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 Accueil du site > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > La milice, le commissaire et le témoin : le récit de la répression de mai 1945 à Guelma


[ Les Algériens acteurs de leur histoire ]

La milice, le commissaire et le témoin : le récit de la répression de mai 1945 à Guelma

par Jean-Pierre Peyroulou

 

[1]



 

L’insurrection nationaliste qui toucha le Constantinois, en Algérie, le 8 mai 1945, à l’occasion des cérémonies célébrant la capitulation de l’Allemagne, est aujourd’hui partiellement connue. La plus grande partie du Constantinois resta calme, en particulier la ville de Constantine. Deux régions furent touchées : la région de Sétif et celle de Guelma. La ville de Bône connut des violences, mais elles restèrent relativement circonscrites. Le nombre de victimes s’éleva, côté européen, à cent deux morts. Côté algérien, nous ne disposons pas de chiffres fiables. La fourchette la plus probable serait entre quinze et vingt mille morts[2].

Notre connaissance de cette période de mai 1945 est inégale[3]. Les événements concernant les émeutes et la répression sont relativement bien connus pour la région de Sétif. En revanche, on connaît beaucoup moins bien les événements dans celle de Guelma. Dans la première, la répression reposa très largement sur l’armée dont l’utilisation était légale en vertu de l’état de siège. Dans la seconde, elle fut assurée, dans les campagnes, par l’armée, par la gendarmerie, et par les pouvoirs civils sous la direction du sous-préfet Achiary, c’est-à-dire par la police et la milice, dans la ville de Guelma et dans les petites communes des campagnes environnantes. La milice formée sur l’ordre du sous-préfet rassembla des civils, armés, pour assurer la défense des Européens. Les excès de la répression menée par les pouvoirs civils à Guelma restèrent dans les mémoires sans qu’on puisse exactement en mesurer l’ampleur. Cette différence dans la connaissance entre les deux zones insurrectionnelles du département de Constantine s’explique essentiellement par deux raisons. Côté algérien, par l’origine sétifoise de Ferhat Abbas, grande figure du nationalisme algérien, qui a braqué la mémoire des événements sur Sétif. Côté français, par la disponibilité des sources. En effet, notre connaissance de cette période repose largement sur les archives militaires déposées au Service historique de l’armée de Terre (SHAT) qui accepta plus rapidement que les archives civiles les demandes de dérogation des chercheurs et mit à disposition du public des documents de première importance. Enfin, on eut connaissance des faits grâce au rapport du général Henry Martin[4], commandant du 19e corps d’armée, chargé de la coordination des forces en Afrique du Nord et donc de la répression. Nous disposons aussi du rapport du général de gendarmerie Paul Tubert[5], nommé par le Gouverneur général Chataigneau, à la tête de la Commission d’enquête sur les événements du Constantinois. Il fit un rapport sur la région de Sétif, mais ne put mener son enquête à Guelma et dut arrêter son travail pour des raisons que nous ne connaissons pas avec exactitude. Le 26 mai, la Commission interrompit son travail sur ordre du gouvernement, si bien que les événements de Guelma nous restèrent inconnus jusqu’à aujourd’hui. Précisons que Paul Tubert prit part avec Achiary au débarquement des Alliés à Alger le 8 novembre 1942. Faut-il voir dans cette interruption la volonté de préserver Achiary, l’une des figures de la Résistance, et la volonté du pouvoir civil au plus haut niveau de faire porter le chapeau de la répression à la Grande Muette comme le suggère Jean-Charles Jauffret[6], ou bien, faut-il y voir l’expression de la solidarité entre les rares hommes issus de la Résistance en Algérie, en l’occurrence les hommes du « groupe des cinq » qui préparèrent le débarquement de 1942 ?

L’ouverture sous dérogation des archives civiles déposées au CAOM sur les événements du 8 mai 1945 nous apporte une connaissance beaucoup plus précise des événements de Guelma. Les historiens de la guerre d’Algérie, qui, comme le pense Jean-Charles Jauffret, commence réellement en 1945, dépendent depuis une quinzaine d’années essentiellement des archives militaires pour en écrire l’histoire, faute de pouvoir accéder avant la fin des années 1990 aux archives civiles. Cette dépendance par rapport à une source unique - l’armée - a conduit, nous semble-t-il, à sous-estimer le rôle des pouvoirs civils dans la répression et dans la guerre. Cette situation est d’ailleurs assez conforme à la stratégie déployée par les pouvoirs civils pendant la guerre d’Algérie, qui consista à se défausser et à se décharger de ses responsabilités sur l’armée. La publication des rapports Martin et Tubert ne tranche-t-elle pas avec l’obscurité dans laquelle est tenu le rapport du commissaire Bergé, réalisé pour le compte des autorités civiles d’Algérie et que communiqua Chataigneau au gouvernement ?

Autour d’un document de première importance, et en même temps difficile à manier, nous voudrions ici, non pas évoquer le déroulement très complexe de la répression pendant le mois de mai 1945, sur lequel nous travaillons encore, mais poser, à travers l’examen d’une source, la question du rôle de la gendarmerie et des pouvoirs civils dans la répression : sous-préfecture, police, milice et administration pénitentiaire, sans évacuer les problèmes, d’ailleurs pas complètement résolus, que nous pose ce document.

Nous le ferons en trois temps, premièrement, en situant cette source dans son contexte, deuxièmement en soulevant les questions que suggère ce récit de la répression, troisièmement, en nous interrogeant sur le rôle et les rapports des pouvoirs civils de Guelma. Précisons que ce travail est en cours et que nos remarques ne sont pas définitives.

