MINISTERE DE L'INTERIEUR

Cabinet du Secrétaire Général Pour l'Administration

ETAT FRANÇAIS

Vichy, le 15 décembre 1942

SYNTHESE

des Rapports des Préfets de la Zone libre

Pour le mois de novembre 1942

I - OPINION PUBLIQUE

Les rapports des Préfets sont unanimes à signaler l'ébranlement considérable de l'opinion publique devant les événements très graves qui se sont déroulés au cours du mois de Novembre pour la France et son Empire[1].

Il apparaît toutefois que l'état d'esprit de la population a été analysé avec une insuffisance souvent regrettable d'objectivité, du fait de la difficulté pour les Préfets de dégager des fluctuations immédiates, les tendances de fond de l'opinion et les raisons profondes qui continuent à en déterminer l'orientation([2]).

Certains rapports témoignent en effet de l'accroissement du désarroi des consciences et de l'importance des craintes qui les assaillent, avec une insistance qui paraît en contradiction avec le plus grand nombre d'entre eux, ou les Préfets affirment le sang-froid gardé par la majorité des Français. Comme le note le Préfet Régional de Clermont-Ferrand, l'ordre et le calme semblent avoir été la contrepartie de la consternation certaine remarquée dans tous les milieux.

On ne peut se dissimuler, en effet, qu'un trouble s'est emparé de nombreux esprits (même parmi ceux qui ont prouvé leur loyalisme) à la suite des différents événements qui se sont produits sur le plan intérieur comme sur le plan des opérations extérieures.

POLITIQUE INTERIEURE

1°) Extension des pouvoirs du Président LAVAL. Les modifications apportées aux actes constitutionnels et la remise de pouvoirs plus étendus au Président LAVAL[3] ont été généralement approuvés par l'opinion et considérés comme la preuve manifeste de la confiance que témoigne le Maréchal à ses qualités d'homme d'Etat([4]). Certains Préfets indiquent que leurs administrés estiment que ce changement entraînera la modification radicale de la politique extérieure de la France, en faisant craindre une mobilisation prochaine([5]).

En tenant compte de ces nuances on peut affirmer cependant que le pays se félicite du maintien du Président à la tête du Gouvernement. Une impression d'ensemble est donnée par le Préfet Régional de Clermont-Ferrand qui souligne que les efforts du Président LAVAL pour sauvegarder l'essentiel de la souveraineté française, maintenir l'opinion et l'ordre dans le pays, sont « unanimement appréciés ».

2°) Les événements intérieurs. - La démobilisation de l'armée a causé une très vive émotion et une pénible impression d'humiliation qu'est venue accroître l'occupation de Toulon et le sabordage de la flotte[6]. La majorité des rapports des Préfets s'accordent à noter la sensation considérable et la douleur causées par ce dernier fait, car la marine était considérée comme l'un des éléments les plus importants du patrimoine français subsistant à la défaite de 1940.

Les défections de personnalités et de chefs indiscutés jusque-là, l'arrestation du Général WEYGAND[7], semblent avoir incité l'opinion aux suppositions les plus invraisemblables et les plus contradictoires.

3°) La Relève, qui avait dominé toutes les autres questions au cours des mois précédents, passe au second plan à la suite des événements de Novembre. La propagande faite en sa faveur ne semble pas avoir suffisamment porté.

4°) La campagne d'hiver du Secours National[8] s'est partout ouverte et se déroule sous d'heureux auspices. Des concours nombreux se sont de toute part offerts, et les résultats déjà obtenus ne laissent pas de doute sur son succès final.

5°) Etat d'esprit des différentes classes sociales.

a) Ouvriers : L'hostilité du monde ouvrier à l'égard de la relève est à mentionner. Le Préfet du Gard relate à ce sujet qu'une manifestation de solidarité contre la relève a eu lieu à Alès[9]. Pour le reste, bien que, calme et digne dans son ensemble, la classe ouvrière souffre, plus que tout autre, des privations du moment, du fait de sa situation d'habitante des villes et aussi de l'insuffisance sans cesse croissante des salaires en regard du coût de la vie.

b) Les Paysans : Comme il a été indiqué dans les précédentes synthèses, les paysans font preuve d'une incompréhension générale de la situation : Ils réclament vivement le départ des ouvriers en Allemagne, afin que les prisonniers ruraux reviennent, sans être décidés pour cela à faire les efforts suffisants pour ravitailler les citadins.

c) Bourgeoisie : Aucun changement saillant n'est à noter dans l'état d'esprit de la classe bourgeoise.

d) Fonctionnaires : Les récents événements ont fourni aux fonctionnaires l'occasion de manifester leur dévouement et leur compétence, et les Préfets se plaisent à leur rendre hommage, en signalant le calme avec lequel, dans des circonstances souvent difficiles, ils ont rempli leur devoir.

