Andreas Nielen

L’occupation de la Belgique et de la France (1940–1944)
et Les archives de l’Administration militaire allemande

 

 

Les caractères des régimes d’occupation

Défaite et armistice

Le 10 mai 1940, les forces armées allemandes déclenchèrent une offensive surprise de grande envergure, dirigée simultanément contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France (qui était le seul de ces quatre pays à se trouver officiellement en état de guerre avec l’Allemagne, les trois autres voyant leur neutralité dans le conflit violée). Surclassant l’ensemble de leurs adversaires en effectifs, matériels et coordination tactique, les forces allemandes réussirent une avance foudroyante qui aboutit à la défaite presque immédiate des armées néerlandaise et belge, dont les capitulations respectives datèrent du 15 mai et du 28 mai 1940. Mais même les troupes françaises, aidées des forces britanniques, ne résistèrent que pendant six semaines. Dans tous les cas, la défaite fut totale, et elle s’accompagna d’un véritable effondrement : débandade et capture des troupes, exode chaotique de millions de civils, désorganisation des services publics, arrêt de l’activité économique et difficultés de ravitaillement. Les Allemands entendirent placer les pays conquis sous leur contrôle, en vue de la poursuite de leur guerre contre la Grande-Bretagne. Face à cette occupation, les autorités des pays vaincus firent des choix différents. La reine Wilhelmine des Pays-Bas et son gouvernement se transportèrent en Angleterre, apportant ainsi les ressources de l’empire colonial, de même que la flotte des Pays-Bas, au camp allié. Il incombait dès lors aux Allemands de se substituer aux autorités exilées pour l’administration du territoire néerlandais occupé. En Belgique, le roi Léopold III choisit de rester auprès de son peuple, mais en étant retiré des affaires. Pendant ce temps, le gouvernement gagna Londres. Il ne resta aucune autorité politique belge ; seuls les plus hauts fonctionnaires des administrations (les secrétaires généraux) continuèrent d’en assurer le fonctionnement et durent entrer en relation avec les autorités occupantes. En France, le gouvernement, de préférence à la capitulation, avait demandé et obtenu un armistice, afin de sauvegarder la souveraineté française. Aux termes de cet armistice, signé le 22 juin 1940 à Rethondes et entré en vigueur le 25 juin 1940[1], le gouvernement français resta en fonctions, malgré la présence, sur une grande partie du territoire, de l’armée allemande. L’emprise du vainqueur était moins complète et moins directe, en apparence, mais le rôle et la responsabilité des autorités françaises dans l’application de la politique d’occupation étaient d’autant plus importants. Hitler, en concédant un armistice au gouvernement Pétain, en était conscient, et il savait de même qu’il lui aurait été difficile de faire administrer la France, alors de loin le plus grand des pays occupés par l’Allemagne, en administration directe, sans le concours des autorités nationales[2].

La situation en Belgique

L’occupation militaire de la Belgique était totale, mais son unité territoriale n’était –provisoirement – pas mise en cause, si l’on excepte l’annexion par l’Allemagne, à l’est du territoire belge, des arrondissements d’Eupen et de Malmédy que le Traité de Versailles avait détachés du Reich en 1919. Hormis cette petite fraction de son territoire, toute la Belgique était contenue dans le ressort du Commandant militaire allemand (Militärbefehlshaber) de Bruxelles, qui comprenait également deux départements français, le Nord et le Pas-de-Calais. Le gouvernement d’Hubert Pierlot était en exil, Léopold III en résidence surveillée à Laeken : la souveraineté était exercée par le Militärbefehlshaber, l’administration belge travaillait sous le contrôle d’une administration militaire allemande et selon les directives de celle-ci. Si la délimitation de la circonscription du général Alexander von Falkenhausen, Militärbefehlshaber à Bruxelles de 1940 à 1944, ne portait pas encore atteinte au frontières de la Belgique, de graves inquiétudes persistaient néanmoins quant au sort de la Belgique après la fin de la guerre (à ce stade de la guerre mondiale, l’hypothèse d’une victoire finale de l’Allemagne national-socialiste ne pouvait pas être écartée). La Belgique allait-elle continuer d’exister, comme État vassalisé, inséré dans un « nouvel ordre » européen sous l’hégémonie national-socialiste ? Ou allait-elle être incorporée à un Grand Reich germanique, soit entièrement, soit après un démembrement, rejetant la Wallonie ?[3] La politique de l’occupant réserva la question pour la fin des hostilités. Un soutien ambigu au militantisme flamand (dont le groupement le plus important était le Vlaamsch Nationaal Verbond) lui permit d’entretenir le doute et la menace, mais il savait en même temps ces groupements « flamingants » peu représentatifs de la société, se défiait d’eux, et ne voulait leur laisser ni trop d’autonomie, ni d’initiative[4].

