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Philippe Buton, La joie douloureuse. La Libération de la France
Paris/Bruxelles, IHTP-CNRS/Complexe, coll. « Histoire du temps présent », 2004, 286 p.
22,90 €
SOMMAIRE
INTRODUCTION
REVER LA LIBERATION
PROJECTIONS ET ANTICIPATIONS (1940-1943)

Les confettis de la légitimité gaullienne
L’éveil des nationalismes indigènes
L’Algérie : une France vichyste sous protectorat américain ?
La Corse : libérée ou soviétisée ?
La Libération fantasmée
PREPARER LA LIBERATION
LA VEILLEE D’ARMES (JANVIER-MAI 1944)
La stratégie des Alliés et le plateau de jeu
La défense allemande
Vichy contre Vichy. Collaborateurs et collaborationnistes
La fascisation du régime
L’obsession du quotidien
L’opinion, Vichy et la Résistance
La Résistance : expansion et structuration
la Résistance : radicalisation et division
Roosevelt contre de Gaulle
AMORCER LA LIBERATION
DU DEBARQUEMENT A LA PERCEE D’AVRANCHES (JUIN-JUILLET 1944)
D-Day
De Gaulle contre Eisenhower
« Le devoir simple et sacré est de combattre »
La Wehrmacht. De la Normandie à Oradour-sur-Glane
Pétain, Laval, Darnand
Bayeux, première épreuve de vérité
VIVRE LA LIBERATION
L’INSURRECTION NATIONALE (AOUT 1944)
La déroute allemande
L’armée de la Résistance
de la 2e DB à la 1re armée française
L’agonie de la collaboration
La volonté insurrectionnelle
« Paris qui n’est Paris qu’arrachant ses pavés »
Une nouvelle entrée royale
L’échec de l’insurrection nationale
La communion patriotique
Annexe. les effectifs des FFI à la Libération
SUBIR LA LIBERATION
OMBRES ET LUMIERES DE L’EPURATION
La légende des 100 000 fusillés
Une épuration massive
La « collaboration horizontale »
Sous le signe de l’injustice et de l’inégalité ?
L’épuration et l’opinion
REVOLUTIONNER LA LIBERATION
LA CRISE DE L’AUTOMNE 1944 (SEPTEMBRE-NOVEMBRE 1944)
Vichy sur Danube
La Résistance au pouvoir
Le double pouvoir
Le désarmement et l’amalgame des FFI
L’effacement des CDL
La dissolution des Milices patriotiques
Un tableau politique renouvelé
L’ordre et le mouvement
L’entretien Staline-Thorez et la fin de l’équivoque
ACHEVER LA LIBERATION
POUR UNE FRANCE NOUVELLE
Le rang et le sang
« Le corps bouleversé de la France »
Effacer Vichy
Le vote des femmes
Le devenir de la Résistance
Le retour des absents
La vague électorale
SE REPRESENTER LA LIBERATION
VERS UNE MEMOIRE APAISEE
Une mémoire précoce
La rivalité des mémoires
Le soleil radieux de la Libération (1944-1968)
Le soleil éclaté (1968-1994)
Une mémoire apaisée
CONCLUSION
LA LIBERATION ET LES DEUX FRANCE
NOTES
INDEX
La joie douloureuse
La Libération de la France
Philippe Buton
Pendant une trentaine d’années, une véritable légende dorée a mythifié la Libération de la France. Celle-ci aurait consacré l’apogée de la Résistance héroïque d’un peuple unifié derrière le général de Gaulle. Puis, les trente années suivantes, le rose a viré au noir. Désormais, la Libération ne serait plus qu’un théâtre d’ombres. Au cliché de « l’union sacrée » succède celui de « la guerre civile », et l’emphase patriotique ne masquerait que les appétits de pouvoir. Chacune de ces visions comporte sa part de vérité, mais surtout une forte dose d’approximations.
À présent que les passions se sont apaisées, ce livre se propose de faire le point sur cette période complexe, pendant laquelle se sont fixés nombre de traits qui ont conditionné, depuis, toute l’histoire de France.
Tous les Français ne vécurent pas ces événements à l’identique car, à la Libération, deux France, que tout oppose, coexistent. D’un côté, une France qui a connu les maquis, les combats, les massacres, les cours martiales, les cadavres trouvés au petit matin, et les cours de justice prononçant les condamnations à mort. Dans cette France, la mort est avant tout infligée par l’adversaire politique. Et cette France est celle qui rêve tout éveillée, qui s’est persuadée qu’elle s’était libérée seule. Dans la seconde France en revanche, la guerre franco-française fut infiniment plus atténuée, la mort provenait essentiellement du ciel et la liberté s’incarna avant tout dans la figure nonchalante des GI’s.
Cette France qui est libérée au cours de l’été 1944 est un pays malade, dont le tissu social s’est largement déchiré lors des années précédant la guerre. or la défaite et l’Occupation ont porté au paroxysme cette crise identitaire au demeurant polymorphe, puisque la crise de l’identité nationale rencontre celle de l’identité masculine. Grâce aux mythes complémentaires de l’insurrection nationale - également servis et instrumentalisés par les gaullistes et les communistes - et de « la poignée de traîtres ou de « femmes pécheresses », la Libération représenta une tentative de résoudre cette double crise identitaire. Elle le fit en partie par des faux-semblants : l’identification à la Résistance et la vision de la souffrance endurée et la dignité conservée.
Philippe Buton est agrégé d’histoire et professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Reims. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et du communisme international, il a déjà publié ou dirigé plusieurs ouvrages consacrés à la France des années noires. Il est membre du comité de rédaction de revues universitaires : Communisme, Le Mouvement social et La Revue française d’histoire des idées politiques.
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