POLITIQUE EXTERIEURE

Le public suit avec une extrême attention le déroulement des opérations militaires en Afrique du Nord et dans le désert africain. Incontestablement le débarquement des forces anglo-saxonnes au Maroc et en Algérie, a provoqué une réaction qui s'est traduite par un sentiment de joie aussi irraisonné qu'éphémère. La plupart des Préfets notent que l'opinion avait accueilli cet événement comme les prémices d'une fin prochaine de la guerre.

La confiance dans la victoire américaine, signalée par les précédents rapports, persiste dans l'ensemble. Toutefois, certains milieux s'inquiètent de plus en plus du sort de notre Empire envahi et des intentions anglo-saxonnes. Le fait que les territoires d'Afrique du Nord sont passés sous le contrôle militaire de puissances étrangères, provoque de nombreuses appréhensions([10]). A ces considérations s'ajoute d'ailleurs la crainte que la situation nouvelle ne nous prive, jusqu'à la fin du conflit, de l'apport considérable de matières premières et matières alimentaires qui provenaient de ces colonies.

Les opérations sur le front russe sont suivies avec autant de passion que celles de Tunisie et du Moyen-Orient([11]).

En constatant cette attitude d'esprit, le Préfet des Bouches-du-Rhône fait cette remarque : « pour obtenir le renversement de l'opinion, il faudrait de la part des Autorités allemandes beaucoup de modération, d'adresse et l'annonce de larges compensations qui fassent contrepoids aux promesses que prodiguent les Anglo-Saxons ».

II - ACTIVITE DES DIVERS GROUPEMENT

1°) Parti Communiste : Au cours du mois d'octobre et jusqu'au 11 novembre, l'activité du Parti Communiste a été très grande. Des distributions de tracts sont partout signalées. Son effort s'est particulièrement concentré sur la propagande hostile à la relève, puis, au début du mois de Novembre, sur la préparation de la journée du 11 novembre. L'entrée des forces d'opérations[12] a partout marqué un très net ralentissement de l'action communiste. « Il est certain, note le Préfet des Bouches-du-Rhône, que la présence des troupes de l'Axe a refroidi quelque peu l'ardeur des militants les plus exaltés. Depuis l'installation des troupes allemandes, seuls quelques tracts d'origine communiste ont été distribués. Certains recommandent à la population le sang-froid et la dignité ».

2°) Parti Populaire Français : Le P.P.F. a déployé une grande activité à l'occasion de la tenue, à Paris, de son congrès national. Les militants ont annoncé, comme imminente, la prise du pouvoir par leur Chef. Certains membres du Parti semblent cependant inquiets de l'attitude hostile de la majorité de la population à l'égard de leur mouvement et ne cachent pas la déception que leur a causé le récent congrès de Paris.

3°) Légion Française des Combattants : La crise signalée dans la dernière synthèse s'est aggravée, et le désarroi engendré par les tout derniers événements n'a pas épargné les rangs légionnaires ([13]). La S.O.L. rencontre fréquemment l'hostilité de la population, qui reste sceptique sur la qualité de ses membres ([14]). L'accord ne règne pas toujours entre Légion et S.O.L.[15], ainsi que le constate le Préfet de la Creuse.

III - INFORMATION & PROPAGANDE

1°) Presse : La désaffection de l'opinion à l'égard de la presse s'est encore accrue parce que les erreurs, les omissions et les retards des informations françaises se sont multipliés à la faveur des événements du mois de Novembre.