Le cas français

Infiniment plus complexe fut le régime d’occupation de la France. Elle eut affaire, jusqu’en 1943, à deux puissances occupantes et non pas seulement une. Les Italiens obtinrent une zone d’occupation frontalière, limitrophe du territoire italien, qui s’étendait de Nice jusqu’à la rive sud du Lac Léman. De novembre 1942 à septembre 1943, l’occupation italienne fut avancée jusqu’au Rhône et étendue à la Corse. Deux commissions d’armistice, l’une à Wiesbaden[5], l’autre à Turin[6], veillaient à l’application de deux traités d’armistice. Les dispositions de l’armistice franco-allemand ne laissaient libre d’occupation que moins de la moitié du territoire métropolitain, dans le sud du pays. Le gouvernement de la France s’y replia dans une station thermale. De Vichy, ce gouvernement dit « de l’État français » exerçait seul son autorité sur la zone non occupée, zone qui ne fut « libre » que dans la mesure où la volonté de son gouvernement l’était, c’est-à-dire toujours moins, au fur et à mesure que l’Occupation se prolongeait dans le temps. Le gouvernement de Vichy gardait par ailleurs son autorité sur les trois départements algériens, qui échappaient à l’occupation, de même que sur les territoires de l’Empire, qui constituaient par la suite un grand enjeu dans la lutte entre l’Axe d’un côté, la France Libre et les Alliés de l’autre côté. La zone occupée comprenait toute la moitié nord de la France et toute la façade maritime occidentale, de Dunkerque à Saint-Jean-de-Luz. La capitale et la majeure partie des industries nationales passèrent ainsi sous l’emprise directe de l’occupant ; les régions littorales devaient servir de marchepied pour la lutte contre l’Angleterre, et assurer le passage vers l’Espagne. Entre la zone non occupée et la zone occupée fut établie une ligne de démarcation, allant de la frontière suisse à hauteur de Genève par Dôle, Moulins, Bourges, Tours, Angoulême, Mont-de-Marsan jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port, dont le tracé ne respectait d’ailleurs nullement les limites des départements traversés[7]. L’occupant choisit d’ériger cette ligne de démarcation en véritable frontière interne quasiment étanche : la circulation des personnes, des marchandises et du courrier fut restreinte au minimum, ce qui causa de graves problèmes économiques et humains. L’économie française s’en trouva étranglée, notamment celle de la zone Sud, largement dépendante de celle de la zone Nord où se trouvait le centre de gravité de l’économie nationale. Il est vrai qu’aux flux économiques ainsi interrompus (inconvénient auquel s’ajoutaient les effets du blocus anglais que subissait la France à l’extérieur depuis qu’elle était passée sous contrôle allemand), l’occupant substitua aussitôt des courants d’échanges dirigés uniformément (et sans contrepartie équitable) vers sa propre économie. Pire, même l’action du gouvernement français fut fortement entravée, en ce qui concerne la direction des services administratifs demeurés à Paris, car même des personnalités gouvernementales ou des hauts fonctionnaires n’obtenaient pas toujours les laissez-passer nécessaires au franchissement de la ligne. À plus forte raison, cette ligne fut un obstacle redoutable pour les familles qu’elle séparait, ou les persécutés de toutes catégories qui cherchaient à gagner la zone Sud, initialement moins surveillée[8].

Au nord de la ligne de démarcation, il n’y eut cependant pas un seul territoire français occupé, mais plusieurs. En effet, les deux départements les plus septentrionaux, nous l’avons vu, avaient été rattachés à l’administration militaire allemande de Bruxelles. La raison initiale de ce choix avait été simplement l’état de l’avance allemande au moment de la décision, au tout début de juin 1940. Significativement, l’occupant préféra laisser ensuite les choses en l’état, même après la défaite complète de la France. Il ne voyait qu’avantage à détenir ainsi un moyen de chantage et à ménager toutes les éventualités pour l’avenir. En cas de démantèlement de la Belgique et de la France après une victoire finale allemande, le Nord et le Pas-de-Calais auraient pu entrer dans la constitution d’un État satellite du Grand Reich, avec les provinces francophones de la Belgique. Et en tout état de cause, le maintien de leur rattachement au commandement de Bruxelles contribua à l’éclatement et donc à l’affaiblissement de la France, conformément aux objectifs de l’occupation.

Pour faire bonne mesure, une « zone interdite » fermée au passage et au retour des personnes qui avaient pris le chemin de l’exode en été 1940, isolait le Nord-Pas-de-Calais de la zone d’occupation principale, délimitée par une ligne allant de l’estuaire de la Somme jusqu’aux Ardennes, en passant par Amiens et entre Laon et Reims, de même qu’à Mézières. Une « zone réservée » la jouxtait à l’est, s’interposant de manière analogue entre le gros du territoire français et l’Alsace-Lorraine. Sa limite occidentale suivait un itinéraire Mézières, Bar-le-Duc, Langres, Dôle, qui n’était pas sans ressemblance avec l’ancienne frontière occidentale du Saint Empire romain germanique. Son sort était le même que celui de la zone interdite, ce qui veut dire aussi que les deux subissaient pareillement les entreprises de colonisation menées par la Ostland[9]. Par cette politique, l’occupant laissait entrevoir la volonté de détacher à terme ces territoires de la France, probablement pour les annexer au Reich allemand[10]. Il se garda toutefois de rendre formelle la moindre décision en ce sens avant l’achèvement de la guerre. Ce qui lui permit de rester sourd aux protestations – assez discrètes au demeurant – du gouvernement de Vichy : ces mesures étaient certes contraires au traité d’armistice, qui ne mentionnait que l’occupation du territoire sis au nord de la ligne de démarcation, mais elles étaient officiellement non définitives.

