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 Accueil du site > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > La messe en l’Église Saint-Sévérin et le « dossier Jean Müller ». Des chrétiens et la désobéissance au début de la guerre d’Algérie (1955-1957)


[ L’État et ses agents : encadrer et réprimer ]

La messe en l’Église Saint-Sévérin et le « dossier Jean Müller ». Des chrétiens et la désobéissance au début de la guerre d’Algérie (1955-1957)

par Tramor Quemeneur

 

Deux temps forts de contestation collective marquent les premières années de la guerre d’Algérie : il s’agit des manifestations liées aux rappels et aux maintiens sous les drapeaux qui se déroulent respectivement à l’automne 1955 et au printemps 1956. Parmi les soldats contestant leur envoi en Afrique du Nord figurent des chrétiens, qui sont même à la source des toutes premières initiatives dénonçant la guerre d’Algérie.

Deux initiatives exposant une expression chrétienne de l’opposition à la guerre d’Algérie ont été retenues dans cette étude. La première se déroule à l’automne 1955 lorsque des soldats assistent à une célébration en l’église Saint-Séverin à Paris et diffusent un tract dénonçant la guerre en Afrique du Nord. La seconde découle des mesures de rappel et de maintien sous les drapeaux au printemps 1956. Jean Müller est un rappelé, catholique et membre de l’équipe nationale « La Route » des Scouts de France. Tenté par un refus radical de la guerre d’Algérie, il témoigne de son parcours en Algérie. Son témoignage est une des sources qui a alimenté le débat sur la torture au printemps 1957.

Ces deux initiatives sont relativement connues mais sont ici étudiées sous l’angle d’archives publiques qui permettent d’apporter de nouveaux éléments à leur connaissance. Par ailleurs, la désobéissance est un sujet central de ces événements. Si elle ne s’inscrit pas forcément dans les actes, sa simple éventualité n’est pas non plus sans conséquences tant directes, dans la décision du témoignage, qu’indirectes, dans la valeur d’exemple auprès d’autres soldats notamment chrétiens.

La manifestation en l’église Saint-Séverin (Paris, 29 septembre 1955)

Le 29 septembre, dans le quartier Saint-Michel à Paris, des soldats en patance pour l’Afrique du Nord participent à une messe en l’église Saint-Séverin. Un rapport établi par le commissariat de police du 5e arrondissement permet de suivre, à travers les yeux du commissaire de police, le déroulement de la messe[1].

Le commissaire est prévenu à 18 heures 25 « que des militaires étaient susceptibles de manifester dans le secteur Saint Séverin - Saint Michel ». Il se rend ensuite « personnellement aux abords de l’Église Saint Séverin, après avoir donné des ordres au service P.S. [Police Secours] de patrouiller dans le secteur et de stationner ensuite à Saint Jacques - Saint Séverin ». Il arrive à l’église à 18 heures 40 et constate « qu’un certain nombre de militaires y pénétraient ». Il décide alors de les suivre. L’office commence à 18 heures 45 « dans le plus grand calme, en présence de 100 militaires et de 30 civils ». L’officient commence la cérémonie par ces paroles : « Nous célébrons la liturgie de Saint Michel. La messe est dite pour la paix qui est une œuvre de justice et d’amour, selon la devise même de Sa Sainteté Pie XII ». Puis la cérémonie se poursuit « dans la dignité »alors que d’autres militaires continuent à entrer dans l’église, contribuant à ce que l’office se termine « en présence de 150 militaires et 50 civils », à 19 heures 40. Les chiffres avancés sont bien entendu ceux de la police. Bien qu’ils ne soient pas destinés à être divulgués, ils peuvent cependant être contrebalancés, notamment par ceux de L’Humanité. En effet, ce journal publie le 1er novembre un article rendant brièvement compte de la messe, dans lequel il est affirmé que les soldats sont au nombre de trois cents[2]. La fourchette de soldats assistant à la messe en l’église Saint Séverin varie donc entre 150 et 300 militaires.

À la suite de la messe, « une cinquantaine de militaires stationnant au carrefour Saint Séverin - Saint Jacques », le commissaire de police décide de se présenter à eux pour les prier de se retirer, ce qu’ils firent « de bonne grâce ». Mais, vers 19 heures 50, le commissaire de police s’aperçoit « qu’une dizaine de militaires stationnaient toujours au dit carrefour ». Il s’approche et constate « qu’un Général Aumônier discutait avec eux, et les incitait à se retirer ». Aidé de l’aumônier général, le commissaire parvient à disperser le groupe. Il peut alors constater qu’« à 20 heures, les abords de l’église étaient déserts », ce dont s’assurent encore plusieurs rondes de police.