2°) Radio : En ce qui concerne la radio, le Préfet des Bouches-du-Rhône déplore que le soir même du jour où la flotte de Toulon s'enfonçait dans la mer, les postes d'Etat de radiodiffusion aient donné des concerts de musique gaie.

Cette désaffection du public à l'égard de la radiodiffusion nationale suffirait, à elle seule, à expliquer le succès des émissions étrangères, celles de Sottens[16], notamment, en qui l'opinion estime trouver la rapidité et l'impartialité d'information dont elle est impatiente.

IV - AGRICULTURE

1°) Etat des cultures : Les conditions atmosphériques ont été, dans l'ensemble, favorables aux travaux d'automne. Ceux-ci ont toutefois souffert de la pénurie d'attelages et de carburants.

a) Pommes de terre et légumes secs : La réalisation des impositions de pommes de terre se poursuit. Elle est en bonne voie dans l'ensemble des départements, mais se heurte, en certains points, à des difficultés imputables au rendement médiocre de la récolte. Les résultats de la collecte des légumes secs sont moins satisfaisants, la sécheresse persistante de cet été ayant causé de véritables ravages dans la plupart des cultures.

b) Bétail : L'état sanitaire est bon en général. Les pluies d'automne et la douceur de la température ont favorisé la végétation des regains. La situation critique où se trouvaient nombre d'éleveurs de bovins et d'ovins en a été améliorée en maintes régions et l'on note, de ce fait, une légère reprise des cours des bovins.

c) Légumes d'hiver : Les producteurs méridionaux se montrent mécontents des taux de taxation en ce qui concerne les légumes d'hiver tels que carottes, choux, navets, etc., les trouvant insuffisamment rémunérateurs, s'efforcent de vendre leurs produits au marché noir ou les donnent en nourriture à leur bétail.

V - RAVITAILLEMENT

La majorité des rapports signalent que l'organisation du ravitaillement, telle qu'elle se présentait fin octobre, marquait un certain progrès et permettait des prévisions assez satisfaisantes pour les mois à venir. Malheureusement l'arrêt des envois de l'Afrique du Nord, ainsi que la présence de l'armée d'occupation, font redouter un hiver plus dur qu'on ne le pouvait supposer, et l'inquiétude de la population s'en trouve augmentée.

a) Produits non contingentés : L'insuffisance de l'approvisionnement des centres urbains en légumes frais et en fruits est encore signalée par de nombreux Préfets. Certains en voient la cause dans une taxation trop faible de certaines productions, telles que choux, carottes, navets par exemple ([17]).

b) Produits contingentés : Le ravitaillement des départements méridionaux a laissé à désirer pour ce qui est de la viande, du lait, des matières grasses et du fromage. En ce qui concerne cette dernière denrée, le Préfet du Var note que « les tickets ne peuvent jamais être entièrement honorés ».

VI - EDUCATION NATIONALE

La majorité des rapports se plaisent à rendre hommage à l'état d'esprit et à la conscience professionnelle des maîtres de l'enseignement. La fréquentation scolaire laisse malheureusement à désirer. La pénurie de vêtements et surtout de chaussures pour les enfants en est la cause principale, et le souhait est partout exprimé qu'un gros effort soit tenté en vue d'accroître la production des galoches pour les écoliers.

a) Jeunesse : On reproche fréquemment à la jeunesse de manquer d'esprit de corps, de dynamisme, d'élévation morale. Le Préfet des Bouches-du-Rhône, observe, à ce sujet, que l'atmosphère où vivent les jeunes n'est pas favorable au développement des sentiments les plus élevés, et il cite ces termes d'un rapport de l'Inspecteur d'Académie de son département, dont il approuve l'essentiel : « La jeunesse n'a sous les yeux, et partout, que le spectacle dégradant d'une Société où je cherche en vain une trace de redressement et où le plus odieux mercantilisme est plus que jamais roi… Elle n'est pas sensible à l'argument de la misère rédemptrice, elle est sensible au mouvement, au dynamisme, au panache et à la gloire… ajoutons l'influence des carences alimentaires ».