Pire encore fut le sort de l’Alsace-Lorraine, la séculaire pomme de discorde entre la France et l’Allemagne. Alors même que Hitler avait publiquement affirmé s’en désintéresser avant 1940, et bien que le traité d’armistice ne contînt aucune mention de ce territoire, l’Allemagne procéda, sitôt signé l’armistice, à son annexion de fait. Les barrières douanières de l’espace économique allemand furent reportées dès le 15 juillet 1940 sur la limite occidentale de l’Alsace-Lorraine. Le département de la Moselle fut subordonné au Gauleiter de Sarrebruck, formant avec la Sarre le Gau (région) de la « Marche de l’Ouest » (Westmark). Le Haut-Rhin et le Bas-Rhin furent fusionnés avec le pays de Bade sous l’autorité du Gauleiter de Karlsruhe qui déménagea une grande partie de ses services à Strasbourg. Sans déclaration officielle et sans égalité des droits avec les Allemands du Reich, l’Alsace-Lorraine fut ainsi traitée en partie intégrante du Reich et soumise à la germanisation forcée[11]. Ceux des Alsaciens et des Lorrains qui ne furent pas déclarés inassimilables par les Gauleiter et expulsés vers la France de l’intérieur (jusqu’en février 1941, 2 % de la population alsacienne et 15 % des Lorrains avaient subi ce sort), furent enrôlés de force dans le Service du Travail du Reich, puis dans la Wehrmacht.

L’Allemagne avait ainsi fait la démonstration du peu de respect qu’elle portait aux vaincus, mais aussi à sa propre parole, puisque les clauses de l’armistice avaient été d’un bout à l’autre dictées par elle. En fait, elle considérait que ces clauses ne liaient que la partie française[12]. Le gouvernement de Vichy montra d’emblée toute sa faiblesse : malgré le fait que la donne imposée par les Allemands fut fondamentalement différente de celle qu’il avait acceptée en signant l’armistice, il voulut éviter toute rupture et continua de rechercher des rapports de « collaboration » avec le vainqueur. Logiquement, ses protestations ne furent que faibles, assez faibles en tout cas pour être rejetées avec hauteur par la commission d’armistice.

Incontestablement, le gouvernement de Vichy pâtit fortement de l’affaiblissement provoqué par l’éclatement extrême du territoire français dû à l’occupation. D’après le traité d’armistice, il conservait l’autorité hiérarchique sur les services de l’État, dans quelque zone qu’ils se trouvent, même si en zone occupée, les directives de l’occupant primaient sur celles de Vichy, y compris en matière de nominations. De même, le gouvernement de l’État français prétendait continuer de légiférer pour l’ensemble du territoire français ; mais pour devenir applicables, ses lois devaient recevoir l’approbation de l’occupant, lequel détenait d’ailleurs, pour la zone d’occupation, un pouvoir législatif concurrent, supérieur à celui du gouvernement français. Ainsi, pour être applicable en zone occupée, une loi de Vichy devait être préalablement étudiée par les services allemands, puis promulguée par un acte du Militärbefehlshaber de Paris. Pour une application dans le Nord et le Pas-de-Calais, cette procédure était assurée par l’Oberfeldkommandant de Lille, responsable dans ce ressort territorial, qui était placé sous l’autorité du gouverneur militaire allemand de Bruxelles[13] ! Ce contrôle législatif a posteriori avait tendance à faire sentir ses effets en amont, puisque les rédacteurs des lois françaises intégraient de plus en plus les exigences du contrôle allemand dès le départ. De toute façon, la législation et la gestion du gouvernement de Vichy dans sa zone « libre », si elles n’étaient pas soumises formellement à un contrôle allemand, faisaient l’objet d’une surveillance vigilante de la part des Allemands, qui disposaient de multiples canaux d’influence pour ramener Vichy à l’obéissance ; mais le cas ne se produisit que rarement. Restait la partie du territoire français annexée de fait : ici, les lois françaises n’avaient plus cours, l’administration française fut partiellement démantelée et remplacée par des instances allemandes. Enfin, à partir du 11 novembre 1942, la zone Sud, déclarée unilatéralement « zone d’opérations militaires » (Heeresgebiet Südfrankreich) par les Allemands, en réaction au débarquement allié en Afrique du Nord, passa également sous occupation, ce qui priva le gouvernement de Vichy de ses dernières marges d’autonomie. Vers la fin de la période d’Occupation, l’éclatement de la France était porté à l’extrême : tout le territoire métropolitain était occupé, mais en six tronçons[14], entre lesquels subsistaient, à des degrés divers, des barrières, maintenues volontairement par l’occupant[15], notamment la ligne de démarcation. Les départements algériens et les territoires nord-africains et africains de l’Empire étaient passés sous le contrôle des Anglo-Américains et de la France Libre, l’Indochine était sous la pression japonaise. Le double pari de Pétain et de Laval de 1940 – sauvegarder la souveraineté française par la conclusion de l’armistice et obtenir un traitement moins défavorable de la part de l’occupant en essayant de s’assurer ses bonnes grâces par la collaboration – devait être considéré comme perdu depuis longtemps.