Le commissaire de police, accompagné de l’aumônier général T. de la 1re région militaire, se rend ensuite auprès de Monsieur C., curé de la paroisse, afin d’obtenir de plus amples renseignements sur la «  manifestation » des soldats. Le curé lui apprend « qu’il avait reçu, hier, dans la matinée, un militaire, qui lui avait demandé de vouloir bien, aujourd’hui, prier pour la paix » et de lire un tract en chaire, dont une copie est jointe au rapport du commissaire. Celui-ci précise ensuite que « tout en refusant la lecture de ce tract, Monsieur le curé C., n’a pu refuser l’entrée de son église [sic], ce soir, attendu qu’il s’agissait de la célébration de la liturgie Saint Michel ». Il apparaît enfin au commissaire de police que « des renseignements recueillis tant auprès de Monsieur l’Aumônier général T. que de Monsieur le Curé C., il résulte que les militaires présents à l’office n’étaient pas des fidèles de l’église ». Est-ce cependant à affirmer que les personnes qui assistaient à la messe n’étaient pas croyantes ? Non, si l’on s’en tient d’une part à la nature de la « manifestation » - une messe - et d’autre part aux arguments développés dans le tract.

Ce tract est intitulé : « Silence pour la paix. Ce que signifie la présence des rappelés à l’église Saint Séverin ». Il n’a pas été lu en chaire, mais a fait l’objet d’une distribution après la messe. Il présente les militaires assistant à la messe aux points de vue spirituel et politique : « Croyants et incroyants, chrétiens et communistes, juifs et protestants, nous voulons nous recueillir pour la paix et la fraternité en Afrique du Nord ». Les signataires affirment ensuite être « de conditions, de professions et d’opinions diverses ». Il est donc évident que parmi les soldats assistant à la messe se trouvent un certain nombre de croyants, bien qu’ils ne soient pas des habitués de la paroisse. En outre, il est loin d’être certain que cette action, fréquemment présentée comme chrétienne, appartiennent uniquement à cette sphère, si l’on s’en tient aux termes du tract.

Bien que tous les soldats s’inscrivant dans la « manifestation »de l’église Saint-Séverin ne soient pas croyants, cette messe représente néanmoins l’une des premières expressions publique de croyants confrontés à la guerre d’Algérie. Un clivage semble cependant apparaître entre les soldats présents à la messe et le curé de la paroisse, qui adopte une position en retrait en refusant de lire le tract en chaire. Ce distinguo représente-t-il une des premières expressions de la division des chrétiens pendant la guerre d’Algérie, faisant affirmer à René Rémond que « la cohésion a été ébranlée à l’intérieur des Églises [pendant la guerre d’Algérie]. Venant après les événements de 1940-1944 qui ont été la première fêlure à ébranler le catholicisme, les années 1954-1962 ont ébranlé (elles aussi) l’autorité. Ce fut un second choc pour une deuxième génération »[3] En outre, si le curé de la paroisse a refusé de lire le tract en chaire, il est intéressant de constater qu’il prononce la messe « pour la paix », manifestant probablement un certain intérêt pour l’action des soldats.

Le tract présente les soldats assistant à la messe non seulement aux points de vue spirituel et politique, mais aussi au point de vue militaire : « Nous sommes des soldats de tous contingents - appelés, maintenus, rappelés - qui devons partir incessamment pour l’Afrique du Nord ». En fait, d’après un ouvrage de Jean-Pierre Vittori[4], ces appelés viennent de différents lieux Ils semblent tous appartenir au 401e RAA (régiment d’artillerie antiaérienne) et sont stationnés dans la région parisienne, entre les forts de Romainville et de Nogent, et la caserne de Provins. Ces appelés, rappelés et maintenus sont envoyés en manœuvre à Biscarosse dans les Landes au début du mois de septembre. Durant tout le trajet, ils manifestent leur mécontentement. Sur place, ils refusent collectivement d’entrer dans le camp et vont prendre un bain de mer. D’après l’ouvrage précité, c’est à leur retour en région parisienne que plusieurs de ces soldats demandent à leurs camarades d’assister à la messe en l’église Saint-Séverin pour protester contre leur départ en Afrique du Nord.

Pour quelles raisons s’opposent-ils à leur envoi en Afrique du Nord ? Le tract se penche d’abord sur la raison de leur présence en l’église Saint-Séverin : « Nous sommes ici pour témoigner solennellement au nom de tous nos camarades de notre angoisse et de notre honte à servir, par la violence, une cause qui n’est pas celle de l’ensemble des Français ». Les termes d’« angoisse »et de « honte », très forts, montrent la révolte profonde qui anime leur démarche. Selon eux, il existe une ligne de fracture dans l’opinion publique française qui n’est pas faite pour justifier l’emploi de la force en Afrique du Nord. Bien que l’opinion publique française considère majoritairement que l’Algérie représente trois départements français[5], l’emploi du contingent en Afrique du Nord suscite également un profond mécontentement, à commencer par celui des premiers intéressés. Puis les rédacteurs du tract s’interrogent sur les fondements de leur opposition à l’intervention armée en Afrique du Nord : « Notre conscience nous dit que cette guerre que nous avons à porter contre nos frères musulmans, et dont beaucoup sont morts pour défendre notre pays, est une guerre contraire à tous les principes chrétiens, à tous les principes de la Constitution française, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à toutes les valeurs dont notre pays s’enorgueillit justement ». Les soldats mettent ainsi en avant des références historiques, politiques et morales fondamentales pour justifier leur opposition à leur envoi en Afrique du Nord.