La répression à Guelma en mai 1945

Guelma, chef lieu de l’arrondissement, situé entre Constantine et Bône, était une ville de seize mille cinq cents habitants, dont quatre mille cinq cents Européens, en 1945. Elle était assez caractéristique par son peuplement de ces villes moyennes du Constantinois où s’installèrent les déracinés des campagnes et qui constituèrent les bastions d’un nationalisme plébéien et radical qui se développa à cette époque comme le montrèrent Omar Carlier[7] et Benjamin Stora[8]. Ce fut par ces ruraux poussés dans les villes que les campagnes se politisèrent en retour. Guelma était au centre d’une région relativement prospère, où la colonisation agricole fut assez dense pour le Constantinois, même si elle n’atteignit pas le niveau de la plaine de Bône dans le département. Les sources ne soulignent pas de problèmes de ravitaillement plus graves, ni un marché noir plus actif, que dans d’autres régions d’Algérie. Nous ne disposons pas de rapports soulignant l’extrême misère de la population de la région comme pour la Kabylie ou l’Ouarsenis. Au contraire, la région serait même relativement privilégiée. À Oued Zenati, commune proche de Guelma, le commandant Gobillot soulignait en 1945 que les silos étaient pleins, que les mechtas disposaient de vivres et que les marchés étaient achalandés[9]. De nombreux Algériens arrêtés en gare de Guelma disposaient de sommes importantes d’argent, provenant de la vente de bétail sur les marchés de Bône et de la région. Si la pauvreté joua un rôle dans la mobilisation des émeutiers, la misère ne semble pas être l’élément déclencheur qui expliquerait la poussée nationaliste à Guelma.

La municipalité républicaine modérée était tenue fermement en main par le sous-préfet André Achiary. Ex-commissaire de police dans l’Algérois, homme à poigne, ancien des services spéciaux gaullistes, sa participation à la Résistance en novembre 1942, lors du débarquement allié à Alger que son action favorisa, lui valut d’être nommé sous-préfet. Achiary apparaissait donc en 1945 comme l’une des rares figures de la Résistance en Algérie.

En 1945, la ville disposait de trois compagnies de tirailleurs algériens, d’une douzaine de gendarmes et d’une vingtaine de policiers : deux à la police des Renseignements généraux (PRG) dont l’inspecteur B., huit à la Brigade mobile, dont quatre algériens, commandés par le commissaire B., et dix à la police d’État dirigée par le commissaire T. Guelma comptait enfin une prison civile et une prison militaire. On ne peut donc pas affirmer comme le fit le sous-préfet que le dispositif de sécurité de Guelma était très insuffisant.

La question est plutôt de savoir pourquoi, pendant les journées de mai 1945, Achiary préféra utiliser la milice civique, c’est-à-dire un groupe d’autodéfense dont la loi autorisait la constitution et l’utilisation, plutôt que les trois compagnies de tirailleurs. Achiary répondit qu’il n’était pas sûr de ces derniers et préféra les garder consignés à la caserne. Cet argument n’est pas recevable pour deux raisons. Premièrement, jamais en 1945, pas plus que dans les répressions qui précédèrent, les troupes algériennes ne firent défection ou ne manquèrent de loyalisme. Deuxièmement, certains Algériens arrêtés par la milice furent enfermés dans la prison de la caserne (la prison civile était pleine) avant que la milice, la police ou les gendarmes ne viennent les chercher pour les exécuter, ce qui ne suscita aucun trouble chez les tirailleurs algériens, au vue des sources. Il faut donc plutôt se demander si le refus d’utiliser l’armée à Guelma et dans les environs proches et le choix fait par Achiary de mobiliser la milice n’obéissait pas à la volonté du sous-préfet de se débrouiller seul et de prouver, pas tant à ses supérieurs hiérarchiques (il entretenait de bonnes relations avec le préfet de Constantine, Lestrade-Carbonnel, et de mauvaises avec le gouverneur général de l’Algérie, Yves Chataigneau), mais au pouvoir politique, à Paris, sa capacité à faire face, seul, aux événements, quitte à déchaîner une répression sans proportion avec les risques encourus et le nombre des victimes parmi les Européens de Guelma.

En effet, on dénombre, en mai 1945, neuf Européens assassinés par les émeutiers dans le secteur de Guelma. La répression opérée par la milice, composée de deux cent quatre vingt membres, par la police et par la gendarmerie sous la conduite d’Achiary, fit, selon nos comptages, au minimum quatre cent quarante neuf morts parmi les Algériens[10], entre le 9 mai et le 18 mai à Guelma et dans les centres de colonisation d’Héliopolis, de Lapaine et de Millesimo, ainsi qu’à Villars.