Des régimes d’occupation complexes

À la complexité de la répartition entre différentes zones de la France occupée, correspondait la complexité des régimes d’occupation qui y furent instaurés par les Allemands. Il y eut deux types d’administrations d’occupation : des administrations civiles et des administrations militaires. L’installation d’une administration civile dans un territoire occupé signifiait généralement un plus grand degré d’intégration de ce territoire au Grand Reich, elle traduisait souvent une volonté d’annexion, ou tout au moins une option en ce sens. Les civils qui dirigeaient ce type d’administration, étaient le plus souvent des dignitaires du parti national-socialiste, donc pleinement engagés dans le combat idéologique du régime. L’Alsace et la Lorraine furent traitées de fait, nous l’avons vu, en extensions du territoire allemand et administrées par des Gauleiter[16], parés du titre de « chef de l’administration civile » (Chef der Zivilverwaltung).

Au contraire, l’organisation d’une administration militaire par les soins et sous la responsabilité de la Wehrmacht, de l’armée allemande, signifiait a priori que l’Allemagne considérait le territoire en question comme une terre étrangère, occupé pour le temps de la guerre[17] ; mais ce principe était souvent infléchi par la politique suivie au cours de l’occupation. L’exploitation croissante de l’Europe occupée, par exemple, eut pour résultat que les administrations allemandes prirent l’habitude de disposer des hommes et des ressources de ces pays comme s’ils faisaient partie intégrante du Reich, tandis que les relations de l’occupant avec les occupés se réduisaient de plus en plus à un simple rapport de domination totale, qui outrepassa de plus en plus les conventions d’armistice et les normes du droit international. Certes, en tant qu’institutions militaires, les administrations militaires d’occupation, entretenaient une certaine distance d’avec les services du Parti, notamment les SS ; à ce titre, elles se trouvèrent parfois en conflit avec ces derniers. Mais ce furent surtout des luttes d’influence. Certes, au sein de l’administration militaire allemande de Paris se trouvaient quelques-uns des conjurés du 20 juillet 1944, cherchant à tuer Hitler, dont le propre Militärbefehlshaber, Carl-Heinrich von Stülpnagel, jugé et exécuté pour sa participation au complot[18]. Mais les auteurs de l’attentat contre Hitler, avant de se retourner contre leur Führer, avaient tous eu des responsabilités importantes dans le Troisième Reich. Il est donc risqué d’affirmer que l’armée était moins pénétrée de l’idéologie nazie que les autres services allemands : tout au plus y eut-il une nuance. La Wehrmacht vivait mal la mainmise croissante du parti, le noyautage mis en œuvre par ce dernier. Mais le processus de radicalisation idéologique du régime touchait l’armée guère moins que le Parti ; celui-ci finit cependant par imposer à l’armée, en 1944, l’institution des Nationalsozialistische Führungsoffiziere, véritables commissaires politiques chargés de surveiller les officiers. Mais la Wehrmacht, après avoir été l’alliée de Hitler dans la prise du pouvoir, restait le principal instrument de puissance du Reich, son bras armé. Et il n’est que de voir l’absence totale d’états d’âme des administrations militaires dans l’application de la politique générale d’occupation décidée par la direction du Reich, y compris dans ses aspects les plus idéologiques et les plus abjects, comme l’application de la législation antijuive, les spoliations, l’organisation des déportations vers les camps d’extermination, pour se rendre compte de l’impossibilité d’établir une distinction entre l’armée et les autres organes de l’État national-socialiste. Il est vrai que la démission du premier commandant militaire, Otto von Stülpnagel, en février 1942, était liée à un différend avec Hitler et le haut commandement de l’armée sur les modalités de la répression, face aux attentats contre des membres de l’armée allemande. Après cette démission, l’administration militaire se laissa dessaisir sans regrets de ses responsabilités en matière de répression et de police, au profit du « service de sécurité » (Sicherheitsdienst, SD), la police de la SS de Heinrich Himmler. Le SD, dirigé par un « Chef supérieur de la SS et de la police en France » (Höherer SS- und Polizeiführer, HSSPF), mit bien évidemment un point d’honneur (si l’on ose dire) à se montrer plus féroce dans la répression que l’administration militaire[19]. Mais s’il arrivait ainsi parfois à celle-ci d’avoir des vues plus modérées et plus réalistes, ses réserves n’étaient en général pas partagées par d’autres éléments de l’armée, notamment les troupes opérationnelles, plus guerrières d’esprit et moins regardantes sur les moyens[20].