D’ailleurs, les rédacteurs du tract affirment que ces notions font partie de ce qui leur a été enseigné, inscrivant du même coup leur attitude dans une histoire : « C’est parce que cette guerre est contraire à tous les enseignements que nous avons pu tirer pendant notre jeunesse, qui s’est déroulée sous une occupation étrangère, que nous avons appris le dégoût d’une armée installée chez un peuple étranger »En se tournant vers les enseignements qu’ils ont reçus, les rédacteurs font référence à la Seconde Guerre mondiale par l’expression « occupation étrangère ». La force du résistancialisme[6] contribue ensuite à ce qu’ils fassent explicitement référence à la Résistance : « Nos leçons de courage et de dignité, nous les avons reçues de nos frères aînés qui ont fait la résistance. Ils nous ont donné précocement le goût des causes justes et la volonté de les défendre sans faiblesse ». Ils considèrent ainsi la guerre dans les pays maghrébins à travers le prisme de la Seconde Guerre mondiale, qu’ils ont vécue « pendant leur jeunesse » et qui leur a donné « le goût des causes justes ». Pour une grande partie des opposants à la guerre d’Algérie, cette référence à la Seconde Guerre mondiale est importante, sinon fondamentale.

Il est important de constater que le recours à la Résistance a pour conséquence d’empêcher les rédacteurs du tract de se reconnaître dans l’objection de conscience, c’est-à-dire le refus de porter les armes. Ils se réfèrent cependant à cette notion : « Nous serions prêts, demain, à prendre les armes contre toute armée qui viendrait jouer ici le rôle que l’on veut nous faire jouer aujourd’hui en Afrique du Nord. Nous ne sommes pas des objecteurs de conscience, mais si nos bras tremblent en tirant sur nos frères musulmans, il faut que tous les Français le sachent, c’est parce que notre conscience se soulève ». L’objection de conscience retrouve de cette manière une certaine actualité, perdue depuis le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un projet de statut d’objecteur de conscience a cependant été déposé à l’Assemblée nationale à deux reprises, notamment par André Philip, le 1er décembre 1949 et le 19 juin 1952[7]. Les rédacteurs ne s’inscrivent pas dans l’objection de conscience dans la mesure où ils seraient prêts à prendre les armes pour défendre la patrie. En outre, dans une démarche parfaitement anticolonialiste, ils considèrent que l’Algérie constitue une entité différente de la France.

Dans une formule maladroite (à moins que ce ne soit le brigadier de police qui ait commis cette erreur - ou redondance - en recopiant le tract), les rédacteurs du tract posent encore la question de l’éventualité de leur désobéissance, en affirmant : « Nous n’appelons pas les soldats au refus de désobéissance [sic] individuelle aux ordres du gouvernement, mais le peuple français doit savoir que si nous obéissons, ce sera la mort dans l’âme ». Ainsi, les rédacteurs du tract entendent s’inscrire dans une démarche collective car ils semblent craindre la marginalisation. D’ailleurs, ils renvoient au « peuple français » la responsabilité d’arrêter la guerre : « À lui de comprendre où est son devoir à l’égard de ses propres enfants et d’agir pour que cesse cette guerre qui le déshonore ». Enfin, en conclusion, les rédacteurs tiennent encore à justifier leur courage et leur patriotisme, en insistant sur les causes qu’ils sont prêts à défendre : « Que ceux, parmi les Français, qui sont prêts à nous taxer de défaitisme ou de lâcheté, aillent dans les casernes interroger librement et honnêtement les soldats sur la conscience qu’ils peuvent avoir de leur devoir à défendre la France, ils sauront que nous ne sommes ni des lâches, ni des défaitistes, et qu’il y a parmi nous une immense soif de vraie justice et de justice pour tous les hommes, qui nous a créé un devoir impérieux de savoir ce que nous défendons et qui nous défendons, sans contradiction et sans remords ». Ils montrent ainsi que leur sentiment est largement partagé et surtout qu’il est légitime.