Il convient donc d'excuser, et, avant tout, de comprendre la jeunesse. La conclusion est pourtant réconfortante : « La jeunesse et les maîtres qui la conduisent ne désespèrent pas du tout, parce que tous savent bien que la France, qui n'est pas seulement un élément du monde, mais une assise, ne peut pas disparaître, et qu'elle aura toujours nécessairement sa place au cœur même du rayonnement de l'esprit. »

VII - SANTE

Epidémiologie : D'assez nombreux cas de diphtérie et de typhoïde ont été relevés au cours des deux derniers mois, dans les départements du Var, du Tarn, et de la Haute-Vienne notamment. Des mesures prophylactiques ont été immédiatement appliquées. Des séances de vaccination ont été pratiquées. Malheureusement les difficultés actuelles d'approvisionnement en vaccins de l'Institut Pasteur apporteront un certain retard en matière de vaccination préventive.

VIII - TRAVAIL

a) Marché du Travail : Ainsi que le note le Préfet des Bouches-du-Rhône, « la situation actuelle est caractérisée par un manque aigu de main-d'œuvre qualifiée et banale dans les branches d'activité les plus variées ». Cette situation, jointe à l'hostilité de la classe ouvrière à l'égard de la relève, explique la faiblesse relative des départs pour l'Allemagne. On retrouve, d'ailleurs, les mêmes sentiments d'aversion chez les industriels, car, ainsi que le note le Préfet de la Creuse : « les quelques départs de spécialistes compromettent la marche des usines ».

La démobilisation de l'armée ne semble pas devoir modifier la situation du marché du travail. Les démobilisés trouvent facilement à s'employer. Par ailleurs, le Préfet de Marseille estime que le reclassement local des dockers, contraints à l'inactivité par l'arrêt des transports maritimes, ne souffrira aucune difficulté.

b) Salaires : Le réajustement des salaires anormalement bas est terminé en général. Toutefois, la situation des ouvriers demeure précaire, surtout s'ils ont charge de famille, en raison de l'augmentation croissante du coût de la vie.

IX - PRODUCTION INDUSTRIELLE

De nombreuses entreprises ont réussi jusqu'à ce jour, au prix de mille difficultés, à maintenir un rythme minimum de production ; mais la pénurie de matières premières, de combustibles, d'énergie électrique et de moyens de transport fait planer sur la majorité d'entre elles un danger constant.

X - COMMUNICATIONS

La situation relevée dans la dernière synthèse est sans changement notable. Les difficultés sont innombrables. Les services compétents s'emploient à les résoudre au mieux et y parviennent dans la majorité des cas.



[1] Depuis le rappel de Weygand, le 18 novembre 1941, les principales autorités en Afrique du Nord étaient le général Noguès, résident général au Maroc, le gouverneur général d'Algérie, Yves Chatel, et l'amiral Esteva, résident général en Tunisie. Fidèles au régime de Vichy, ces hommes appliquaient avec rigueur les lois de Vichy (internements de juifs, de communistes, de francs-maçons et républicains espagnols et de Français ayant cherché à rejoindre les dissidents de Londres dans les camps) et s'employaient à freiner l'action des commissions italiennes en Tunisie et Algérie, allemandes en Algérie et au Maroc. L'événement majeur du mois de novembre 1942 - l'un des tournants de la guerre- fut le débarquement, le 8 novembre, soit six jours après la conclusion des accords Giraud-Murphy, des troupes américaines en Afrique du Nord, et notamment à Alger où Darlan, appelé au chevet de son fils malade, était de passage. Cette opération baptisée Torch entraîna aussitôt la rupture des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Etat français et une violente réaction des forces françaises (surtout navales) sommées de résister. Le 10 novembre, Darlan donna l'ordre de cesser le feu et « prit l'autorité sur l'Afrique du Nord au nom du Maréchal ». Estimant que le maréchal n'était plus, depuis le contrôle par les Allemands de toutes les communications et des moyens de transmission en France, en mesure de faire prévaloir son autorité, Darlan nomma le général Giraud (arrivé le 9 à Alger) au commandement en chef de toutes les troupes françaises en Afrique du Nord (15 novembre). Décision aussitôt condamnée par Pétain (Darlan est déchu de toute fonction publique et de tout commandement) qui, la veille, avait « donné l'ordre à l'armée d'Afrique de n'exercer aucune action, en aucune circonstance, contre les forces de l'Axe ». Les réactions allemandes furent immédiates : invasion et occupation, le 11 novembre, de la « zone libre » par les troupes allemandes et italiennes en violation des conventions d'armistice de 1940 ; occupation de la Tunisie à la suite d'un accord avec Laval (14 novembre) et occupation de Toulon par les forces allemandes (27 novembre).