Il convient de préciser la position des administrations militaires d’occupation dans la hiérarchie de l’armée allemande[21]. Ces administrations étaient dirigées par des officiers supérieurs de l’armée de terre, portant le titre de « commandant militaire » (Militärbefehlshaber), lesquels n’étaient en fait que des gouverneurs militaires, car leur mission était d’assurer le « contrôle et la surveillance de l’administration et de l’économie du pays occupé, y compris l’exploitation du pays pour les besoins des troupes d’occupation et de l’économie de guerre allemande », de même que « le maintien de la sécurité et de l’ordre »[22]. Ils n’avaient donc pas d’attributions en matière d’opérations militaires, et n’avaient à leur disposition que le minimum de troupes nécessaires pour le maintien de l’ordre, pour la plupart des réservistes. Les commandants militaires étaient subordonnés au quartier-maître général (Generalquartiermeister) de l’état-major de l’armée de terre (Oberkommando des Heeres, OKH). Ce dernier, tout en restant en charge des dossiers, fut coiffé, à partir de décembre 1941, par l’état-major général du Commandement suprême des forces armées (Oberkommando der Wehrmacht, OKW), pour tout ce qui concernait les affaires des administrations militaires d’occupation. La voie hiérarchique s’en trouva compliquée : les commandants militaires recevaient leurs ordres tantôt par le biais du quartier-maître général, tantôt directement de l’OKW.

Les commandants militaires exerçaient un pouvoir territorial dans les pays qu’ils administraient, mais les troupes opérationnelles se trouvant éventuellement dans les mêmes territoires, qu’elles relevassent de la Wehrmacht ou de la Waffen-SS, avaient des pouvoirs concurrents, sans qu’existât un rapport clair de subordination des uns aux autres ou seulement une délimitation des compétences. Les troupes d’opération en Belgique et en France occupées relevaient uniquement du Commandant en chef des opérations à l’Ouest (Oberbefehlshaber West, OB West), lui-même responsable devant l’OKH ; elles n’avaient cure des prérogatives des commandants militaires, et donnaient souvent des ordres ou procédaient à des réquisitions, partout où elles se trouvaient, sans en informer ces derniers. Cela fut particulièrement le cas des forces de l’armée de l’air et de la marine, qui n’étaient nullement subordonnées au Commandant en chef des opérations à l’Ouest, mais gardaient chacune un commandement distinct, répondant seulement à l’OKW (même pendant les semaines cruciales suivant le débarquement allié en Normandie). L’armée de l’air et la marine non seulement ne coopérèrent pas volontiers avec les administrations militaires, mais en ignoraient parfois l’existence[23]. Les seules unités militaires placées directement sous les ordres des commandants militaires allemands de Bruxelles et de Paris, furent des régiments de maintien de l’ordre, essentiellement composés de territoriaux et d’une faible valeur combative.

Le commandant militaire allemand en France (Militärbefehlshaber in Frankreich, MBF), installé à Paris, était initialement le représentant suprême du pouvoir allemand en France occupée. Mais sur l’instigation du Ministre des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, Hitler décida d’adjoindre au MBF (sans le lui subordonner) un représentant des Affaires étrangères, responsable de toutes les questions politiques dans la zone occupée, mais aussi des relations avec le gouvernement de Vichy. Ce représentant, Otto Abetz[24], qui n’était pas un diplomate de carrière, vit sa mission confirmée par la collation du grade d’ambassadeur dès le mois d’août 1940. Son statut était particulièrement ambigu : plénipotentiaire de la diplomatie allemande auprès des autorités militaires allemandes de Paris d’abord, il devint aussi l’interlocuteur officieux de Vichy, sans jamais être accrédité auprès du gouvernement de l’État français[25]. Ses services parisiens furent érigés en « Ambassade allemande à Paris » en novembre 1940. De plus, Abetz était le grand ordonnateur et manipulateur des mouvements collaborationnistes français. En dehors de ses activités dans le domaine de l’aryanisation[26], il ambitionnait en effet de prendre la direction politique de la propagande allemande en France et le contrôle de la presse et de la radio. Ce faisant, il se heurtait aux prérogatives de la Section de propagande (Propaganda-Abteilung), un service qui relevait formellement de la Wehrmacht, mais qui travaillait sous les ordres directs du Ministère de la Propagande du Reich, dirigé par Joseph Goebbels. Même si l’audience d’Abetz auprès du pouvoir de Berlin avait tendance à fléchir, à partir de 1943, il restait influent sur le terrain. À côté de l’Hôtel Majestic, siège du Militärbefehlshaber, il existait donc à Paris un deuxième pôle, puissant et souvent imprévisible, du pouvoir allemand, à l’Ambassade d’Allemagne, rue de Lille.