Après la manifestation du 8 mai où Achiary exigea des manifestants qu’ils baissent les drapeaux algériens et cessent leurs chants, et où la police tira, la répression obéit à la logique suivante. L’inspecteur de PRG Bérard remit à la milice de Guelma, le 9 mai, le lendemain de la manifestation nationaliste, les listes des Amis du Manifeste (AML), du conseil d’administration de la médersa de Guelma et des membres indigènes des syndicats de Guelma. La milice arrêta 2 500 personnes, dont les militants qui figuraient dans les listes. Elle en relâcha certains, conduisit les autres à la prison civile. Ils furent interrogés et condamnés par un comité de salut public, appelé aussi cour martiale ou conseil de la milice, composé de miliciens, de policiers et de gendarmes, installé à la gendarmerie. Les prisonniers furent retirés, individuellement ou collectivement, de la prison civile, sans levée d’écrou conformément aux ordres donnés par Achiary, le 11 mai 1945 : « Le gardien chef de la prison civile de Guelma remettra le nommé S.A. dit H. à M. le commissaire en chef de la police mobile de Guelma. J’ajoute - précisait-il en post-scriptum - que tous les individus emprisonnés le sont sur mon ordre, sans autre formalité et qu’ils doivent être remis au commissaire de police mobile, au commissaire de police [d’État], ou au capitaine de gendarmerie, sur simple demande verbale »[11]. Le gardien de la prison ou le greffier ne tenait pas de registre de levée d’écrou et remettait les prisonniers demandés certainement aux policiers, aux gendarmes et aux miliciens. Les prisonniers, condamnés en vertu du jugement d’un tribunal expéditif n’ayant aucune légalité, étaient transportés dans divers endroits, puis exécutés par la milice. Plusieurs charniers rassemblaient un grand nombre de cadavres, dont celui de Kel El Boumba à Héliopolis. Certains cadavres furent brûlés dans le four à chaud d’un colon, conseiller général de Guelma. Les documents attestent d’un grand nombre d’exactions, de brutalités, de pillages, d’assassinats individuels ou collectifs d’Algériens. C’est dans ce contexte qu’il faut lire le témoignage d’Ouartsi Salah Ben Tahar.

Le commissaire enquêteur, Bergé, et, le témoin, Ouartsi Salah Ben Tahar.

En effet, celui-ci présente de façon très précise les événements vécus par un cordonnier de Guelma, Ouartsi Salah Ben Tahar, arrêté, interrogé, emprisonné et utilisé comme manœuvre par les miliciens entre le 13 mai et le 29 mai, date de sa « libération ». Il témoigna, un an après les faits, au commissaire Bergé, en mission à Guelma, qui recueillit sa déclaration. Son intérêt tient au caractère factuel et chronologique du témoignage qui raconte la répression entre le 13 et 16 mai. Il perdrait de son intérêt, de sa portée comme de son ambiguïté, à être coupé ou à être utilisé de façon à venir étayer ou appuyer une argumentation. C’est pourquoi nous le proposons au lecteur dans son intégralité[12].

« J’ai été arrêté chez moi le 13 mai par les agents de police Z. B. et D. A (deux agents algériens) conduit à la gendarmerie, j’ai été interrogé au sujet du Manifeste, puis laissé dans la cour. Le lendemain 14 à 9h du matin, arrive la camionnette de Monsieur L. : seize détenus furent chargés, parmi lesquels moi-même ; nous avons été transportés devant l’artisanat, là on nous a remis des pelles et des pioches et nous sommes partis sur la route de Sédrata, arrivés à 6 km de la ville, près de la ferme Bezzina Joseph, nous nous sommes arrêtés, nous étions accompagnés de Monsieur F. H., chauffeur de la camionnette, D., maçon, Monsieur R. et huit miliciens. À la demande de D., R. a répondu : il y a soixante-quinze cadavres, nous avons commencé leur enterrement ; parmi les cadavres, j’ai reconnu Djebar Larbi, Benchaï Mohamed, peintre. Nous avons enterré tous les cadavres et nous sommes retournés à la caserne ; l’après-midi dès 14-15h, nous sommes partis, la même équipe, avec la même camionnette, sur la route de Millesimo ; arrivés devant la ferme Cheymol, côté gauche de la route, nous avons trouvé quatre cadavres, celui de Serridi El Hachri coupé en deux et celui de son frère Serridi Larbi, ancien combattant, Serridi Tomani, combattant de 1939-1945, leur cousin A ; que nous avons enterrés, puis nous sommes descendus à pied quatre cent mètres plus loin nous avons trouvé six cadavres, celui de Merzongue Hadj Salah, Bouchair A. Maeffa S, Serridi Ahmed Ben saïs, Zabba A et Saadallah O., nous les avons enterrés.

Étaient avec nous comme miliciens K. A., agent des RG, L. employé au C. F. A, C. employé à l’hôpital ; nous sommes revenus à la gendarmerie. Le lendemain 15, à 9h, départ de la même équipe, route de Millésimo ; arrivés à la ferme Cheymol, à droite sur la route, nous avons trouvé les cadavres dont quelques-uns étaient carbonisés, nous étions accompagnés de J. et de F. H. À la demande de ce dernier, J. a répondu qu’il y avait cinquante quatre cadavres. Sous la conduite de J., nous sommes allé à la ferme Cheymol chercher les brouettes et les fourches.

Un quart d’heure plus tard, pendant qu’on enterrait les cadavres, deux voitures arrivent, dans la première se trouvait B. inspecteur des RG, dans la seconde S. B. appela J. et lui dit : “Prends quatre ou cinq hommes pour enterrer les cadavres” qui se trouvaient sur le pont. Nous sommes partis à cinq sous la conduite de J., parmi les morts nous avons trouvé le nommé Iaibi Mohamed, tailleur, encore en vie. J., d’un coup de mousqueton l’a achevé ; nous avons trouvé le cadavre de Hassani A., cheminot, Chreitte M., cordonnier, Braham M., agent de police. Après l’enterrement, nous sommes revenus à la caserne.

Le soir, nous sommes partis sur la route d’Héliopolis ; arrivés à l’endroit dit “Kef el Boumba” nous avons trouvé dans le fossé un tas de cadavres parmi lesquels un indigène blessé. Il tombe. J. s’approche de lui avec M., employé à la caserne et l’interpelle, il répond : “je suis blessé”. J demande à M, s’il connaissait ce blessé, oui répond-il, c’est l’ouvrier de Monsieur L. [le patron de la camionnette], Skolli Hocine.