À la suite de la messe, le régiment est consigné et seize soldats sont envoyés en Afrique. Une cinquantaine de soldats quittent clandestinement la caserne pour revoir leur famille avant leur départ prévu dans la nuit du 1er au 2 octobre. Ils reviennent à la caserne avec 24 heures de retard et sont emmenés par avion au Maroc, où ils doivent effectuer 60 jours de prison. Après avoir évoqué publiquement la question de la désobéissance, les soldats de ce régiment montrent donc qu’ils peuvent inscrire leurs paroles en actes. Néanmoins, force est de constater qu’ils rallient tous leur point d’arrivée, le Maroc[8].

Quelques mois plus tard, la victoire du « Front républicain » rassemblant quatre formations politiques de gauche, élues sur un programme de paix, pouvait laisser penser que les Français répondaient favorablement aux attentes des soldats qui avaient manifesté contre leur envoi en Afrique du Nord. Mais, en avril 1956, le gouvernement Guy Mollet prenait une nouvelle fois des mesures de rappel et de maintien sous les drapeaux. Des manifestations encore plus importantes de soldats couvraient le territoire métropolitain. Une nouvelle fois, la question de la désobéissance se posait, notamment pour des chrétiens comme Jean Müller. Mais son nom est davantage connu pour son opposition à la torture, à travers le « dossier »portant son nom, publié en février 1957 par Témoignage chrétien.

Le « dossier Jean Müller » (février 1957)[9]

Jean Müller est un des responsables de l’équipe nationale « La Route »des Scouts de France. Comme de nombreux autres jeunes hommes, il est rappelé en 1956[10]. Jean Müller se pose la question de la désobéissance individuelle et en fait part aux autres membres de l’équipe nationale « La Route ». Or celle-ci, certes opposée à la guerre d’Algérie, ne veut pas « mettre le feu aux poudres », comme le précise Paul Rendu, alors membre de l’équipe, à une table ronde de l’IHTP : « Mettre le feu aux poudres, c’était par exemple recommander l’insoumission. Certes, nous n’avons jamais détourné de leur résolution ceux qui nous ont demandé conseil en privé, sauf dans un cas qui est précisément celui de Jean Müller »[11]. Selon Paul Rendu, la désobéissance est un sujet qui pose débat au sein des Scouts de France. Elle semble acceptée au stade de la résolution individuelle mais ne fait pas l’objet d’une position collective et publique. Toutefois, du fait du rôle important que joue Jean Müller au sein des Scouts de France, les membres de l’équipe nationale tentent de le détourner de la désobéissance individuelle. En effet, comme l’affirme Paul Rendu : « Jean Müller était tenté par un refus radical de la guerre d’Algérie. Toutefois, conscient de la responsabilité qu’il avait en tant que membre de l’équipe nationale [de La Route], il m’a dit “D’accord, je pars mais je serai là-bas quelqu’un qui ne laissera rien passer”. Et de fait, c’est ce qui s’est produit »[12]. Le parcours de Jean Müller pose à nouveau la question de la désobéissance chrétienne dans la guerre d’Algérie. Par rapport aux manifestants de l’église Saint-Séverin, la résolution de la désobéissance semble plus affirmée chez Jean Müller. Le témoignage de Paul Rendu, s’il évoque la volonté de « refus radical » de Jean Müller, ne précise cependant pas si Jean Müller était davantage partisan de l’insoumission ou de l’objection de conscience. Il n’en reste pas moins que, comme les soldats du 401e RAA protestant en l’église Saint-Séverin, il s’agit d’une « non désobéissance »dans le cas de Jean Müller puisque celui-ci accepte de partir en Algérie sous l’influence de Paul Rendu. Cette « non désobéissance » a amené Jean Müller à témoigner par écrit de ce qu’il a vu et vécu en Algérie, ce qui constitue le « dossier Jean Müller ». Le parcours de Jean Müller est surtout connu pour ce « dossier »publié aux éditions du Témoignage chrétien[13].

