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Pour une Histoire de l’Occupation, 1940–1944

Stefan Martens, "Pour une Histoire de l’Occupation, 1940–1944"

L’édition des rapports du Chef de l’administration militaire allemand en France (Militärbefehlshaber in Frankreich) et des synthèses des rapports des préfets pour la période de 1940 à 1944 représente la dernière partie d’un projet de recherche, lancé par l’Institut historique allemand de Paris (IHAP) au milieu des années quatre-vingt-dix en coopération avec plusieurs institutions françaises. Mais les préparations de cette vaste entreprise, organisée en trois parties, remontent jusqu’aux années quatre-vingts. Avant d’aborder la question, si nous avons vraiment besoin d’une meilleure connaissance de l’histoire de l’occupation allemande en France pendant la Deuxième Guerre mondiale, il faut rappeler ici deux événements qui sont à ce propos d’une première importance :

– En 1995, en Allemagne, l’Institut de Recherches Sociales de Hambourg monta une exposition sous le titre « La Guerre d’anéantissement. Les crimes de la Wehrmacht 1941–1944 ». Par le biais de plusieurs séries de photos, le directeur scientifique de cette exposition, Hannes Heer, accusa la Wehrmacht d’avoir commis des crimes contre l’humanité, comme en avaient commis les unités de la SS et du SD sur le front de l’Est de 1941 à 1944[1].

– En juillet de la même année, en France, dans un discours prononcé à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel’ d’hiv du 16 juillet 1942, le Président Jacques Chirac reconnut pour la première fois, au nom de la nation entière, la participation de la France au programme d’extermination des juifs, initié par Hitler et immédiatement mis en œuvre de manière systématique à Berlin par Reinhard Heydrich et Adolf Eichmann[2].

Globalement, nous pouvons observer dans les deux cas un schéma presque identique : dans chacun des deux pays, une partie du public eut du mal à accepter le message, présenté d’une manière brusque et – en ce qui concerne l’exposition de Hambourg – brutale et sans commentaires. Bien que les faits étaient connus depuis longtemps des spécialistes, l’exposition aussi bien que le discours du Président ont provoqué des polémiques. Ce fut un choc, mais ce choc était nécessaire pour lancer et élargir le débat.

En Allemagne, la vision des événements sur le front de l’Est provoqua non seulement des manifestations et même un attentat à la bombe contre l’exposition itinérante, mais elle marqua aussi le lancement d’une série de recherches approfondies qui – en 1999, à la suite des travaux menés par une commission d’enquête composée d’historiens, de conservateurs d’archives et d’autres spécialistes – ont mis en évidence un certain nombre d’erreurs professionnelles aussi bien lors de l’identification des photos que lors de leur présentation ensuite. Le directeur de l’Institut de Hambourg, Jan Philipp Reemtsma, préféra se séparer du directeur scientifique de l’exposition et réorganiser la présentation des photos[3].

En France, le discours du Président Chirac a lui aussi été à l’origine de la création d’une Commission d’enquête, mise en place en 1997 sous la direction de Jean Mattéoli. Le résultat des enquêtes de la Mission d’étude sur la spoliation des Juifs en France dans les archives aussi bien publiques que privées, publié sous forme d’une dizaine de volumes en 2001[4], a permis d’une part aux victimes de retrouver des documents tant recherchés, d’autre part aux historiens – notamment grâce à l’ouverture d’un certain nombre de fonds d’archives, inconnus et fermés jusqu’alors – d’ouvrir de nouveaux chantiers de recherches.

En France, la circulaire gouvernementale du 2 octobre 1997, prescrivant d’ouvrir les archives de la Deuxième Guerre mondiale, et la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ont étendu le droit d’accès aux documents administratifs[5]. Mais le projet d’une réforme de la loi sur les Archives du 3 janvier 1979 n’a malheureusement toujours pas abouti. En ce qui concerne le côté pratique, le constat est analogue : personne ne conteste le fait que les Archives nationales ont besoin de nouveaux locaux, mais, depuis plus de deux ans maintenant, la décision de construire une cité des Archives à Saint-Denis semble prise mais le financement et le début des travaux sur place sont toujours en suspens[6].

En ce qui concerne l’accès aux archives, la situation en Allemagne semble – à première vue – meilleure qu’en France. La chute du Mur en 1989 a permis non seulement la réunification du pays, mais aussi le regroupement d’un certain nombre de fonds d’archives qui, suite aux avatars de la Deuxième Guerre mondiale, avaient été conservés pour une partie en RFA, pour l’autre en RDA. La réorganisation de ces archives et la découverte d’autres fonds allemands, qui se trouvaient jusqu’au début des années quatre-vingt-dix dans les pays de l’Est, notamment en Russie, mais aussi en Pologne et en République Tchèque, ont nettement amélioré notre connaissance de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Mais, malheureusement, ces fonds, dont on ignorait qu’ils avaient survécu aux bombardements, le déplacement dans des dépôts, les pillages et la prise en possession par les troupes alliées, sont parfois restés inaccessibles, soit pour des raisons techniques, soit à cause de la situation politique actuelle dans les pays qui – comme la Russie – les détiennent en partie jusqu’à aujourd’hui.