[2] En note dans le texte : « Cf. Rapport du Préfet du Lot : « Les événements ne sont plus à la mesure de l'intelligence du français moyen ». - Rapport du Préfet du Vaucluse : « … confusion des esprits, découragement, amertume et indécision… se manifestent ».- Rapport du Tarn-et-Garonne : « … terreur où se trouve le pays de perdre le peu d'indépendance qui lui reste… ».

[3] Décision prise en conseil des ministres, le 17 novembre, et publiée au J.O. sous la forme d'un procès-verbal dont voici un extrait : « Tenant compte des circonstances exceptionnelles, le Maréchal, qui continue comme chef de l'Etat à incarner la souveraineté française et la permanence de la patrie, a décidé de donner au président Laval les pouvoirs qui sont nécessaires à un chef de gouvernement pour lui permettre de faire face rapidement, à toute heure et en tous lieux, aux difficultés que traverse la France ». Le nouvel acte constitutionnel (n°XII) ainsi introduit ne comportait qu'un article : « Hors les lois constitutionnelles, le chef du gouvernement pourra sous sa seule signature promulguer les lois ainsi que les décrets ». Dans une lettre citée par Robert Aron, Pétain précisait à Laval que cette délégation de pouvoirs ne l'autorisait pas à déclarer la guerre non plus qu'à promulguer des actes constitutionnels.

[4] En note dans le texte : « Cf. Rapports des Préfets de la Dordogne, de la Creuse. »

[5] En note dans le texte : « Cf. Rapport du Préfet du Lot-et-Garonne. »

[6] Les navires concentrés à Toulon appartenaient à deux ensembles différents : d'une part la flotte de haute mer, sous les ordres de l'amiral Jean de Laborde, qui formait une escadre intacte et moderne (38 bâtiments) dont le tonnage correspondait au quart des navires de guerre français encore à flot, et d'autre part, une flotte hétéroclite, commandée par l'amiral Marquis, de 135 bâtiments dont des navires de guerre en « gardiennage d'armistice » ou en réparations. Le 11 novembre, l'amiral Auphan avait donné l'ordre aux deux amiraux de Toulon de : « 1°) s'opposer, sans effusion de sang, à l'entrée des troupes étrangères dans les établissements, bases aériennes, ouvrages de la Marine ; 2°) s'opposer de même à l'entrée des troupes étrangères à bord des bâtiments de la flotte ; par des négociations locales, s'efforcer d'arriver à un accord ; 3°) en cas d'impossibilité, saborder les bâtiments ». C'est cette dernière solution qui fut appliquée, dans la nuit du 26 au 27 novembre, Marquis et Laborde ayant appris que les Allemands étaient sur le point de tenter un coup de main sur la flotte.

[7] Voir synthèse du mois de novembre 1941 pour la zone libre.

[8] La campagne d'hiver du Secours national, « grande croisade de solidarité entreprise sous l'égide du Maréchal de France, chef de l'Etat » et destinée à « nourrir ceux qui ont faim et vêtir ceux qui ont froid », s'annonçait particulièrement difficile. Commissaire général du Secours national, Robert Garric avait rappelé, dès octobre, que les récoltes de l'année avaient été déficitaires, soit par suite de la sécheresse, soit au contraire par suite des intempéries. Et de reconnaître que les Français avaient à peu près donné, au cours des précédentes campagnes, tous les vêtements chauds, chaussures et couvertures dont ils disposaient : « Cette année, les Français ne prélèveront plus sur leur superflu, mais sur leur nécessaire » (citations tirées du journal Le Temps, 9 novembre 1942). Les efforts de la nouvelle campagne devaient viser en priorité les enfants (placement des enfants dans des familles campagnardes) et les vieillards (parrainage des personnes âgées par les enfants des écoles et les membres des mouvements de jeunesse), porter sur l'envoi de colis familiaux par les cultivateurs aux familles nécessiteuses, la collecte du bois de chauffage, des ustensiles ménagers, des jouets, des vêtements et des denrées alimentaires. Les adhérents du secrétariat général aux anciens combattants et victimes furent également priés de collaborer avec les municipalités, le Secours national et les comités locaux d'entr'aide aux prisonniers pour que la collecte de vêtements chauds et de lainage en faveur des prisonniers de guerre fût aussi fructueuse que possible.