Le départ de Jean Müller pour l’Algérie a lieu le 14 juin 1956. Comme il en rend compte dans son « dossier », ce départ est marqué par quelques incidents qui prennent rapidement fin : « À la gare [de Nancy] étaient massés des CRS et les policiers derrière les murs et à contre-voie. Du convoi de camions s’étaient élevés des cris : “Lacoste au poteau...”. Puis tout s’est calmé »[14]. En Algérie, Jean Müller témoigne des difficultés éprouvées par un soldat du contingent, notamment concernant « les entraînements collectifs auxquels beaucoup ici se laissent prendre »[15]. En effet, le « dossier Jean Müller » est surtout connu pour être un des premiers témoignages sur la torture et les exécutions sommaires. Parmi les cas de tortures et d’exécutions sommaires qu’il cite, on relève notamment celui du camp de Tablat, où un prisonnier algérien, présumé combattant nationaliste, est interrogé puis exécuté par deux hommes lors de son transport : « On le mit dans un trou, et le convoi repartit ! Le compte rendu sera bien fait, crois-moi : tentative de fuite »[16]. Commentant l’attitude possible des soldats du contingent, Jean Müller avance : « Nous, ici, nous sommes coincés, obligés de suivre le mouvement, nous avons seulement la ressource de refuser les ordres immoraux »[17]. Jean Müller dresse encore la liste des tortures infligées par quatre sous-officiers et dix officiers, assistés d’une section de rappelés[18]. Mais Jean Müller rend également compte du témoignage de deux de ses meilleurs amis, du 14e RCP (régiment de chasseurs parachutistes), qui affirment notamment avoir vu « un suspect balancé dans le vide depuis un hélicoptère (200 mètres de haut) »[19] ou avoir assisté à des séances de tortures, comme à Seriet[20]. Les affaires mentionnées ne sont pas exhaustives. Jean Müller éprouve ainsi de très grandes difficultés à « pratiquer l’Évangile du Christ, [à] être ouvert à tous, [ à ] ne pas faire de distinction entre les races, [à] aimer tout le monde : ça a été dur et quelquefois je n’y suis pas parvenu. On a essayé de me posséder. Comme je me moquais des honneurs (grades, etc...) on a voulu m’avoir par les menaces sous les prétextes les plus divers : on a essayé par trois fois de me casser, puis on m’a muté dans une autre compagnie. Le commandant et mes officiers connaissent mes opinions, mais jusqu’à présent personne n’a osé m’attaquer de front, car je me suis toujours présenté comme chrétien, jamais comme faisant de la politique »[21]. Jean Müller est finalement mort au cours d’une embuscade, le 27 octobre 1956.

Le « dossier Jean Müller » a été élaboré à partir des lettres envoyées par Jean Müller à ses proches. L’organisation scoutiste ayant refusé la publication du « dossier », celui-ci est publié par les Cahiers du Témoignage chrétien le 15 février 1957, notamment sous l’impulsion du journaliste chrétien Robert Barrat. Ce « dossier » porte évidemment de graves accusations et ne manque pas de nourrir l’important débat sur la torture au printemps de l’année 1957. Quelques jours après la publication du « dossier », le 7 mars 1957, le ministère de la Défense nationale porte plainte pour diffamation contre les Cahiers du Témoignage chrétien[22]. Le 26 février 1957, L’Humanité rend compte de la publication du « dossier Jean Müller », dans un article intitulé : « Algérie - la pacification vue du côté de la mitraillette ». Deux autres articles concernent également la torture : « Les brochures bleues et les enterrés vivants » (de Léon Max, pseudonyme de Léon Nissim) et « Pour la paix en Algérie... ». Le journal est saisi le jour même par la préfecture de police de la Seine et la préfecture d’Alger. Le « dossier Jean Müller » entre alors dans sa phase judiciaire qui semble aussi intéressante à étudier.

Dès la plainte du ministère de la Défense nationale, le ministère de la Justice prend la mesure de l’importance de l’affaire. Dans une note manuscrite du 1er bureau du ministère de la Justice, en date du 11 mars 1957, un haut fonctionnaire du bureau des affaires criminelles, A. Lamarche, n’hésite pas à écrire : « Il s’agit ici d’une affaire présentant une importance incontestable »[23]. Dans une note adressée trois jours plus tard au directeur du cabinet du Garde des Sceaux, monsieur Chavanon, le Bureau des affaires criminelles appelle à la prudence dans la mesure où « il convient d’observer que dans la préface, il est indiqué que 14 camarades de Jean Müller sont prêts à témoigner en justice de la réalité des faits révélés »[24]. La période qui suit est consacrée à la collation des documents nécessaires à l’instruction de l’affaire. Ces documents sont en particulier demandés au ministère de la Défense.

Environ un an après la publication du « dossier Jean Müller », l’instruction semble toucher à sa fin, comme le constate le procureur de la République chargé de l’affaire : « les pièces transmises par la rue Saint Dominique [i.e. le ministère de la Défense] me paraissent apporter au Ministère public des éléments suffisants de contre preuve »[25]. Le procureur de la République affirme que les pièces transmises permettent d’« envisager sans appréhension un débat public » dans différentes affaires dont certaines ont été mentionnées ci-avant. Le procureur de la République en dresse la liste : celles « dites “du camp de Tablat”, “de l’hélicoptère”, “de Seriet”, “des enterrés vivants”, “de la rue d’Aumale et du marché Barnave”, et “des tortures infligées au nommé Habri” ». Le procureur affirme ainsi être en possession de documents qui réfuteraient les affirmations de Jean Müller.