Les historiens se trouvent donc toujours confrontés à une situation qui, parfois, les empêche de faire leur travail correctement.

Après ce récit plutôt bref et très sommaire, il est évident que nous sommes encore au début de nos efforts. Grâce à ces fonds allemands retrouvés et de nouvelles archives qui sont aujourd’hui enfin disponible – et malgré les problèmes que nous venons d’évoquer – nous sommes en train depuis une dizaine d’années d’analyser en détail la situation dans chacun des pays occupés par les Allemands. L’histoire de l’occupation allemande en France – comme c’est le cas pour tous les autres pays – est directement liée aux questions clefs de la Deuxième Guerre mondiale :

– Quelle est la différence entre l’installation d’un Gouverneur militaire (p. ex. en France et en Belgique) et un Commissaire civil (au Pays-Bas) ?

– Quel fut le sort réservé à la population dans les pays occupés en ce qui concerne la vie quotidienne, les approvisionnements, la résistance et la répression ?

– Quelle importance faut-il attribuer aux facteurs économiques, les pillages, le travail forcé et la collaboration dans le domaine industriel ?

– Est-ce que les mesures ont été identiques dans tous le pays en ce qui concerne les déportations et la politique raciale ?

– Et enfin : est-ce que cela nous conduit à faire une distinction entre la situation dans les pays de l’Ouest et de l’Est ?

Pour éviter tout malentendu : ce sont des questions auxquelles on peut aujourd’hui – grâce à l’ouverture des archives – apporter une réponse. Ce n’est donc en aucun cas une critique à l’adresse des historiens qui, depuis une bonne trentaine d’années, ont publié des ouvrages sur l’occupation allemande en France.

Les pionniers dans ce domaine furent Eberhard Jäckel[7] et le regretté Hans Umbreit[8] dans la deuxième moitié des années soixante, puis Robert Paxton[9] et Jean-Pierre Azéma[10] au début des années soixante-dix. C’était la période où s’achevait le rapatriement en RFA des archives allemandes qui avaient été emportées aux États-Unis et en Grande-Bretagne[11].

Quelques années plus tard, en 1978, fut créé en France l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP). Ce fut un véritable tournant. Sous l’impact de son premier directeur, François Bédarida[12], et grâce à la réduction du délai de la fermeture des archives d’État de cinquante à trente ans à partir de janvier 1979, l’équipe de l’IHTP se lança dans une série de projets de recherches. Un premier bilan fut présenté lors d’un colloque à Paris en 1990, à l’occasion du cinquantième anniversaire de 1940, l’année terrible[13].

Le titre de la publication des actes de ce colloque « Le régime de Vichy et les Français » mettait en lumière une orientation qui, à cette époque déjà, posait problème. Lors des discussions, malgré la présence de Robert Paxton et de Eberhard Jäckel, on eut l’impression que les événements en France pendant la Deuxième Guerre mondiale étaient devenus une affaire exclusivement française. Il semblait que la présence des Allemands en France entre 1940 et 1944 n’était qu’un phénomène secondaire. L’histoire de la France sous l’Occupation risquait – et le risque persiste encore aujourd’hui – de se réduire à une histoire de Vichy.

La présence des soldats allemands, la mise en place et le fonctionnement de l’administration militaire intéressaient à peine les chercheurs français. Ce phénomène était dû à deux problèmes majeurs :

– le problème de la langue, parce qu’il est évident qu’il faut une certaine connaissance de l’allemand, et

– le manque d’informations sur les archives disponibles à ce sujet des deux côtés du Rhin.

Or, il est incontestable que, pour une analyse de ce qui s’est passé en France entre 1940 et 1944, il faut avoir non seulement une bonne connaissance des archives de l’occupé mais aussi de celles de l’occupant.

Deux ans plus tôt, en mars 1988, sous le titre « La France et l’Allemagne en Guerre » l’Institut Historique allemand avait organisé à Wiesbaden un colloque sur les débuts de la guerre, de septembre 1939 jusqu’au moment de l’invasion de la zone sud en novembre 1942[14]. Les deux colloques, celui de l’IHAP à Wiesbaden de 1988 et celui de l’IHTP à Paris de 1990, démontraient que la recherche dans ce domaine était en train de renaître dans les deux pays. Mais ils confirmaient en même temps que les chercheurs allemands, comme leurs collègues français, avaient des difficultés à se retrouver dans les fonds d’archives dispersés dans les deux pays.