[9] Pierre Nicolle écrit, le 7-8 décembre : « A Alès, il a suffi de trois minutes aux cellules communistes pour déclencher un débrayage complet des usines au moment où l'inspecteur du travail procédait à la désignation des ouvriers devant partir au titre de la relève » (P. NICOLLE, Cinquante mois d'armistice, Ed. A. Bonne, 1947, T.2, p. 73).

[10] En note dans le texte : « Cf. Rapport du Préfet des Basses-Pyrénées. »

[11] En note dans le texte : « Cf. Rapport du Préfet régional de Clermont-Ferrand et de Montpellier. »

[12] Le secrétaire général aux Affaires étrangères, Rochat, avait reçu, pour être transmise à Pétain, une lettre de Hitler (diffusée en même temps qu'un message de Hitler aux Français par Radio-Paris, le 11 novembre, et publiée dans la presse, deux jours plus tard) annonçant l'entrée des troupes allemandes en zone sud. Dans cette lettre, Hitler déclarait que le Reich allemand n'avait pas profité, à la signature de l'armistice, de la faiblesse de la France pour se livrer à des extensions, mais qu'il s'était contenté « d'exiger uniquement ce qu'en pareille occurrence un vainqueur est contraint d'exiger, notamment de voir ses succès bien assurés, en d'autres termes d'obtenir la garantie que l'armistice ne soit pas un épisode passager, mais la conclusion effective de la guerre ». Estimant que les « prochains objectifs de l'invasion anglo-américaine sont la Corse et le Midi de la France », Hitler remettait en cause les « prémisses et les bases de la convention d'armistice sans que la faute puisse en être imputée à l'Allemagne et à l'Italie » et se déclarait « forcé » de « donner ordre à ses troupes de traverser la France pour occuper la côte de la Méditerranée et de participer à la protection de la Corse », « contre l'agression imminente des forces armées anglo-américaines ». Cette entrée des troupes dans la zone sud « n'était pas dirigée » contre le Maréchal, ni contre le gouvernement français et son administration, ni même « contre tous ces Français qui désirent la paix ». L'action du général Giraud était explicitement visée : « C'est surtout la conduite d'un général français qui m'a amené à agir ainsi. Celui-ci, au cours de sa captivité, avait simulé une maladie et, de ce chef, il lui avait été accordé certaines facilités, dont il a profité pour s'évader. A l'encontre de l'assurance qui m'a été donnée de son engagement d'honneur envers vous, monsieur le Maréchal, il s'est décidé, non seulement à combattre désormais contre l'Allemagne au service des puissances anglo-saxonnes, auteurs de l'agression, mais même contre son propre pays » (Le Temps, 13 novembre 1942). Formellement, le régime d'occupation tel qu'il avait été défini dans la convention d'armistice n'était pas modifié. La zone anciennement libre n'était pas officiellement occupée, les militaires allemands qui y séjournaient ayant le statut de "troupes d'opération" (et non d'occupation), expression qui apparaît ici.

[13] En note dans le texte : « Cf. Creuse, Gard, Cher, Bouches-du-Rhône, Tarn, Var, etc. »

[14] En note dans le texte : « Cf. Bouches-du-Rhône, Var, Cher. »

[15] Le débarquement allié en Afrique du Nord a plongé la Légion dans le désarroi le plus total, puisque des chefs parmi les plus respectés ou les plus écoutés (le gouverneur général Boisson, le général Noguès, l'amiral Darlan) acceptaient de traiter avec les Anglo-Saxons jusque-là vilipendés. En outre, le lien direct avec le Maréchal dont cette organisation se réclamait était directement affecté par le renforcement des pouvoirs de Laval par l'acte constitutionnel n°XII du 17 novembre 1942.

[16] Voir synthèse du mois de juillet 1942 pour la zone occupée.

[17] En note dans le texte : « Cf. Gard. »