Toutefois, il se crée un point de fixation autour de « l’affaire du col de Bekar » car le procureur de la République n’est pas en mesure de fournir des éléments de contre preuve. Cette affaire concerne les « représailles collectives ». Ainsi, d’après Jean Müller, une note du Commandant du bataillon leur serait parvenue courant août 1956 justifiant une « gradation des “mesures coercitives” »[26]. Fin août, elle est mise en application : vingt Algériens sont sommairement exécutés au col de Bekar, lieu où treize Français du 2/117° RI avaient auparavant trouvé la mort[27]. Or, d’après le procureur de la République « il résulte de l’un des documents fournis par le ministère de la Défense nationale, à savoir le “Rapport d’enquête” établi par le colonel Thomazo, que la première version de “l’affaire du col de Bekar”, donnée par le commandant [C.], qui dirigeait l’opération, n’était pas conforme à la vérité ». Il semble que le rapport d’enquête du colonel Thomazo dont il est question soit le même que celui étudié par Raphaëlle Branche[28]. Le nombre d’Algériens sommairement exécutés diffère cependant : le procureur de la République mentionne vingt Algériens, tandis que Raphaëlle Branche cite le nombre de quatorze Algériens. Le colonel Thomazo montre ainsi que le commandant C. a falsifié le compte rendu de l’opération du col de Bekar. Toutefois, le colonel Thomazo justifie les exactions commises par les soldats français, ce qui indigne le préfet Collaveri, destinataire du rapport d’enquête : « Cette conclusion est que les exactions sont réelles mais qu’elles ont eu pour victimes des personnes ou des familles réputées suspectes. En d’autres termes, dans les cas considérés, dit le colonel, si justice sommaire a été faite, il y a tout de même eu “justice” car elle n’a frappé que d’authentiques coupables »[29]. Le rapport du colonel Thomazo, en justifiant les exécutions sommaires, montre en même temps qu’elles ont existé.

Le procureur de la République stipule que « la première version des faits est exposée dans le procès-verbal dressé le 2 septembre 1956 par la gendarmerie de Tablat, et où figure l’audition du chef de bataillon C. » concernant l’exécution sommaire des Algériens. Or, Sylvie Thénault, traitant de la commission présidée par le colonel Thomazo qui a rédigé le rapport sur « le rôle des forces françaises employées dans l’Algérois pour la lutte contre la rébellion », mentionne qu’un chef de bataillon est puni pour avoir falsifié des exécutions sommaires dans un compte rendu d’opérations[30]. Le grade de la personne impliquée et les dates semblent correspondre, même s’il existe un faible décalage chronologique : en effet, la plainte a été déposée au cours du mois d’août 1956, tandis que l’audition du chef de bataillon par la gendarmerie de Tablat date du 2 septembre 1956. Il reste cependant fort probable qu’il s’agisse de la même affaire qui a conduit à sanctionner le chef de bataillon pour son mensonge, et non pour les exécutions sommaires[31].

Le procureur de la République s’en tient à cette version très officielle de la sanction infligée au chef de bataillon, en évoquant « la maladresse du commandant C. qui “par crainte d’être accusé d’avoir fait abattre sommairement les vingt suspects”, a donné de l’affaire une version qui n’était pas conforme à la vérité ». Mais, prenant maintes précautions, il est bien obligé de reconnaître que « cette affaire pouvait présenter, dans une certaine mesure, les apparences d’une exécution sommaire ». L’énumération des « apparences »de l’exécution se passe pourtant de commentaires sur « la maladresse »du chef de bataillon : « Tous les suspects, parmi lesquels se trouvaient quatre hommes âgés de plus de 50 ans, et un vieillard de 76 ans, ont été, sans exception, mortellement atteints (PV [procès-verbal] de la gendarmerie de Tablat du 29 août 1956). [...] D’après les constatations de la gendarmerie presque tous les cadavres présentaient des perforations du dos, et [...] onze d’entre eux avaient reçu des coups de feu dans la tête. [...] Parmi ces derniers, quatre avaient reçu une balle dans la nuque, et [...] trois autres avaient la “boîte crânienne éclatée” »[32].

Sylvie Thénault montre que les punitions concernant des cas de tortures ou d’exécutions sommaires « représentent à peine 10 % du total des sanctions prononcées »[33]. Mais, plus encore, « les sanctions sont rarissimes » si on les rapporte « au total des réclamations adressées au commandement pour des disparitions, des tortures ou des exécutions sommaires, qui est de 444 » jusque mai 1957[34]. Dans le cas présent, on peut même poursuivre cette réflexion encore plus loin, en affirmant que le soldat peut aussi faire l’objet d’une promotion, ce que le procureur de la République admet beaucoup plus difficilement : « On comprend moins bien que cet officier supérieur, “sévèrement sanctionné pour ce fait” (rapport du colonel Thomazo), ait été peu après (en tout cas antérieurement au 29 mars 1957) promu lieutenant-colonel, ainsi qu’il résulte de certaines des pièces produites par la Rue Saint Dominique »[35]. Tout cela contribue à gêner considérablement le procureur de la République dans l’établissement de son réquisitoire.