À l’époque, rares étaient ceux qui savaient que les Archives nationales à Paris détenaient dans la série AJ 40 la majeure partie des documents de l’administration militaire allemande en France et en Belgique. Le département militaire des Archives fédérales (Bundesarchiv-Militärarchiv) à Fribourg en Brisgau ne conservait qu’un tiers de la totalité de ces archives. La possibilité d’un échange éventuel et d’un regroupement de ces fonds fut évoquée lors des négociations officielles entre la France et l’Allemagne après la chute du Mur. Mais le projet fut vite abandonné.

Après un premier contact avec la Section contemporaine des Archives nationales et le directeur du département militaire des Archives fédérales, l’IHAP décida en 1995 de préparer, sous forme de deux volumes, des inventaires de ces fonds allemands concernant l’occupation allemande en France et en Belgique. Ces deux tomes ont vu le jour fin 2002 et ont été présenté au public au début de l’année 2003[15].

La préparation des deux inventaires constituait le premier volet d’un projet de recherche de l’IHAP consacré à l’Histoire de la France sous l’occupation allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Le deuxième volet envisageait l’organisation d’un nouveau colloque pour faire le point sur l’état actuel de la recherche dix ans après les colloques de Wiesbaden et de Paris. En coopération cette fois-ci avec le Centre d’Études d’Histoire de la Défense (CEHD), l’IHAP lança un appel aux chercheurs allemands et français pour présenter leurs travaux. L’idée était de discuter cette fois-ci autour de plusieurs tables rondes :

– le tournant de la guerre 1942/43 ;

– la place de la France dans la politique allemande entre 1942 et 1944 ;

– la réaction des Français - Accommodation et Résistance ;

– la vie quotidienne ;

– l’économie française face à l’effort de guerre allemand ;

– les Français en Allemagne ;

– la politique raciale ;

– la résistance et la répression ;

– la vie culturelle sous l’Occupation ;

– l’évolution des forces armées ;

– et enfin : l’enjeu de la mémoire en France et en Allemagne.

Ce colloque, organisé à Paris en mars 1999 et publié un an après[16], confirmait que Hitler, à aucun moment de la guerre, n’avait été prêt à concéder à la France une place primordiale dans ses visions politiques. Elle n’entrait pas non plus dans ses calculs militaires, sauf à partir du moment où elle risquait de devenir à nouveau un champ de bataille.

Le désintérêt du Führer d’une part et l’incertitude concernant le sort futur de la France d’autre part avaient créé une situation ouverte et indécise. L’Armistice signé le 22 juin 1940 n’avait pas été prévu pour une durée de quatre ans. Il fallait donc régulièrement renégocier soit à Paris, soit à Wiesbaden, lors des réunions de la Commission d’Armistice, pour trouver des solutions aux problèmes politiques et administratifs. Pour les Allemands, surpris de la réussite de leur campagne de mai 1940 à l’Ouest[17], la France devenait une sorte de « laboratoire ». Le Gouverneur militaire à Paris (Militärbefehlshaber Frankreich) était obligé d’exercer le contrôle sur 60 % du territoire français soit, 20 millions d’habitants, avec une administration qui, au total, ne comptait que 1 500 officiers et fonctionnaires. D’après les calculs de Arne Radtke-Delacor, dans aucun autre pays occupé par l’Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale – à l’exception du Danemark avec 89 fonctionnaires et officiers pour 3,8 millions d’habitants – la proportion entre occupants et occupés ne fut aussi faible[18].

Werner Best, l’ancien bras droit de Reinhard Heydrich et, de 1940 à 1942, le premier chef de l’administration dans le Gouvernement militaire allemand en France, expliquait, dans un article publié en 1942 dans une revue politique de l’époque, que – vu le manque notoire de personnel en temps de guerre – le but de l’administration allemande devait être de limiter son rôle à exercer le contrôle, et non de remplacer les administrations sur place dans les pays occupés[19].

Cette stratégie demandait de l’administration sur place un certain sens de l’improvisation. Dans les limites de la législation en vigueur, elle leur laissait une marge de manœuvre – pour les Allemands aussi bien que pour les représentants français. Voilà qui nous oblige – nous, les historiens – à retracer non seulement l’origine de chacune des décisions politiques, mais surtout à analyser en détail les mesures administratives qui en résultaient.

Prenons pour exemple les mesures de répression suite aux premiers attentats de la résistance contre les représentants de l’occupant. Grâce à une documentation, publiée par Regina M. Delacor en 2000[20], nous savons aujourd’hui que la décision de fusiller des otages civils en cas d’attentats contre des Allemands avait été prise dès l’installation d’un Gouvernement militaire à Paris en juin 1940. Ces mesures de représailles – qui nous choquent aujourd’hui – étaient basées sur la Convention de la Haye et choses courantes dans tous les pays occupés par les Allemands. Quel a été le raisonnement du Gouverneur militaire de l’époque, le général Otto von Stülpnagel, lorsqu’il a approuvé la mise à mort de plusieurs dizaines d’otages après le début de la série d’attentats en France en août 1941 ?