J. retourne avec un milicien et le termine de dix coups de feu. Nous avons demandé combien il y avait de cadavres à enterrer, on nous a répondu soixante quatre. J’ai reconnu parmi eux Ouartsi Magid, dit mabrouk, J. lui enleva la montre et le stylo qu’il met dans sa poche, puis Azouk Smail, Abde Smail, Boughraa Ali, Ouartsi Ahmed, Zaïmia Ali, Aissant sadek, Selman A., Serridi A., ZouaIriki M.,

Après l’enterrement J. m’appela avec B. Y., sous le pont l’Héliopolis nous avons trouvé le cadavre d’Abdel Kader, préparateur en pharmacie ; nous l’avons ramené et enterré à Kef-El-Boumba ; nous sommes revenus à la gendarmerie.

Le 16 : repos et changement d’équipe. Le 16 au soir, le commissaire de police T. est arrivé à la gendarmerie au bureau de la cour martiale, composé de M. C [1er adjoint au maire, président des anciens combattants], A. de la Caisse agricole, de G. [directeur de la Caisse agricole] et d’autres que je ne connais pas ; après un quart d’heure de discussion le commissaire T. en sortant d’ici dit : “j’ai reçu des ordres”. Le commissaire appela quatre-vingt personnes, C. A. en tête, il nous dit de nous mettre quatre par quatre et nous amène au local de scouts ; il fait sortir Chorfi Amar et Nasri Kadour coiffeur qu’il amena au bureau de police, rue Mogador ; un moment après arrivèrent les miliciens, ce sont B. maçon, B. M., T. A, Z. peintre, ils nous ont fouillés ; puis partis, un moment après, Z. et deux cheminots sont revenus, le 1er armé d’une revolver, ils amenèrent avec eux Boumaza Salag, quelques minutes plus tard, nous entendîmes deux coups de feu, nous étions certains de sa mort. Un instant après, M. Z. et les deux cheminots revinrent une deuxième fois, ils nous ont de nouveau fouillés, après leur départ, 2 gendarmes arrivèrent ; ils m’ont conduit avec Boughrada Ali à la gendarmerie. Boughrada fut interrogé, puis moi-même ; là nous avons trouvé Mrazgua Alloua électricien. On l’interrogeait au sujet d’un reçu de la médersa. M. B. avait été appelé pour vérifier l’authenticité du reçu.

Mon tour arrive, le conseil de la milice me demande qui m’avait amené à la gendarmerie, j’ai répondu que c’était la police ; après consultation ils m’ont répondu que je devais attendre l’enquête de la police.

Tout à coup arrive M. le commissaire T., j’ai été introduit devant la cour martiale. J’ai dû répondre en arabe à mon interrogatoire. M. A. me dit “Tu es de la ville, tu dois savoir parler le français”. Sur une question du commissaire qui me demandait mon degré de parenté avec Ouartsi Mabrouk, j’ai répondu que “c’était mon cousin” et me retournant vers la cour martiale, dit “ce type devrait déjà être exécuté”et ordonne à l’agent S. de me conduire à la geôle les menottes aux mains. Les geôles étaient pleines. Vers minuit, le commissaire est arrivé dans une voiture, il ouvre la porte et fait sortir Chordi A., Ben Boukrim M., Benchika S. Ziouche M. et les embarquera en voiture. Je suis resté au commissariat de police jusqu’au 29 mai, date de ma libération. Signé en arabe »[13].

Paradoxalement, ce document très précis sur les faits, sur l’identité des tueurs et des victimes et très riche pour comprendre la fonctionnement de la répression et en particulier la confusion des rôles entre les différents corps et institutions, pose peut-être plus de problèmes qu’il n’en résout.

Il faut d’abord s’interroger sur le témoin. Sa situation apparaît beaucoup mieux quand on examine les autres plaintes et les enquêtes de police. Ouartsi Salah Ben Tahar est un parent de Ouartzi Abdelmadjid, dit « Mabrouk »[14]. Ce dernier était le trésorier des AML à Guelma et disposait à ce titre de la liste des cotisants du Manifeste. Il fut la première personne arrêtée par l’inspecteur de la PRG, B., le 8 mai 1945 à 20h à son domicile, rue des Jardins, conduit à la caserne puis écroué à la prison, en compagnie de neuf autres personnes arrêtées par la police dans la soirée. Il fut fusillé, le jeudi 10 mai 1945, sur ordre du sous-préfet Achiary. Ourtsi Salah Ben Tahar était aussi parent d’Ouartsi Amar, un jeune homme de 19 ans, fusillé en même temps que son frère Mabrouk. C’est la raison pour laquelle il fut arrêté. Figurait-il sur la liste des amis du Manifeste de son parent Mabrouk  ? Certainement pas, en dépit des liens familiaux, sinon il aurait été exécuté et non pas utilisé comme manœuvre et relâché le 29 juin. Il fait partie des deux mille cinquante et une personnes arrêtées à Guelma par les pouvoirs civils qui eurent la vie sauve.

