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Giovanni Miccoli, Les dilemmes et les silences de Pie XII
Paris/Bruxelles, IHTP-CNRS/Complexe, coll. « Histoire du temps présent », 2005, 473 p.
34,90€
Préface à l’édition française
Préface
Inventaire des sigles
Prémices Deux questions non dépourvues d’ambiguïté
Le Saint Siège et la Seconde Guerre mondiale. Une ligne politique à l’élaboration difficile
- Le Vatican et l’éclatement de la guerre
- Face à la « guerre totale » et aux comportements nazis dans les territoires occupés
- Le Saint Siège, l’État indépendant de Croatie et les conversions forcées
- Face à la persécution antijuive et à l’extermination
- Pie XII et l’épiscopat allemand : un équilibre précaire entre paroles et silence
Le catholicisme allemand et le national socialisme
- Une rencontre fragile et contraignante
- La persécution religieuse et la confirmation du loyalisme ecclésiastique
- La position de Pie XI : une perspective croissante de rupture
- Les tentatives de Pie XII en vue d’un nouveau compromis - Déchirements et dilemmes : l’épiscopat allemand et la guerre
Le Vatican et le péril communiste
- Le retour au premier plan d’une vieille inimitié
- La guerre et la menace communiste
- « Un diable chasse l’autre »
- Une mise en garde sans conséquences immédiates
Le Vatican et l’occupation allemande de Rome
- « Vicissitudes des conflits terrestres »
- La rafle des Juifs de Rome
- Le massacre des Fosses Ardéatines
Le Saint Siège et l’opinion catholique face à l’antisémitisme et aux lois raciales
- L’Église allemande et la persécution des Juifs en Allemagne dans les années trente
- L’antisémitisme et les lois antijuives : un problème déconcertant pour le catholicisme
- Pie XI et le problème de l’antisémitisme : une perspective de révision
- Le Saint Siège et la persécution des Juifs en Italie au cours de la guerre
- L’Église, le gouvernement de Vichy et la persécution des Juifs - La question des représailles nazies à la lettre pastorale des évêques hollandais
- L’épiscopat allemand face à la Shoah
- Le Saint Siège et la Shoah dans l’Europe orientale : la Slovaquie, la Hongrie et la Croatie
- Le Saint Siège et les lois spéciales : les limites d’une opposition
Conclusion : Les conditionnements d’une tradition idéologique et
diplomatique
Bibliographie
Index des noms cités
Les dilemmes et les silences de Pie XII
Giovanni Miccoli
PRÉFACE À L’ÉDITION FRANÇAISE
Le débat sur l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale face à la persécution et à l’extermination des Juifs connaît de temps à autre des retours de flamme. Depuis des décennies, défenseurs et accusateurs du pape se mesurent dans un combat acharné dont les termes, d’un côté comme de l’autre, restent cependant généralement les mêmes. On assiste ainsi, en quelque sorte, à des procès parallèles récurrents, qui aboutissent chaque fois à deux sentences opposées : à l’« absolution » des uns correspond immanquablement la « condamnation » des autres.
Le livre, dont nous présentons ici la traduction française, n’a jamais eu l’inten¬tion de s’inscrire dans cette polémique en ajoutant un énième maillon à une chaîne déjà longue. Son ambition est autre ; il ne souhaite ni jouer les médiateurs entre les différents adversaires, ni - que cela soit clair - proposer une voie intermédiaire entre les diverses argumentations et conclusions, ni non plus se poser en juge ou en observateur pondéré et dépassionné face aux thèses en présence. Question d’his¬toire, c’est en historien qu’il faut avant tout examiner le rapport de Pie XII au nazisme et à ses crimes. Le problème n’est donc pas d’établir ce que le pape aurait dû faire et n’a pas fait, ou de soutenir qu’il a fait ce qu’il devait parce qu’il ne pou¬vait faire autrement, mais de déterminer en premier lieu ce qu’il a fait et pourquoi, à la lumière du contexte dans lequel lui même et ses collaborateurs ont dû agir, selon les idées, les attentes et les jugements qui les ont tour à tour orientés et moti¬vés. En effet, c’est uniquement sur cette base que l’on pourra ensuite formuler un jugement historique, c’est à dire chercher à évaluer les conséquences des attitudes adoptées sur le cours des événements.
Telle est la perspective de ce livre. J’ai suffisamment cherché à expliquer sa signification et les problèmes qu’elle pose dans la préface de l’édition italienne pour qu’il soit nécessaire de le répéter ici. Je me limiterai donc à ajouter une remarque d’ordre général : l’approche choisie crée de plus en plus de malentendus et a bien du mal à être acceptée et comprise, que ce soit par la presse ou par le public, en particulier lorsque l’on a affaire à des questions brûlantes du passé récent. On a presque l’impression que, dans ces cas là, ce que le sens commun et le « marché culturel » entendent par « connaissance historique » et attendent de celui qui écrit l’histoire, c’est un tableau simplifié en noir et blanc, dénué de toute complexité, à même de faciliter le jugement et le classement, de manière à confor¬ter le lecteur dans sa bonne conscience. On serait même tenté de dire qu’il existe dans l’esprit public des tendances à contourner la difficulté de s’orienter dans un présent très confus, en puisant dans le passé de fausses certitudes et des jugements simples et rassurants. C’est là une conséquence manifeste de la fragilité culturelle de notre époque troublée dans laquelle la lutte entre le « bien » et le « mal » a fait une réapparition inattendue dans le langage politique.