Sven Olaf Berggötz, un chercheur allemand, vient de découvrir un rapport, rédigé par Ernst Jünger en avril ou mai 1942. De 1940 à 1944 Jünger avait été officier dans l’état-major (Kommandostab) du Gouverneur militaire à Paris. Dans son rapport, publié sous forme d’une documentation dans les Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte en juin 2003[21], il retrace les événements de l’été 1941 jusqu’au moment du départ du général Otto von Stülpnagel en février 1942.

Sur ce seul exemplaire existant du rapport de Jünger, Berggötz a découvert un certain nombre de commentaires, rédigés à la main, par Otto von Stülpnagel. Jünger lui avait envoyé le manuscrit immédiatement après la guerre, lorsque celui-ci se trouvait dans un camp britannique et s’attendait à être extradé et jugé en France. Ces notes du général Otto von Stülpnagel, écrites dans de telles conditions, sont-elles donc vraiment révélatrices de ses préoccupations et de son attitude dans la deuxième moitié de l’année 1941 à propos du problème des otages ?

L’ancien Gouverneur militaire précise qu’il était à Berlin au moment de l’attentat contre l’aspirant Moser de la Kriegsmarine à la station de métro Barbès-Rochechouart le 21 août 1941. Après son retour à Paris et de nouveaux attentats, un mois plus tard, contre deux autres représentants de l’administration militaire, le Feldkommandant Hotz à Nantes et le Kriegsverwaltungsrat Reimers à Bordeaux, Hitler lui ordonna de faire fusiller une centaine d’otages. Le général lui demanda à plusieurs reprises de réduire ce nombre. Néanmoins, malgré ses doutes à propos des répercussions politiques éventuelles, 98 otages au total furent fusillés à Nantes et à Châteaubriant.

Lors de nos recherches sur la récupération des archives allemandes par les Alliés en Allemagne après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, nous nous sommes aperçu que, dans cette affaire tragique, nous disposons encore d’un autre témoignage. Il ne s’agit pas d’un témoignage quelconque, mais de celui de Joseph Goebbels en personne. En août et en septembre 1941, dans son fameux Journal[22], le Ministre de la Propagande se vanta à plusieurs reprises d’avoir critiqué sévèrement la mollesse (Schlappheiten)[23] du Gouverneur militaire à Paris. En septembre, il nota qu’il venait de donner des instructions précises au Haut-Commandement de la Wehrmacht (OKW) concernant la procédure qu’il fallait suivre à Paris[24]. S’agit-il donc de simple « tactique » et de son « sens de pragmatisme »[25], quand ces querelles avec Berlin amenèrent Otto von Stülpnagel à démissionner de ses fonctions en février 1942 ? Faut-il rappeler que le cas d’un général allemand, osant en pleine guerre demander à Hitler sa mise à la retraite, est tout à fait rarissime !

Le départ de Otto von Stülpnagel et la nomination de son cousin, Carl-Heinrich von Stülpnagel, est un événement clé dans l’histoire de l’occupation allemande en France. Avec l’arrivée du nouveau Gouverneur militaire, la responsabilité dans les affaires de police et de la justice en France changea de mains. Avec la nomination du Höherer SS- und Polizeiführer Carl Albrecht Oberg, la Wehrmacht céda la place aux représentants de la SS et du SD. Le fait que le transfert des responsabilités et de ce département de l’administration militaire sous les ordres de Oberg ne pose apparemment aucun problème majeur pour les fonctionnaires concernés par cette mutation[26] est encore un autre élément dont il faut tenir compte. Pour l’instant, nous ne disposons pas d’autres documents. Le procès contre Otto von Stülpnagel n’a jamais eu lieu. Il s’est suicidé à la prison du Cherche-Midi à Paris le 5 février 1948.

Ces exemples – et ce ne sont pas les seuls – illustrent bien notre dilemme : vu d’en haut, nous avons une connaissance solide de la suite des événements ; ce qui nous manque, c’est la vision et le raisonnement au niveau des acteurs au bas de l’échelle. Il nous faut donc d’une part des études consacrées aux conditions de la vie quotidienne, d’autre part des analyses sur son fonctionnement et son organisation. L’étude que Marc Olivier Baruch a consacrée à la haute administration française[27] a ouvert une brèche. Il faut suivre cet exemple : Quel était le rôle joué par les fonctionnaires « moyens », d’origine militaire ou civile, les industriels, les hommes d’affaires et des finances, etc. Quelle était leur motivation à chercher la coopération avec leurs homologues français ? – et vice versa, bien sûr.