Son témoignage fut recueilli par le commissaire Bergé, le 26 juin 1946, un an après les faits. Bergé était commissaire de police judiciaire à Alger. Il fut nommé après les événements par le Gouverneur général Yves Chataigneau, pour enquêter sur ce qui s’était passé à Guelma en mai 1945. Chataigneau était convaincu, comme il l’écrivit à son ministre de tutelle[15], que les émeutes du Constantinois étaient attisées par le grand colonat qui s’opposait à sa politique de réformes et en particulier à l’ordonnance de 1944 de Catroux prévoyant de donner davantage de droits politiques aux Algériens. Il n’alla pas jusqu’à voir dans ces événements « un complot fasciste » comme le fit Charles-André Jullien dans Le Populaire[16], le quotidien de la SFIO. Aussi, quand Bergé arriva à Guelma en juin 1945, il apparut comme l’envoyé en mission du Gouvernement général et se heurta à une hostilité générale comme ce fut le cas durant ses missions successives jusqu’en 1947. Il ne put rencontrer longuement, André Achiary, parti de Guelma deux jours après son arrivée, officiellement toujours sous-préfet, mais dont l’intérim était assuré par De Lem qu’il rencontra en revanche. Il ne put avoir un entretien ni avec le commissaire de police d’État T., pourtant muté non loin à Bougie, ni avec le commissaire de la brigade mobile de police judiciaire B. La population européenne et les élus faisaient bloc derrière Achiary et se défiaient de Bergé. Aussi eut-il le plus grand mal pour obtenir des réponses à ses questions.

Durant ses trois séjours à Guelma, deux officiers de police judiciaire de la brigade mobile d’Alger, l’inspecteur Aubet et le commissaire Castelli, l’assistèrent dans son enquête. Il effectua un travail considérable à partir des plaintes des parents des disparus, déposées le plus souvent auprès du procureur de Constantine, et à partir des enquêtes de police transmises par commission rogatoire du juge d’instruction militaire de Constantine à la brigade mobile de Guelma chargée de l’enquête. Il utilisa en particulier les auditions et les confrontations entre témoins et accusés. Précisons que le commissaire T. très souvent mis en cause par les plaignants ou par des témoins, en poste à Bougie après mai 1945, ne se déplaça jamais lors des confrontations, à la différence de certains miliciens ou d’autres policiers, et sans doute ne fut-il jamais convoqué. À Guelma, seul le commissaire de la brigade mobile avait changé ; les policiers demeuraient en place et procédaient donc aux enquêtes qui concernaient leurs collègues de la brigade mobile, de la police d’État ou de la PRG. En revanche, Bergé put compter sur la coopération du commissaire Raybaud, chef des brigades mobiles du département de Constantine, ainsi que sur celle de l’armée.

Le paradoxe de Guelma tient dans ce que toutes les apparences de la légalité furent maintenues : reçu et transmission des plaintes à la justice, enquête et suivi judiciaire, communication des pièces à Bergé qui put faire un remarquable travail de police, de recoupement, d’une très grande précision, dont font état ses rapports, et en même temps, le silence épaississait le secret dans la ville où régnait l’omerta. Les policiers « criminels » de la brigade mobile de Guelma enquêtaient sinon sur leurs propres agissements, du moins sur ceux de leurs collègues. Les trois cent une enquêtes de police se terminèrent, sans exception, par la formule : « toutes les recherches en vue de retrouver les traces de [...] sont demeurées infructueuses ». Faut-il suivre alors le docteur Lakhadari, qui n’était pas nationaliste, des Délégations financières et conseiller général, qui estimait, dans un courrier à Chataigneau, qu’il existait à Guelma « un État dans l’État »[17] ou, si l’on préfère, un État d’exception, mais soucieux des apparences légales ? C’est ce que pensait le commissaire Bergé qui faisait régulièrement mention dans ses rapports de son pessimisme dans l’établissement de la vérité sur les « crimes » perpétrés à Guelma, malgré sa constance et son acharnement à mettre en lumière les faits. Le sens du devoir, la compétence et la probité de Bergé prouvent qu’un État de droit existait bien dans l’esprit et dans l’idéal de la Sûreté d’Algérie, au niveau de certains policiers, au niveau d’Alger et du Gouverneur général, Chataigneau, mais cette exigence de vérité et de justice se heurta, dans la réalité et au niveau local, à l’Union sacrée de toutes les forces qui participèrent à la répression de façon à maintenir l’omerta, au nom de la défense de l’ordre colonial.

Comment expliquer la liberté de parole du témoin Ouartsi alors qu’il vécut toujours à Guelma ? Comment expliquer qu’il put mettre en cause nommément un aussi grand nombre de personnes qui vivaient toujours à Guelma un an après les faits ? Comment expliquer ensuite l’extrême précision de son témoignage sur la chronologie des faits, sur l’identité des tueurs et des victimes, sur les conditions de leur mort et sur leur nombre, sans que sa vie, à notre connaissance, ne fut en danger ?

Pour répondre à ces trois questions, capitales pour la fiabilité du témoignage, il faut replacer ce document dans la série des trois cent une plaintes, auditions et confrontations dont nous disposons. Précisons d’abord que les faits et les horreurs qu’il décrit ne sont pas exceptionnels. Nous les retrouvons dans les autres documents. Si nous avons retenu ce document, ce n’est pas en raison du caractère exceptionnel du récit des massacres que fit le témoin au commissaire Bergé, mais en raison de la confusion des pouvoirs entre les différents corps que le document nous présente et nous permet de saisir dans l’enchaînement de l’action répressive et dans les massacres, alors qu’on en dispose de façon plus parcellaire dans d’autres plaintes et témoignages. Trois explications peuvent être avancées.