L’application de l’armistice était de la compétence de la Commission allemande d’armistice, siégeant à Wiesbaden sous la présidence du représentant du haut commandement de l’armée. Cela signifie que le MBF devait tenir compte des directives de cette commission, composée des représentants de l’armée et des principales administrations allemandes, ainsi que d’une délégation du gouvernement français (Délégation française auprès de la Commission allemande d’armistice, DFCAA[27]), dont les représentations ne furent cependant guère entendues. Dès le mois de juillet 1940 pourtant, une commission particulière se constitua en vue de traiter des aspects économiques de l’armistice : la délégation pour l’économie de la commission allemande d’armistice[28]. Elle eut pour particularité d’être placée sous la présidence et l’autorité du ministère allemand des Affaires étrangères, à travers la personne de son président, le ministre plénipotentiaire Hans Richard Hemmen. Des représentants des administrations centrales du Reich formaient cette délégation ; le Militärbefehlshaber n’y avait qu’un agent de liaison. La Délégation s’occupait des aspects économiques de l’application de la convention d’armistice et des relations économiques franco-allemandes en général. Elle fixa notamment les frais d’occupation que devait payer la France et mit au point les accords de compensation de novembre 1940[29]. Mais comme elle tendait à étendre toujours plus le champ de ses compétences, la Délégation entrait en concurrence non seulement avec les services économiques de l’administration militaire, faute d’une délimitation claire des tâches respectives, mais aussi et surtout avec de grands services du Reich, le Ministère de l’Économie et le Plan quadriennal (Vierjahresplan)[30], dirigé par Hermann Göring, un des plus hauts dignitaires du régime[31]. Ceux-ci avaient tendance à considérer les pays occupés comme des prolongements du territoire du Reich, ce qui justifiait leur intervention, tandis que Hemmen et son supérieur Ribbentrop, insistaient sur la fiction de la souveraineté de Vichy, afin de justifier leur préséance dans la conduite des relations économiques de l’occupant avec l’occupé. Le commandant militaire, enfin, excipait de sa compétence territoriale pour essayer de garder un reste d’influence sur la gestion de l’économie de la zone d’occupation. Dans ce triangle, Göring choisit de s’appuyer sur les services du MBF afin de contrecarrer les ambitions de Hemmen. Il soutint la nomination, en mai 1941, du chef de la division économique de l’administration militaire, Elmar Michel (réputé proche de Göring), à la charge de Commissaire allemand aux devises, responsable des questions de réglementation de la circulation des devises[32], questions dont la Délégation de Hemmen voulait se réserver la négociation avec le gouvernement français, laquelle avait en outre démontré sa volonté de traiter face à face avec les autorités françaises en transférant son siège, dès le mois d’avril 1941, de Wiesbaden à Paris. Après la décision d’occuper la zone Sud et de lui appliquer un régime d’occupation analogue, la rivalité tourna en duel ouvert entre Hemmen et Michel, promu chef de tout l’état-major administratif du MBF depuis 1942. Le premier se fit nommer par Ribbentrop, en janvier 1943, « délégué du gouvernement du Reich aux questions économiques et financières auprès du gouvernement français ». En riposte, Michel obtint l’élargissement de ses compétences, en devenant Commissaire au Commerce extérieur à partir d’avril 1943. L’étoile de Hemmen déclina par la suite, car plusieurs ministères et services allemands se lassèrent de ses prétentions, notamment les importants ministères de l’Économie et de l’Armement qui soutenaient plutôt les services du commandant militaire, en leur confiant l’exécution de certaines de leurs directives, sans pour autant se priver d’intervenir aussi directement en territoire occupé, sans l’intermédiaire du MBF. S’il y avait concurrence ou manque de délimitation entre les tâches de l’administration militaire et les politiques menées par les ministères, il y avait aussi des rivalités redoutables entre ces ministères. Le Ministère de l’Armement d’Albert Speer, responsable de la production d’armement, ce qui impliquait aussi les problèmes de gestion de la main-d’œuvre, était concurrencé par des services d’armement propres à l’armée (le Wehrwirtschafts- und Rüstungsamt) et plus encore par le « plénipotentiaire général pour la réquisition de la main-d’œuvre » (Generalbevollmächtigter für den Arbeitseinsatz, GBA), Fritz Sauckel, nommé par Hitler en avril 1942. Sauckel réquisitionnait des travailleurs dans tous les pays occupés par l’Allemagne afin de les envoyer dans les usines du Reich, en contrecarrant ainsi la politique suivie par Speer qui privilégiait le maintien de la main-d’œuvre dans les sites de production des différents pays, réaffectés à la production pour le compte de l’occupant. En Belgique, Sauckel fit exécuter ses plans par les services de l’administration militaire, mais en France, il installa ses propres bureaux, en dehors des services du MBF[33].

L’intervention puissante de Sauckel, qui obtint directement du gouvernement de Vichy l’instauration du Service du Travail obligatoire (STO) à partir de février 1943, sans recourir à l’intervention du MBF, était caractéristique d’un phénomène particulièrement marqué en France : la prolifération des services d’occupation indépendants du commandant militaire, chef en titre du pouvoir allemand. Au lieu de s’en remettre à ce dernier pour l’exécution de leurs directives, des administrations, mais aussi des instances militaires et des services du Parti nazi ouvrirent de leur propre initiative et sous leur responsabilité des bureaux et des représentations à l’intérieur du ressort territorial du MBF. Sans lien de subordination hiérarchique avec les services de l’Hôtel Majestic et souvent à leur insu, ces services prenaient des initiatives, parfois en contact direct avec les entreprises ou autorités françaises. Il en résulta une confusion certaine. Outre le GBA et bien évidemment la SS (avec ses services policiers et de renseignement, Sipo et SD), la liste des services allemands en France était encore plus longue : centrales d’achat, services du Front du Travail (DAF), services du Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, ERR, etc.[34].