Cette dernière réflexion nous amène au troisième et dernier volet de notre programme de recherche concernant l’histoire de l’occupation allemande en France. En 1998 le CNRS et l’IHAP signèrent une convention pluriannuelle de recherche, appelée à s’élargir très rapidement à un troisième partenaire, les Archives nationales. Cette convention, dont la responsabilité reviendra, du côté du CNRS, à l’IHTP, était relative à la publication des rapports de synthèse des préfets de Vichy et des rapports de l’administration militaire allemande – dits « rapports du Majestic », cet hôtel parisien, situé avenue Kléber, ayant abrité les services du Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF), chef de l’administration militaire d’occupation. Ces deux séries de documents revêtaient une importance cruciale pour l’histoire de l’Occupation.

Les rapports des préfets du gouvernement de Vichy ont été en effet l’une des principales sources de l’État français, en particulier sur la situation dans la zone occupée. Issus de sources diversifiées (renseignements généraux et contrôle postal en matière d’évolution de l’opinion, notes de police, rapports des différents services techniques – à commencer par le ravitaillement – chacun pour ce qui le concerne), ils constituent depuis de longues années une source importante en histoire économique, sociale, culturelle, et pour l’étude des phénomènes de représentation et d’opinion de la période de Vichy.

Leur synthèse, opérée pour la zone occupée par les services de Jean-Pierre Ingrand, délégué du ministre de l’Intérieur dans les territoires occupés, offrent l’intérêt de présenter un ensemble homogène et régulier sur l’ensemble de la période, éclairant l’attitude des autorités territoriales de l’État français dans des contextes fort variés d’occupation – ou de non-occupation en ce qui concerne la zone sud jusqu’en novembre 1942.

L’édition comporte la publication exhaustive de ces synthèses, parallèlement à celle des rapports établis à l’intention du MBF, constitués d’informations provenant des différents échelons locaux, en particulier les Kommandanturen, les Kreis-, Feld- et Oberfeldkommandanturen, ainsi que les commandants des régions militaires (Militärbezirke A, B, C et la région de Bordeaux). Ils concernent la zone occupée, les zones interdite et rattachée, et la zone sud à compter de novembre 1942.

L’objectif était de publier en leur langue originale et in extenso – sauf les nombreuses annexes des rapports du MBF – les deux types de documents, ce qui permettait d’offrir un aperçu sur la façon dont les autorités de Vichy et les autorités allemandes voyaient, périodiquement, la situation sur le terrain, et d’évaluer en fonction de quelles représentations elles ont exercé leur autorité respective. Il s’agit là d’un élément central pour comprendre les mécanismes de la collaboration d’État, les convergences et les divergences entre les autorités françaises et allemandes.

Cette édition critique des documents, qui constitue pour l’instant le dernier volet du projet, comportera un important appareil scientifique. Avec la mise à la disposition des chercheurs un nouveau volet est dorénavant possible, qui pourrait consister à exploiter cette matière documentaire pour réaliser une étude sur « Les Allemands en France », sous l’angle à la fois politique, culturel et social. Ce nouveau volet serait susceptible de prendre la forme d’un ouvrage analytique, concentré sur une série de points forts – situation économique[28], répression[29], état de l’opinion, etc. – appuyé non seulement sur les rapports de préfets et les rapports du Majestic, mais également sur la documentation de base ayant servi à constituer ces rapports, dans la mesure où cette documentation serait encore disponible et exploitable.

La charge de travail fut assurée par des chercheurs confirmés, Regina M. Delacor et Peter Lieb, assisté par Jürgen Finger du côté allemand, et par Florent Brayard et Vincent Viet du côté français, avec le soutien de Stefan Martens (IHAP) et Marc Olivier Baruch (IHTP). Un comité de pilotage, constitué d’Isabelle Neuschwander, Jean-Pierre Azéma, Gerhard Hirschfeld et Hans Umbreit a réaffirmé la décision des directeurs des deux instituts, Werner Paravicini et Henry Rousso, de publier le projet sous forme d’un site internet.

La fondation Volkswagen a financé le projet pendant trois ans et demie. Les deux instituts l’IHAP et l’IHTP ainsi que le CNRS ont chacun à sa manière largement contribués à assurer la réalisation de ce vaste programme de recherche.

La lecture en parallèle de ces rapports établis au même moment en suivant les mêmes principes permet pour la première fois de comparer directement la perception et la compréhension des événements par les administrations allemande et française de 1940 à 1944. En dehors des Archives nationales des enquêtes ont été réalisées aux Archives du Ministère des Affaires Étrangères à Paris et à Bonn puis Berlin, le Service historique de l’Armée de terre à Vincennes, le Bundesarchiv avec ses départements à Berlin, Freiburg, Coblence et Aix-La-Chapelle et enfin à la Bibliothèque de Göttingen qui conserve une copie des archives du procès de Nuremberg. Après la recherche des rapports manquants dans ces différents archives et ensuite la reconstitution et la saisie des textes, une des difficultés majeurs a été

– à identifier les acteurs cités dans les textes et

– à rechercher des documents et des informations complémentaires, nécessaires à une meilleure compréhension des événements mentionnés dans les rapports.