La première est que le témoin et victime Ouartsi savait qu’il s’adressait à un policier d’Alger venu enquêter sur les agissements de ses collègues de Guelma. Ce qu’il dit à Bergé, il ne l’aurait certainement pas dit à un policier de Guelma. La seconde explication tient au fait qu’il témoigna un an après les faits, le 26 juin 1946 et qu’il se sentait protégé par la loi d’amnistie (destinée principalement aux Algériens ayant pris part au 8 mai 1945) votée le 9 mars 1946 par l’Assemblée nationale, qui, même si elle excluait, légalement, les crimes de sang, amnistiait dans les faits les personnes coupables d’exactions, ce qui autorisa les langues à se délier. Enfin, troisièmement, Les Algériens avaient tellement intégré l’impunité dont bénéficiaient depuis la conquête les Européens que le fait de témoigner ne portait guère à conséquence. Ce qui fut le cas puisque aucun policier ou milicien européen et policier algérien mis en cause ne fut inquiété. Enfin, si l’exactitude et la précision de Ouartsi sur les faits, sur l’identité des tueurs et des victimes, un an après, peut étonner, d’autres cas montrent que la mémoire reste précise sur ce type d’événement. Il en est ainsi des témoignages sur les disparitions, dans de tout autres contextes - notamment au Chili dans les années 1970 et en Algérie dans les années 1990, et des récits de massacre en Bosnie en 1993-1995 ou au Rwanda en 1994[18]. Le trauma ne bloque pas la mémoire.

Questions sur le rôle des pouvoirs civils dans la répression

Ce témoignage pose une série de questions sur le rôle des pouvoirs civils - sous-préfet, police, et milice - et de la gendarmerie, dans la répression.

Les personnes mises en cause sont : le commissaire de police T., de nombreux membres de la milice appartenant souvent à la France combattante, comme les deux cheminots qui jouèrent un rôle premier plan, le directeur de la caisse agricole G., que Bergé désigna comme l’un des treize principaux « tueurs de la milice », selon son expression, ou, de façon indirecte, monsieur L., grand colon d’Héliopolis, conseiller général, qui prêta sa camionnette pour transporter les victimes et son four à chaux pour brûler les corps, le premier adjoint au maire de Guelma, C., l’un des chefs de la milice. Comment ses hommes ont-ils pu tuer et enterrer leurs victimes dans un charnier, celui de Kef El Bomba à Héliopolis, au nord de Guelma ? De nombreux autres témoignages attestent l’existence d’une soixantaine de cadavres ramassés aux alentours dans les secteurs d’Héliopolis et de Millesimo et transportés à Kef El Bomba. Cette question rejoint celle que, dans des contextes différents, John Horne et Alan Kramer[19], Christopher Browning[20], Raphaëlle Branche[21] par exemple, ont posée. Les réponses ne divergent pas fondamentalement, mais prennent une inflexion spécifique dans une situation coloniale. La violence de la conquête, l’infériorisation de l’« indigène fanatique », la guerre elle-même, ont développé « une culture de guerre », « une brutalisation », « une banalisation » de la souffrance et de la cruauté, pour reprendre les concepts forgés par George L. Mosse[22] pour la guerre de 1914-1918 et l’entre-deux-guerres, que l’idéologie raciale d’une fraction du mouvement nationaliste et que les appels au Djihad ont plus encore légitimées aux yeux de ces hommes. L’ennemi avait été désigné avec une extrême violence avant même les événements. L., conseiller général, qu’évoque notre témoin et que nos sources désignent comme l’un des responsables des massacres, ayant assuré la logistique de la milice et la disparition des cadavres par crémation, adressait avec cinq autres conseillers généraux du département, le 24 avril 1945, une lettre au préfet Lestrade Carbonnel : « Ce n’est plus par des paroles de prudence et des appels aux sentiments que l’on peut conjurer le mal qui s’annonce » et demandait : « des mesures démonstratives très nettes affirmées sans ambages pour que la paix soit assurée par tous les moyens dont dispose l’autorité française »[23]. Ces hommes se savaient légitimés par les autorités politiques locales et administratives, non seulement par Lestrade Carbonnel, qui affirma, sans hésiter, qu’il « couvrait », mais aussi par André Achiary qui eut l’initiative de la formation de la milice et qui revendiqua ouvertement la répression.

Le témoin n’évoque pas Achiary, ce qui nous conforte à accorder une crédibilité à ce document pour ses qualités factuelles. Achiary ne participa directement qu’à deux exécutions, celle des militants AML, le 10 mai à Guelma, parmi lesquels on trouve les deux parents du témoin, Ouartsi Mabrouk et Amar, et celle d’Algériens à la suite de la mort du colon Luzet, à Villars, où il incita les colons à se venger. Il participa au conseil de la milice ou comité de salut public, un tribunal expéditif, totalement illégal, chargé de désigner ceux qui seraient tués parmi les personnes arrêtées par la milice, la police et la gendarmerie. En ce sens, la responsabilité d’Achiary fut totale. Comment expliquer son attitude ?