Objectifs et méthodes de l’Occupation

L’occupation allemande ne fut-elle donc qu’un chaos « polycratique »[35] ? Assurément non, puisqu’elle parvenait néanmoins à ses fins, et puisque cette kyrielle de services concurrents, par delà les différends qui existaient, mais qui ne doivent pas être surestimés, travaillait néanmoins de concert à la réalisation du projet idéologique du national-socialisme. Les frictions et pertes d’efficacité étaient généralement compensées par une exploitation accrue des pays occupés, dont elles ne faisaient qu’alourdir le fardeau. La politique d’occupation avait deux séries d’objectifs. Une première, plus immédiate, concernait la situation militaire. Il s’agissait de maintenir sous contrôle les pays vaincus, les empêcher de revenir au combat contre l’Allemagne, et d’assurer de la sorte la sécurité des opérations militaires contre les adversaires restés en lice. Ce contrôle nécessitait le désarmement des vaincus et la surveillance étroite de leur administration, de la vie politique et culturelle, des mouvements de l’opinion. L’invocation des nécessités militaires alla toutefois plus loin, puisque les Allemands se crurent autorisés à mettre à contribution, à leur profit, la totalité des infrastructures (y compris militaires) et des ressources matérielles et démographiques des pays qu’ils occupaient, par l’ingérence massive dans la gestion de l’économie et des réquisitions sans limites. Mais très nettement, les mesures mises en œuvre par l’occupant dépassaient le cadre d’une mainmise pour la durée de la guerre. Elles devaient au contraire préparer l’après-guerre selon les visées hégémoniques de l’Allemagne national-socialiste, dans la perspective bien évidemment d’une « victoire finale » allemande, laquelle parut probable aux yeux de beaucoup pendant les premières années de la guerre, et dont il était d’ailleurs formellement interdit de douter publiquement à quiconque se trouvant dans les territoires sous contrôle allemand. Le remaniement de la carte politique et démographique de l’Europe, la création d’un grand espace économique européen (Großwirtschaftsraum) centré sur l’Allemagne devaient établir son hégémonie durablement. À cette fin, le recensement minutieux des ressources économiques des pays occupés et le placement sous administration provisoire de nombreuses entreprises, facilitant les prises de participations stratégiques par des entreprises allemandes (voir plus loin) annonçait déjà leur intégration dans un système d’échanges économiques inégaux au profit de l’Allemagne. Le contrôle de la presse et de la radio, la surveillance de l’enseignement et de la vie culturelle avaient également pour but de conditionner les populations en vue de leur vie sous une hégémonie allemande durable. Enfin, le fil conducteur de la politique d’occupation fut l’idéologie raciste et sociale-darwiniste du national-socialisme, dont l’application était portée à l’échelle européenne. La réalisation de ces objectifs s’accompagna de souffrances indicibles des populations concernées et d’une exploitation effrénée, égales à la démesure du défi militaire engagé par l’Allemagne. Elle fut assurée par des contraintes brutales et une répression de nature terroriste. Au fur et à mesure de la dégradation de la situation du Reich et de l’accroissement continu de son effort de guerre, la pression exercée sur les pays occupés ne cessait d’augmenter. Au milieu de tout cela, les Militärbefehlshaber, même s’il voyaient leurs prérogatives rognées de toutes parts, notamment dans les domaines politique et policier, restaient néanmoins des rouages importants de la politique de l’occupant, et leur responsabilité morale restait pleine et entière.

En raison de toutes ces dérives (qu’il faut cependant considérer sans doute comme inhérentes au système national-socialiste), l’Occupation se termina dans le cauchemar. L’occupant parvint à ses fins, mais au prix d’une pression implacable. On peut se demander si l’augmentation du rendement de l’exploitation correspondait vraiment à l’augmentation de la pression sur le pays. Les rigueurs de l’Occupation firent passer bon nombre de Français de l’attentisme à la Résistance. L’Occupation ne s’est pas du tout tenue à des objectifs « raisonnables », tels que les définit rétrospectivement un membre de l’administration militaire allemande de Paris :

L’administration d’un pays conquis est d’autant plus facile que ce pays est plus cultivé, plus structuré. [...] Un état-major administratif reproduit l’organisation de l’État occupé dans ses moindres détails ; il se pose sur lui à la manière d’un parasite. Cette relation fonctionne d’autant mieux qu’elle reste plus invisible, plus discrète. Cela implique que l’on mette des bornes raisonnables à l’exploitation. En se cantonnant à l’intérieur de ces limites, on peut même dans une certaine mesure compter sur le soutien du vaincu, lequel souhaite de son côté éviter l’anarchie, les pillages et destructions, les violences et les famines.[36]

Le fonctionnement des administrations militaires et de leurs services

La politique d’occupation ne passait pas par une administration directe en Belgique et en France, mais par la collaboration (à un degré bien plus élevé en France où la collaboration d’État était la politique déclarée du gouvernement Pétain) des administrations nationales. L’administration allemande n’était qu’une administration dite « de surveillance » (Aufsichtsverwaltung)[37], qui se superposait en tant qu’échelon directeur à la pyramide hiérarchique des administrations belge et française. À cette fin, elle était dotée d’un organigramme partiellement calqué sur l’organisation des administrations qu’elle contrôlait[38].