Comparée à l’édition italienne, la traduction française comporte des éléments nouveaux. Non seulement nous avons tenu compte - cela va de soi - de certaines recherches spécifiques publiées entre temps, mais surtout, grâce à l’ouverture de certaines sections des Archives du Vatican relatives aux relations entre le Saint-¬Siège et l’Allemagne pendant le pontificat de Pie XI (1922 février 1939), nous avons pu exploiter une documentation inédite. Il s’agit de trois ensembles distincts, dont le plus important est constitué par les matériaux réunis à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires en vue de la constitution de divers dossiers. Ces matériaux ont été sélectionnés, selon des critères parfois obscurs, dans la cor¬respondance destinée à la Secrétairerie d’État, dont l’ensemble reste toutefois inac¬cessible. Parmi ceux ci, nous mentionnerons en particulier une série de boîtes remises, en son temps, aux Archives de la Congrégation, qui contiennent les docu¬ments que le Secrétaire d’État, le cardinal Pacelli, avait conservés chez lui, en rai¬son, sans doute, de leur intérêt particulier pour son travail quotidien.
Par ailleurs, il est désormais possible de consulter, d’une part, la documentation de deux nonciatures allemandes - Munich (qui cessa son activité à la moitié des années trente) et Berlin (qui subit cependant de lourdes pertes suite aux bombarde¬ments des années quarante) - et, de l’autre, les dossiers, conservés au palais du Saint Office, relatifs à la mise à l’index de nombreuses oeuvres inspirées de l’idéo¬logie raciste et néopaïenne du nazisme et, surtout, la préparation d’une sorte de « syllabus » de ses erreurs, dont l’évêque Aloïs Hudal, recteur de l’église nationale allemande de Santa Maria dell’anima, avait déjà parlé dans ses mémoires.
Il est inutile d’insister sur le caractère encore très limité d’une telle documenta¬tion. Nous ne disposons toujours pas des pièces qui constituent les fonds de la Secrétairerie d’État, et donc la documentation relative aux relations avec les autres pays, naturellement essentielle pour saisir dans sa complexité la ligne politique suivie par le Saint Siège. Il nous manque aussi les autres matériaux, officiels et pri¬vés, qui sont habituellement déposés auprès des Archives du Vatican. Ajoutons cependant que les documents actuellement disponibles ne sont pas inédits. Grâce à une autorisation spéciale de Paul VI, les riches dossiers relatifs aux négociations du concordat de 1933 ont déjà été dépouillés et largement publiés par le père Lud¬wig Volk dans la remarquable collection de sources sur la situation de l’Église catholique allemande pendant les années du Troisième Reich, dirigée par la Kom¬mission für Zeitgeschichte. En outre, de nombreuses lettres et d’amples matériaux transmis au Vatican par les évêques allemands pendant cette même période, et conservés dans les différents dossiers, ont déjà été publiés par Bernhard Sta¬siewski, Ludwig Volk et Peter Löffler dans les volumes de la même collectio dédiés aux actes de l’épiscopat allemand dans son ensemble ou à ceux d’un évêque particulier (Faulhaber, Galen), sur la base d’un travail accompli dans les diverses archives diocésaines d’Allemagne.
Néanmoins, malgré ces limites, la documentation disponible offre déjà, comme on le verra, des éléments non négligeables qui, sans bouleverser le tableau général, permettent d’y introduire des nuances significatives et d’acquérir de nouvelles informations sur les questions qui nous intéressent ici.
Je dois à la disponibilité du préfet des Archives du Vatican, Mgr Sergio Pagano, et de tous les employés de salle, ainsi qu’à l’amabilité de M. Alberto Giuliani et de MM. Andrea Ruscello et Enzo Pierotti, qui m’ont facilité la reproduction rapide des documents, d’avoir pu travailler intensivement sur ce nouveau matériel au cours des mois passés.
L’initiative de cette traduction, qui m’est particulièrement agréable, revient à l’amitié de Catherine Brice : ma reconnaissance se joint au souvenir heureux de notre collaboration durant les années où elle était responsable de la section contem¬poraine de l’École française de Rome. Je remercie Henry Rousso d’avoir bien voulu accueillir mon livre dans la collection « Histoire du temps présent » qu’il dirige, ainsi que l’éditeur, André Versaille, qui en a assuré la publication. Ma recon¬naissance va aussi à Anne Laure Vignaux, qui s’est chargée de la lourde tâche de la traduction. J’adresse un remerciement tout particulier à Dalila Bouzioukh et au père Achille Erba, qui m’ont efficacement aidé dans la révision du texte.
Giovanni Miccoli
Trieste, septembre 2003
Giovanni Miccoli (né en 1933) est titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Église à la faculté des lettres de l’Université de Trieste. Auteur de plusieurs livres, il est spécialiste du débat autour du rôle de Pie XII et de l’Église catholique durant la Seconde Guerre mondiale. Il participe à de nombreux colloques et est membre de multiples comités scientifiques.
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