Dans ce but, priorité a été donnée aux renvois aux textes de loi publiés dans le Journal officiel de l’État Français, le Reichsgesetzblatt, son pendant du côté allemand, et dans le Journal officiel du Gouverneur militaire (Verordnungsblatt des Militärbefehlshabers in Frankreich). Mais, dans les notes, le lecteur trouvera encore d’autres documents intéressants, par exemple des articles parus dans les journaux de l’époque, d’autres éditions de sources allemandes et françaises, d’un certain nombre de publications autobiographiques et quelques études scientifiques.

Lors de la préparation de l’édition nous nous sommes vite aperçu que le résultat serait beaucoup trop volumineux pour être publié sous forme de livre. Les responsables du projet espèrent d’avoir trouvé, grâce à l’informatique, une solution technique moderne que nous mettons ainsi à la disposition des chercheurs.

Pour conclure, revenons encore une fois au point de départ de cet exposé : pourquoi avons-nous besoin d’une meilleure connaissance de l’histoire de l’occupation allemande en France ?

Les différentes parties du projet et les exemples présentés ici ont déjà donné des éléments de réponse. Mais il reste encore un dernier aspect à évoquer.

La France n’est pas le seul de nos deux pays à avoir été contraint de vivre une occupation. Est-il nécessaire de rappeler que, dans ce domaine, de la fin du XIXe jusqu’au milieu du XXe siècle la France et l’Allemagne ont connu une période difficile de leur histoire ? Pendant la Guerre de 1870/71, la France a été occupée – au moins en partie – de 1870 jusqu’à 1875. Le même sort lui fut réservé entre 1914 et 1918. À partir de 1918, jusqu’au début des années trente, c’était au tour des Allemands d’avoir à accepter la présence de troupes françaises en Rhénanie. Par rapport à l’occupation de Francfort-sur-le-Main en 1920[30], l’affaire de la Ruhr en 1923[31] est restée bien davantage gravée dans la mémoire des Allemands. Les années noires de 1940 à 1944 en France furent suivies par l’occupation française du Sud de l’Allemagne[32] – et de l’Autriche[33] – jusqu’en 1955.

Nous sommes encore loin d’avoir achevé nos travaux concernant l’histoire de l’occupation des années quarante, mais il ne faut pas non plus négliger l’impact de l’expérience vécue des deux côtés du Rhin au moment des événements dont nous sommes en train de faire l’analyse. Philippe Burrin, auteur d’une Histoire de l’Occupation allemande en France pendant la Deuxième Guerre mondiale, intitulé La France à l’heure allemande[34], lors d’une conférence à l’occasion de la présentation des deux inventaires des fonds d’archives allemandes aux Archives nationales, a plaidé pour une étude de ces phénomènes dans une perspective de longue durée. Il est peut-être encore un peu trop tôt pour une analyse systématique de l’impact des occupations sur les relations entre nos deux pays, mais cela ne doit pas nous empêcher d’y songer et d’y réfléchir dans nos travaux actuels.

 


[1] Hannes Heer, Klaus Naumann (dir.), Vernichtungskrieg : Verbrechen der Wehrmacht, 1941–1944, Hambourg (Hamburger Edition) 1995; Vernichtungskrieg : Verbrechen der Wehrmacht, 1941–1944. Ausstellungskatalog, publié par Hamburger Institut für Sozialforschung, Redaktion : Hannes Heer, Hambourg (Hamburger Edition) 1996.

[2] Corinna v. List, Stefan Martens, « Les sources sur l’histoire de la résistance des femmes en France au cours de la Deuxième Guerre mondiale », in : Les femmes dans la Résistance en France, sous la dir. de Mechtild Gilzmer, Christine Levisse-Touzé et Stefan Martens, Paris (Tallandier) 2003, p. 51–70, ici p. 53.

[3] Voir Bogdan Musial, « Bilder einer Ausstellung. Kritische Anmerkungen zur Wanderausstellung Vernichtungskrieg. Verbrechen der Wehrmacht 1941–1944 », in : Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte 47 (1999) p. 563–591, Kristián Ungváry, « Echte Bilder – problematische Aussagen. Die Ausstellung Vernichtungskrieg – Verbrechen der Wehrmacht 1941–1944 », in : Geschichte in Wissenschaft und Unterricht 50 (1999) p. 584–595 et Rolf-Dieter Müller, Hans-Erich Volkmann (Hg.), Die Wehrmacht. Mythos und Realität, Munich (Oldenbourg) 1999.