Les termes du procureur de la République dénotent la mise au pas progressive de la justice par l’armée[36], même en métropole. Mais le procureur de la République est embarrassé par la perspective d’un débat public, d’autant plus que certaines pièces du dossier ne manqueraient pas de faire éclater un scandale. Il conclut alors : « La perspective d’un débat public sur l’affaire du col du Bekar me paraît soulever une question d’opportunité » qu’il renvoie au procureur général. Dans l’attente, il se refuse également à inculper des personnes : « Je crois donc devoir surseoir, provisoirement, à toute réquisition d’inculpation nominative contre les responsables de la publication des articles incriminés »[37]. Suite à ce rapport, le ministère de la Justice demande donc au ministère de la Défense nationale si, au vu des pièces, il n’estime pas préférable d’abandonner les poursuites. Renaud Donnedieu de Vabres, chef de cabinet du ministre de la Défense nationale, répond laconiquement, par l’affirmative, le 8 juillet 1958 : « J’ai l’honneur de vous faire connaître que je n’estime plus opportun de voir continuer ces poursuites »[38]. Cette issue semble satisfaire, sinon soulager, le ministère de la Justice. Un membre du bureau criminel du ministère de la Justice s’exclame ainsi dans une note manuscrite : « ... On devait évidemment en arriver à cette solution ! »[39].

Le « dossier Jean Müller » aboutit à un réquisitoire de non lieu le 29 octobre 1958. L’instruction contre L’Humanité trouve une issue identique le 14 novembre 1958. Le frère de Jean Müller, Jacques Müller, considérant que la procédure suivie a porté atteinte à la réputation de son frère et fort de l’issue de la procédure, décide de porter plainte contre le Ministre de la Défense nationale pour diffamation. Cependant, l’issue de l’affaire nous est inconnue. Les deux autres articles de L’Humanité mis en cause conjointement aux extraits du « dossier Jean Müller »continuent à être poursuivis, mais trouvent une issue identique : un non lieu est prononcé le 5 août 1960 par la Cour d’appel de Paris.

La messe en l’église Saint-Séverin montre que certains chrétiens se posent très rapidement la question de la désobéissance dans la guerre d’Algérie, notamment par anticolonialisme. Toutefois, si ces soldats évoquent la désobéissance, ils ne semblent pas prêts à y répondre par l’affirmative. Ils affirment ainsi ne pas se reconnaître dans l’objection de conscience, et tous suivent leur ordre de route en Afrique du Nord. Moins d’un an plus tard, les nouvelles mesures de maintien et de rappel sous les drapeaux amènent Jean Müller à se poser aussi la question de sa participation à la guerre en Algérie. Jean Müller semble avoir davantage basculé dans la désobéissance, mais Paul Rendu finit par le convaincre de suivre son ordre de route. C’est ce qui amène la publication du « dossier Jean Müller »qui constitue l’un des premiers documents entraînant l’important débat sur la torture au printemps 1957.

Ces premiers témoignages amènent d’autres chrétiens à se forger plus rapidement une opinion sur la guerre d’Algérie. Ils contribuent à ce que certains d’entre eux n’envisagent plus la désobéissance comme une éventualité mais comme une certitude. Le futur cinéaste André Gazut, témoignant sur sa désobéissance en 1961 sous le pseudonyme de Denis Morvan, affirme ainsi : « Peu avant mon appel sous les drapeaux, dans une grande revue parisienne où j’étais reporter-stagiaire, je vis dans les bureaux de la rédaction des photos de torture [...]. Le dossier “Müller”, les faits rapportés dans la presse de gauche, n’étaient que trop vrais. Il n’y avait pas eu calomnie contre l’armée de “Pacification” »[40]. L’accumulation de traces, de témoignages contribue ainsi à amener certains chrétiens à choisir la voie de la désobéissance.

Tramor Quemeneur prépare une thèse sur « Obéissance et désobéissances de soldats français pendant la guerre d’Algérie. Insoumissions, désertions, refus d’obéissance » à l’université de Paris VIII sous la direction de Benjamin Stora.

tquemeneur@hotmail.com



[1]. Préfecture de Police, police municipale, 5e district, 5e arrondissement, « Le commissaire de police principal du 5e arrondissement à Monsieur le directeur général de la police municipale », Paris, 29 septembre 1955 (Archives de la Préfecture de Police de Paris, C 45 4560 120 131 9*). Les dossiers marqués d’une étoile (*) sont soumis à dérogation.