Il y a quatre réponses possibles, d’ailleurs complémentaires. La première est l’affolement qui, dans le climat de peur, de panique, de terreur, de rumeur qui saisit la ville de Guelma et surtout les petits centres environnants, expliquerait la disproportion entre les meurtres commis par les émeutiers et le déchaînement de la répression. Mais on ne peut pas se satisfaire de cette constatation. Deuxièmement, le passé d’Achiary comme la suite des événements pendant la guerre d’Algérie - son rôle dans l’arraisonnement du DC 10 transportant les chefs historiques du FLN, dans l’Organisation de résistance de l’Algérie française (ORAF), dans l’attentat de la rue de Thèbes, puis à l’OAS - prouvent son sang froid, sa détermination, son attachement à la colonisation et à l’Algérie française. En outre, la décision de convoquer la milice en cas de troubles fut prise dès le 14 avril 1945. Achiary en justifia la nécessité par l’efficacité qu’elle démontra (les Volontaires de Place) le 8 novembre 1942 à Alger[24]. Le sous-préfet, ancien des services spéciaux, avait connaissance des rapports de la PRG et du Service de liaisons nord-africaines (SLNA) qui suivaient à la trace les Amis du Manifeste et de la liberté (AML) et le Parti du peuple algérien (PPA) et des lettres de menace du PPA aux colons de la région. Aussi on ne doit pas écarter l’idée d’une répression préventive à Guelma à l’occasion de la manifestation du 8 mai. Enfin, si l’armée dégagea certains centres de colonisation et les voies de communication, Achiary voulut se débrouiller seul, à Guelma et aux alentours, avec ses hommes et selon ses méthodes, de façon à réitérer la geste du 8 novembre 1942, et prouver, au plus haut niveau, sa capacité à maîtriser les situations les plus difficiles et son efficacité. N’oublions pas qu’Achiary n’était pas issu de la préfectorale. Ses ambitions de carrière dans ce corps reposaient sur son passé de résistant, sa réputation d’efficacité et ses relations politiques.

Dans le témoignage d’Ouartsi, policiers, gendarmes, miliciens, gardien de la prison font tout. Ils arrêtent, interrogent, « jugent » au conseil de la milice, emprisonnent, font sortir de prison les détenus, achèvent les mourants, tuent et font enterrer les cadavres. Il décrit une sorte de colonne de tueurs, lâchée à Guelma et dans sa campagne, dans une équipée infernale et macabre du 13 au 16 mai. Il n’y eut plus aucune règle, aucune loi. La frontière entre, d’un côté des corps d’État comme la police, la gendarmerie et l’administration pénitentiaire et de l’autre, la milice, sauta lors de ces journées. La confusion des rôles, y compris dans la répression, fut totale. Tout le monde s’occupait de toutes les besognes. Or, dans un État de droit, même quand l’état de siège est instauré, chaque institution dispose de prérogatives particulières, ne serait-ce que sur le plan territorial, en matière d’arrestation, d’interrogatoires, qui relevaient de la police ou de la gendarmerie, ou encore d’emprisonnement ou de jugement dont la décision appartenait à la justice. Non seulement, la justice n’intervint jamais malgré que Guelma disposât d’un tribunal de première instance, mais on l’écarta, et la loi fut complètement suspendue sous la pression de la nécessité. Les corps d’État utilisaient la violence pour conserver la loi - coloniale[25]. Nous assistons donc bien, dans le récit du cordonnier de Guelma, au fonctionnement d’un État d’exception, bâti sur une union sacrée des Européens, aussi éloignées que furent leurs opinions et leurs engagements politiques ou syndicaux, de la CGT jusqu’aux anciens pétainistes en passant par toutes les familles politiques de l’époque, contre le péril indigène, au nom de la défense de la colonisation et, durant les premiers jours seulement, il est vrai, de leur vie. La nécessité fondait la loi. C’était le sens de l’ordre d’Achiary au gardien de prison sur la levée d’écrou. Mais dans un même temps, et dans le feu des événements, Achiary, tout en se mettant en dehors de la loi et, à la différence des policiers ou des gendarmes, donnait une légitimité aux illégalités et avait le souci d’inventer une forme de légalité de temps de crise et d’exception, qui n’avait d’autre but que de justifier, a posteriori, les graves excès commis.

Nous avons examiné, à travers le témoignage d’Ouartsi, la confusion des rôles entre les différents acteurs civils de la répression placés sous l’autorité du sous-préfet Achiary et la suspension de la loi qui en découle. Outre les aspects évoqués ici, que d’autres documents du Gouvernement général et de la préfecture de Constantine permettent de développer et d’affiner, nous orientons aussi nos recherches sur Guelma dans plusieurs directions où nous espérons apporter quelques réponses : l’établissement le plus précis de la chronologie et des acteurs de la répression, la frontière entre criminalité (banditisme, vol et pillage), nationalisme, banditisme et répression de la police et de la milice, la question de la reconquête foncière par les Algériens qui engendra bien des tensions dans les petits centres de Millésimo, Lapaine, Héliopolis, l’enjeu autour de l’emploi dans ce contexte d’exode rural, l’accès au crédit pour les Algériens qui contrarie l’usure traditionnelle. Le nationalisme et la répression politiques ne sont que deux dimensions parmi d’autres du déchaînement de la violence. Car, à Guelma, les crimes furent des crimes de voisinage et de proximité.

Jean-Pierre Peyroulou prépare une thèse de doctorat sur la maintien de l’ordre colonial et plus précisément sur la police en Algérie française, à l’Université de Paris VIII, sous la direction de Benjamin Stora.

jppeyrou@club-internet.fr



[1]. Document présenté le 18 novembre 2003 à l’IHTP. Nous remercions amicalement Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche, Anne-Marie Pathé et tous les participants du séminaire pour leurs remarques, leurs critiques et leurs réflexions. Ce travail s’inscrit dans une recherche en cours dans la cadre d’une thèse sous la direction de Benjamin Stora, sur le maintien de l’ordre colonial et en particulier sur la police. Voir ma contribution, « Rétablir et maintenir l’ordre colonial en Algérie française : la police et les Algériens 1945-1962 », in Benjamin Stora et Mohammed Harbi (dir.), La Guerre d’Algérie, la fin d’une amnésie, Paris, Laffont, 2004.