[4] Voir notamment Rapport général. Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, avant-propos par Jean Mattéoli, Paris (La documentation française) 2000.

[5] Pour ces documents juridiques relatifs aux archives publiques voir Archives « secrètes », secrets d’archives ? Historiens et archivistes face aux archives sensibles, sous la dir. de Sébastien Laurent, Paris (CNRS Éditions) 2003, annexe 1, p. 229–232 et annexe 4, p. 241–261.

[6] Voir l’intervention du Premier Ministre, Lionel Jospin, dans Les Français et leurs archives. Actes du colloque au Conseil économique et social 5 novembre 2001, publié par Une cité pour les Archives nationales, Paris (Fayard) 2002, p. 18 et l’article de Emmanuel de Roux, « Le sort de la Cité des archives reste suspendu au feu vert de Matignon », paru dans Le Monde du 8 septembre 2003.

[7] Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa. Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Stuttgart (Deutsche Verlagsanstalt) 1966 [trad. franç. : La France dans l’Europe de Hitler, Paris (Fayard) 1968].

[8] Hans Umbreit, Der Militärbefehlshaber in Frankreich 1940–1944, Boppard (Boldt) 1968.

[9] Robert Paxton, Vichy France. Old Guard and New Order 1940–1944, New York, 1972 [trad. franç. La France de Vichy 1940–1944, Paris (Le Seuil) 1973, rééd. « Points », 1974].

[10] Jean-Pierre Azéma, De Munich à la Libération, Paris (Le Seuil) « Points », 1979.

[11] Astrid M. Eckert, Der Kampf um die Akten. Die Westalliierten und die Rückgabe von beschlagnahmtem deutschen Archivgut 1944–1958, Stuttgart (Steiner) 2004; Sacha Zala, Geschichte unter der Schere politischer Zensur. Amtliche Aktensammlungen im internationalen Vergleich, München (Oldenbourg) 2001.

[12] François Bédarida, Histoire, critique et responsabilité, Bruxelles (Complexe) 2003.

[13] Le régime de Vichy et les Français, sous la dir. de Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, avec la collaboration de Denis Peschanski et Henry Rousso, Paris (Fayard) 1992.

[14] Claude Carlier et Stefan Martens (dir.), La France et l’Allemagne en guerre (Septembre 1939–Novembre 1942) - Deutschland und Frankreich im Krieg (September 1939–November 1942). Actes du XXVe colloque franco-allemand à Wiesbaden, 16–19 mars 1988, Paris (AIAT) 1990.

[15] La France et la Belgique sous l’occupation allemande 1940–1944. Les fonds allemands conservés au Centre historique des Archives nationales. Inventaire de la sous-série AJ40, Inventaire rédigé par : Guy Beaujouan, Anne-Marie Bourgoin, Pierre Cézard, Marie-Thérèse Chabord, Élisabeth Dunan, Jean-Daniel Pariset, Christian Wilsdorf, revu par Christine Douyère-Demeulenaere avec la collaboration de Michèle Conchon. Index établi par Sandrine Bula. Introduction par Stefan Martens et Andreas Nielen, Paris (Archives nationales) 2002 et Stefan Martens (dir.), Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944. Die Bestände des Bundesarchiv-Militärarchivs Freiburg, préparé par Sebastian Remus, Stuttgart (Thorbecke) 2002.

[16] Stefan Martens et Maurice Vaïsse (dir.), Frankreich und Deutschland im Krieg (November 1942 – Herbst 1944). Okkupation – Kollaboration – Résistance, Bonn (Bouvier) 2000.

[17] Karl-Heinz Frieser, Blitzkrieglegende. Der Westfeldzug 1940, Munich (Oldenbourg) 1995 [traduc. franç. : Le mythe de la guerre-éclair. La campagne de l’Ouest en 1940, Paris (Belin) 2003].

[18] Pour ces chiffres voir Arne Radtke-Delacor, « Die »gelenkte Wirtschaft« in Frankreich: Versuch einer vergleichenden Untersuchung der technokratischen Strukturen der NS-Besatzungsmacht und des Vichy-Regimes (1940–1944) », in : Alain Chatriot, Dieter Gosewinkel (dir.), Les Figures de l’État en Allemagne et en France 1870–1945. – Figurationen des Staates, Deutschland und Franreich 1870–1945, Munich 2006, p. 235–254..

[19] Werner Best, « Großraumordnung und Großraumverwaltung », in : Zeitschrift für Politik 32 (1942) p. 406–412.

[20] Regina M. Delacor, Attentate und Repressionen. Ausgewählte Dokumente zur zyklischen Eskalation des NS-Terrors im besetzten Frankreich 1941/42, Stuttgart (Thorbecke) 2000.