[2]. « Nouvelle manifestation de rappelés du Fort de Nogent », L’Humanité, 1er octobre 1955, p. 1.

[3]. René Rémond : « Conscience religieuse et diversité des choix face à la guerre en Algérie » (conclusion du débat), Les Cahiers de l’IHTP, n° 9 : « La guerre d’Algérie et les chrétiens », octobre 1988, p. 153.

[4]. Jean-Pierre Vittori, Nous les appelés d’Algérie, Paris, Stock, 1977, 319 p.

[5]. Voir en particulier Charles-Robert Ageron : « L’opinion française à travers les sondages », in Jean-Pierre Rioux (dir.), La Guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990. Article initialement publié dans la Revue française dhistoire d’outre-mer, en 1976.

[6]. Sur le résistancialisme, voir Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, Paris, Seuil, 1990, 418 p.

[7]. « Proposition de loi tendant à la création d’un service civil pour les objecteurs de conscience », Journal officiel. Documents parlementaires. Assemblée nationale, session de 1949 n° 8568 et session de 1952 n° 3738, respectivement p. 2065-2066 et 1391-1392.

[8]. Les manifestations de rappelés ne concernent pas uniquement l’Algérie, mais également la Tunisie et le Maroc. À cette période, la guerre d’Algérie ne s’est pas encore singularisée et entre dans le cadre plus général des « événements d’Afrique du Nord ». Mais, si les rappelés et les maintenus contestent leur envoi sur l’un des trois territoires maghrébins, leurs manifestations touchent également, par ricochet, les envois du contingent sur les autres territoires maghrébins, dont l’Algérie.

[9]. « Dossier Jean Müller », Cahiers du Témoignage chrétien, n° XXXVIII, [février 1957], 30 p.

[10] « Décret n° 56-373 tendant au maintien sous les drapeaux des hommes du premier contingent 1955 et des militaires qui auront satisfait à leurs obligations légales d’activité entre le 31 juillet 1956 et le 30 janvier 1957 » et « décret n° 56-374 du 12 avril 1956 portant rappel de disponibles et de certains officiers et sous-officiers de réserve », Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 avril 1956, p. 3574-3575.

[11]. Témoignage de Paul Rendu au débat sur « Conscience religieuse et diversité des choix face à la guerre d’Algérie », Les Cahiers de l’IHTP, op. cit., p. 143.

[12]. Ibid.

[13]. « Dossier Jean Müller », op. cit.

[14]. Id., p. 5.

[15]. Id., p. 18.

[16]. Id., p. 10.

[17]. Ibid.

[18]. Id., p. 17.

[19]. Id., p. 18.

[20]. Ibid.

[21]. Id., p. 18-19.

[22]. Plainte du ministère de la Défense nationale contre les Cahiers du Témoignage chrétien, 7 mars 1957 (Archives du ministère de la Justice, 57 82 G 124*).

[23]. Ministère de la Justice, A. Lamarche, [Note manuscrite], 11 mars 1957 (AMJ, 57 R 82 G 124*).

[24]. Ministère de la Justice, 1er Bureau, Note pour M. le directeur du cabinet du Garde des Sceaux (à l’attention de M. Chavanon), 14 mars 1957 (AMJ, 57 R 82 G 124*).

[25]. Ministère de la Justice, Parquet de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine à monsieur le procureur général. Service central 131 presse 13 », 31 mars 1958 (AMJ, 57 82 G 120*).

[26]. « Dossier Jean Müller », op. cit., p. 12.

[27]. Id., p. 13.

[28]. Raphaëlle Branche, La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, Paris, Gallimard, 2001, p. 50.

[29]. Lettre du préfet Collaveri au général Salan, 29 octobre 1956, cité in ibid.

[30]. Sylvie Thénault, Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 2001, p. 137.

[31]. Ibid.

[32]. Ministère de la Justice, Parquet de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine... », op. cit. (AMJ, 57 82 G 120*).

[33]. Sylvie Thénault, op. cit., p. 137.

[34]. Ibid.

[35]. Ministère de la Justice, Parquet de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine... », op. cit. (AMJ, 57 82 G 120*).

[36]. Sylvie Thénault, op. cit., p. 65 et suiv.

[37]. Ministère de la Justice, Parquet de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine... », op. cit. (AMJ, 57 82 G 120*).

[38] Ministère de la défense nationale, Cabinet du ministre, « Le Ministre de la Défense nationale - cabinet - à monsieur le Garde des Sceaux - Ministre de la Justice - 1er Bureau », 8 juillet 1958 (AMJ, 57 82 G 120*).

[39]. Ministère de la Justice, [Note manuscrite], 15-17 juillet 1958 (AMJ, 57 82 G 120*).

[40]. Témoignage écrit de Denis Morvan (pseud. d’André Gazut), février 1961 (archives privées).

 

 

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