l’Inspection Générale des communes mixtes en Algérie. Dans le rapport qu’il consacre à l’insurrection de 1916 à Batna, il signe aussi « directeur intérimaire des territoires du sud ». Notons que son « patron » Lutaud est Gouverneur général à la place de Jonnart de 1911 à 1918. Selon Pascal Le Pautremat, ils ont été tous deux rappelés parce qu’« En novembre 1917, le Gouverneur général Lutaud s’oppose, à nouveau aux réformes, avec le soutien des préfets qui condamnent l’extension des franchises électorales..., cf. La politique musulmane de la France au XXe siècle..., op. cit. p. 240.

[35]. Il faut tout de même remarquer que selon Pascal Le Pautremat, il aurait été doyen de la faculté de droit de l’université d’Alger vers 1916, cf. La politique musulmane de la France au XXe siècle..., op. cit. p. 50, 163

[36]. Sophie Dulucq, Colette Zytnicki, « Une histoire en marge. L’histoire coloniale en France (années 1880-années 1930) », Genèses, Sciences sociales et histoire, n° 51, 2003.

[37]. Octave Depont, Les troubles insurrectionnels de l’arrondissement de Batna en 1916, rapport ronéoté, Alger 1917. Ce rapport a été édité en 2003 au Maroc à compte d’auteur par Robert Letan sous le titre de « Le temps du mépris ».

[38]. Il écrit dans Réforme, journal d’une société d’inspiration catholique, cf. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée, op. cit., p. 558.

[39]. Id., p. 584

[40]. Gilbert Meynier écrit que Depont ne prend pas en considération les retours et donne ainsi le chiffre de 20 000 au lieu de 13 000 entre 1912 et 1914, ce qui donne une augmentation de 17 000 au lieu de 10 000 p. 77.

[41]. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée, op. cit., p. 557. Pascal Le Pautremat confirme qu’Octave Depont siège à la CIAM de 1911 à 1917.

[42]. Octave Depont, Les Berbères en France, Comité de l’Afrique française, 1925.

[43]. La notice que lui consacre F. Marouis dans le dictionnaire biographique du département des Basses-Pyrénées en 1932, publié chez Flammarion, indique qu’« il participe à la fondation d’œuvres culturelles ou d’assistance musulmane en métropole ».

[44]. Il fonde l’amicale mutuelle des employés des préfectures, sous-préfectures et communes-mixtes.

[45]. Le PV de la réunion qui entérine la naissance du SAINA, le 24 mars 1924, montre que la proposition de recruter « un administrateur, deux adjoints, un commis, dix agents, tous venus d’Algérie et parlant tous d’une façon parfaite, les uns, la langue arabe, les autres, le dialecte kabyle », émane bien de Pierre Godin, en tout cas, M’barka Hamed-Touati, Immigration maghrébine, op. cit., p. 94.

[46]. Octave Depont, Les Berbères en France. L’hôpital franco-musulman de Paris..., 1935.

[47]. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée, op. cit., p. 46.

[48]. Norbert Elias, Logiques de l’exclusion..., op. cit.

[49]. Louis Milliot, par exemple, participe encore très tardivement à une campagne organisée par la Fédération des Amis de la Jeune fille, pour expliquer les risques des unions mixtes. Voir : Hélène Arthur, Rêves et réalités : des mariages mixtes entre Chrétiennes et Musulmans, Fédération international des Amis de la Jeune Fille, branche française, Genève, 1954, 12p.

[50]. Norbert Elias, Logiques de l’exclusion..., op. cit., p. 39.

[51]. Voir au ministère des Affaires étrangères, le dossier Papiers d’agents, Augustin Bernard.

[52]. Gilbert Meynier, L’Algérie révélée, op. cit., p. 558.

[53]. Gilbert Meynier, « Notice biographique de Charles-Célestin Jonnart », Parcours, n° 3, 1985.

[54]. Gilbert Meynier, id.

[55]. Louis Chauvot, Le Haut Comité méditerranéen et les organismes de politique musulmane, Paris, Librairie technique et économique, 1938.

[56]. G.érard Noiriel, Le Creuset français..., op. cit. p. 48.

[57]. Id.

 

 

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