[21] Sven Olaf Berggötz, « Eine Denkschrift von Ernst Jünger über die Geiselerschießungen in Frankreich 1941/42 », in : Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte 51 (2003) S. 404–472

[22] À propos de la découverte de son fameux journal par les Français et Soviétiques dans les environs de Berlin en Mars 1946 voir Astrid M. Eckert, Stefan Martens, « Glasplatten im märkischen Sand. Ein Beitrag zur Überlieferung der sogenannten Goebbels-Tagebücher », in : Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte 52 (2004) p. 478–526.

[23] Note à la date du 24 août 1941, voir Die Tagebücher von Joseph Goebbels. Im Auftrag des Instituts für Zeitgeschichte und mit Unterstützung des Staatlichen Archivdienstes Rußlands herausgegeben von Elke Fröhlich. Teil II : Diktate 1941–1945. Band I : Juli – September 1941, Munich (Saur) 1996, p. 303.

[24] Le 22 septembre 1941, Goebbels note dans son journal qu’il avait demandé à l’Oberkommando der Wehrmacht de donner l’ordre à Otto von Stülpnagel à Paris « die Listen der d[e]mnächst zur Erschießung anstehenden Geiseln schon vorher veröffentlichen zu lassen, damit jedermann, der sich mit Attentatsgedanken trägt, genau weiß, daß er nicht nur einen deutschen Offizier, sondern damit auch mindestens zehn seiner engeren Parteifreunde und Gesinnungsgenossen erschießt. Auch das, glaube ich, wird im Effekt sehr heilsam sein. » ibid., p. 464.

[25] Ainsi le jugement de Regina Delacor (voir n. 20) p. 51.

[26] Voir le rapport du Gouverneur militaire des mois de juin à septembre 1942 (Lagebericht über Verwaltung und Wirtschaft des Militärbefehlshabers in Frankreich) au Centre historique des Archives nationales (CHAN) AJ 40/444, II, 1. Le gros des mutations n’intervient qu’après l’invasion de la zone sud, en 1943, voir Bernd Kasten, « Gute Franzosen ». Die französische Polizei und die deutsche Besatzungsmacht im besetzten Frankreich, 1940–1944, Sigmaringen (Thorbecke) 1993, p. 209–212 et Bernhard Brunner, Der Frankreich-Komplex. Die nationalsozialistischen Verbrechen in Frankreich und die Justiz der Bundesrepublik Deutschland, Göttingen (Wallstein) 2004.

[27] Marc Olivier Baruch, Servir l’État français. L’administration en France de 1940 à 1944, Paris (Fayard) 1997.

[28] Voir la thèse de doctorat de Fabrice Grenard, Le Marché noir et ses enjeux dans la société française des années quarante (1940–1949), soutenue sous la direction de Jean-Pierre Azéma à l’Institut d’études politiques de Paris en 2004 et les travaux d’Arne Radtke-Delacor, qui prépare une thèse sur la collaboration économique en France pendant la guerre sous la direction de Rudolf von Thadden à l’Université de Göttingen.

[29] Voir la thèse de doctorat de Gaël Eismann, La politique de « maintien de l’ordre et de la sécurité » menée par les services du Militärbefehlshaber in Frankreich pendant l’occupation (1940–1944), soutenue sous la direction de Jean-Pierre Azéma à l’Institut d’études politiques de Paris en 2005 et la thèse de doctorat de Peter Lieb, Konventioneller Krieg oder Weltanschauungskrieg ? Kriegführung und Partisanenbekämpfung in Frankreich 1943/44, soutenu sous la direction de Horst Möller à l’Université de Munich en 2005.

[30] Documents Diplomatiques Français sur l’Allemagne – Französische Diplomatenberichte aus Deutschland, 1920, publié par Stefan Martens en coopération avec Martina Kessel, 2 tomes, Bonn (Bouvier) 1992/1993, p. 72–80.

[31] Klaus Schwabe (dir.), Die Ruhrkrise 1923. Wendepunkt der internationalen Beziehungen nach dem Ersten Weltkrieg, Paderborn (Schöningh) 21986.

[32] Voir Edgar Wolfrum, »Das Bild der »düsteren Franzosenzeit«. Alltagsnot, Meinungsklima und Demokratisierungsprozeß in der französischen Besatzungszone nach 1945«, in: Stefan Martens (Hg.), Vom »Erbfeind« zum »Erneuerer«. Aspekte und Motive der französischen Deutschlandpolitik nach 1945, Sigmaringen (Thorbecke) 1993, p. 87–114.

[33] Klaus Eisterer, Französische Besatzungspolitik. Tyrol und Vorarlberg 1945/46, Innsbruck (Haymon) 1991 [titre français: La présence française en Autriche (1945–1955). Occupation, dénazification, action culturelle, Rouen (Publications de l’université de Rouen/Centre d’Études et de Recherches autrichiennes) 1998].

[34] Philippe Burrin, La France à l’heure allemande, Paris (Le Seuil) 1995, rééd. « Points », 1997.