[2]. On peut lire la mise au point sur les chiffres de Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Paris, Picard, 2002, p. 110-115.

[3]. L’ouvrage et l’article les plus récents sont : Annie Rey-Goldzeiguer, Aux origines de la guerre d’Algérie, 1940-1945. De Mers-el-Kébir aux massacres du nord-constantinois, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », 2002, et, Jean-Louis Planche, « La répression civile du soulèvement, mai juin 1945 », in La Guerre d’Algérie au miroir des décolonisations, Actes du colloque en l’honneur Charles-Robert Ageron, Paris, Société française d’Histoire d’Outre-mer, 2000, p. 111-128.

[4]. On peut le lire in Jean-Charles Jauffret (dir.), La Guerre d’Algérie par les documents. Tome 1 : L’avertissement 1943-1946, Vincennes, SHAT, 1990.

[5]. Rapport publié dans Claude Paillat, Le Guêpier, Paris, Laffont, 1969, p. 66-78.

[6]. Jean-Charles Jauffret (dir.), La Guerre d’Algérie par..., op. cit., p. 249-250.

[7]. Modèles centraux et terrains périphériques : la relation ville-campagne et le cas de la mobilisation politique dans le Nord-Est Constantinois (1930-1954), Oran, CRASC, 1988, p. 3.

[8]. Les Sources du nationalisme algérien, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 98-101.

[9]. SHAT. 1H2887. Dossier 1.

[10]. Ce chiffre minimum concerne les personnes tués par la milice, la police et la gendarmerie. Il ne prend pas en compte les victimes des opérations menées par l’armée. Il correspond aux personnes tuées dont le corps a été retrouvé et aux personnes disparues, dans les deux cas attribuables aux pouvoirs civils, et pour lesquels une plainte a été déposée (CAOM.  GGA. 8CAB166). Or, Bergé soulignait qu’un grand nombre de personnes ne déposait pas plainte. Aussi, la fourchette donnée par le général Tubert de « 500 à 700 indigènes » tués « selon le milieu musulman » est tout à fait plausible. Nous retenons de notre côté le chiffre que nous pouvons prouver, même si celui-ci est assurément inférieur au chiffre total que nous ne connaissons pas avec exactitude.

[11]. CAOM. GGA. 9 CAB200 (sous dérogation). Ordre d’extraction donné par le sous-préfet Achiary. 11 mai 1945.

[12]. Conformément aux conditions qui régissent la communication des archives sous dérogation, nous n’indiquons que l’initiale des noms des personnes que le témoin met en cause. Le nom des victimes est en revanche indiqué.

[13]. CAOM.GGA. 8CAB97 (sous dérogation). Sûreté Générale de l’Algérie. Déclaration faite par le nommé Ouartsi Salah Ben Tahar, Cordonnier, rue Mogador, Guelma, recueillie par le commissaire Bergé le 26 juin 1946. On retrouve ce document sous la côte 8CAB166 (sous dérogation), troisième additif au rapport Bergé au Gouverneur général de l’Algérie, à la fiche 268 correspondant à la victime Djebbar Larbi dont la disparition a été transmise par délégation générale n° 415 de M. le juge d’instruction chargé de la 1re Chambre, près le tribunal de première instance de Guelma, en date du 22 juillet 1946, arrivée à la Brigade Mobile de Guelma le 23 juillet 1946 sous le n° 1937.

[14]. CAOM. GGA. 8CAB166 (sous dérogation). Plainte du 1er octobre 1945 au Gouverneur général. Commission rogatoire du 16 novembre 1945 du juge d’instruction militaire de Constantine arrivée à la brigade mobile de Guelma le 22 novembre 1945. Enquête et suite judiciaire, 8 février 1946.

[15]. CAOM. GGA. 8CAB97 (sous dérogation). Lettre de Chataigneau à Adrien Tixier, 14 mai 1945.

[16]. « Alerte au fascisme en Algérie », Le Populaire, 28 mai 1945.

[17]. CAOM. GGA. 8CAB87. Note manuscrite du Dr Lakdhari à M. Aloury, directeur de cabinet du Gouverneur général d’Algérie, Chataigneau, 20 juillet 1945.

[18]. On lira les textes de la Commission Rettig au Chili ; l’ouvrage de Jean Hatzfeld, Dans le nu de la vie, récit des marais rwandais, Paris, Seuil, coll. « Points », 2000 ; les récits de disparitions forcées, sur le site de l’organisation de défense des droits humains Algeria-Watch.

[19] John Horne, Alan Kramer, German Atrocities 1914. An History of Denial, New Haven/London, Yale University Press, 2001.

[20]. Des hommes ordinaires, Paris, Les belles Lettres, 1994.

[21]. L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie 1954-1962, Gallimard, 2001, 474 p., en particulier la IIIe partie « la grande impunité des militaires mi-1958 - fin 1959 », p. 225-342.

[22]. De la Grande guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, coll. « Littératures Pluriel », 1999, 291 p.

[23] Lettre de six conseillers généraux du département de Constantine à Lestrade-Carbonnel, préfet de Constantine, citée en annexes dans Pierre-Emile Sarrasin, La crise algérienne, Éditions du Cerf, 1949, p. 203-207.

[24]. CAOM. GGA. 8 CAB87. Sous-préfecture de Guelma. Le sous-préfet Achiary au préfet de Constantine. Compte rendu de la réunion du 14 avril 1945.

[25]. Walter Benjamin, Critique de la violence, dans Œuvres I, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais, 2000, p. 224.

 

 

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