Les administrations militaires d’occupation de Belgique et de France avaient des structures en grande partie similaires[39]. Elles étaient divisées en deux branches, une proprement militaire, l’autre administrative. Selon la terminologie militaire officielle, ces subdivisions étaient appelées « états-majors ». Le premier des deux, l’état-major de commandement (Kommandostab), portait son nom à bon droit, puisqu’il s’agissait effectivement d’un état-major militaire qui s’occupait des questions de sécurité, de renseignement et de police[40]. Pour désigner l’état-major administratif (Verwaltungsstab) par contre, de loin le plus important des deux par ses effectifs et l’étendue de ses tâches, l’étiquette semblait assez impropre, puisque cet « état-major » était en fait un vaste appareil administratif[41]. L’état-major administratif comprenait trois grandes sections (Abteilungen) : une section centrale (Zentralabteilung[42]), qui faisait fonctions de cabinet du chef de l’état-major administratif, s’occupant également de la coordination des services et de la gestion des personnels ; une section administrative (Verwaltungsabteilung), responsable de tous les aspects de l’administration du pays occupé autres qu’économiques ; et enfin la section économique (Wirtschaftsabteilung), la plus importante, qui s’occupait exclusivement de la gestion et de l’exploitation économiques.

Conformément à sa vocation, l’état-major de commandement était composé principalement de militaires de carrière. Le personnel de l’état-major administratif était, lui, majoritairement constitué de civils. Mobilisés au titre de la guerre ou mis à disposition par leurs administrations d’origine, ces civils y effectuaient un service qui leur tenait lieu de service militaire, mais n’était pas considéré comme un service militaire actif. Ils recevaient des uniformes et des grades militaires spécifiques, mais qui les défavorisaient comparativement aux militaires de carrière. Des administrateurs de haut rang issus des administrations centrales pouvaient se trouver ainsi inférieurs en rang à des officiers de carrière de rang moyen, qu’ils écrasaient pourtant de leur compétence. Les relations au sein des services s’en ressentaient parfois. Le plus souvent professionnels de la spécialité dont ils avaient à s’occuper au sein de l’administration militaire (inspecteurs des douanes pour le service dit de protection des devises, universitaires pour les affaires culturelles et scolaires, archivistes pour le service de protection des archives, fonctionnaires du ministère de l’Économie du Reich, pour ne donner que quelques exemples[43]), ces hommes offraient l’avantage de la compétence technique. Mais cet avantage se doublait d’un inconvénient, tout aussi considérable : se sachant mobilisés pour la période de la guerre seulement, bon nombre de ces conseillers d’administration militaire continuaient d’entretenir des liens étroits avec leurs administrations d’origine, en vue de ménager leur carrière ultérieure au sein de celles-ci. Ils étaient par conséquent l’œil de leur ancien ministre de tutelle, au lieu d’être les fidèles exécutants du commandant militaire, leur supérieur hiérarchique. De ce fait, les empiètements des administrations centrales du Reich sur les prérogatives de ce dernier étaient facilités.

À côté des services centraux, le pouvoir d’occupation était exercé par des services extérieurs, implantés en province aux niveaux régional, d’arrondissement et local. En Belgique, les villes de Bruxelles, Hasselt, Gand, Liège, Mons accueillirent des Oberfeldkommandanturen (OFK), des Kommandanturen de région[44]. Aux niveaux inférieurs, il y eut les échelons de la Feldkommandantur (FK), de la Kreiskommandantur (Kommandantur d’arrondissement, KK), et aussi des Kommandanturen locales (Ortskommandanturen, OK), dans des localités dont l’importance justifiait cette présence. En France, Paris et le département de la Seine étaient placés sous l’autorité d’un Commandant du Grand Paris[45] ; par ailleurs, la zone occupée était divisée en districts d’administration militaire (Militärverwaltungsbezirke), dirigés par la Oberfeldkommandantur de leur chefs-lieux : la Région A (OFK 591 Saint-Germain-en-Laye) ; la région B (OFK 671 Angers) ; la région C (OFK 669 Dijon), et la région D (Bordeaux). Les chefs-lieux de département accueillirent systématiquement des FK, les chefs-lieux d’arrondissement des KK. L’ouverture d’un second front à l’Est, après l’attaque contre l’Union soviétique en 1941, obligea l’armée allemande à opérer de sérieuses réductions de personnel, qui entraînèrent un fort allègement du personnel des Kommandanturen et autres services extérieurs, de même qu’une réorganisation des districts d’administration militaire, appelés dès lors district Nord-Est (Dijon), district Nord-Ouest (Saint-Germain-en-Laye), district Sud-Ouest (Angers), le district de Bordeaux ayant disparu, rattaché à celui d’Angers[46]. L’occupation de la zone Sud à partir de 1942 aggrava la pénurie de personnel. Violation de l’armistice, elle fut justifié par de prétendues nécessités militaires. Afin de maintenir la fiction de la souveraineté du gouvernement de Vichy, le commandement de la zone Sud fut limité en apparence à sa mission purement opérationnelle (à travers l’appellation de son chef, Kommandant des Heeresgebiets Südfrankreich)[47]. Aussi, les services extérieurs furent-ils dénommés, par euphémisme, « états-majors de liaison » (Verbindungsstäbe)[48]. Dans la zone nouvellement occupée, l’administration militaire n’eut pas le temps de s’étoffer au même point que celle de la zone Nord, d’autant plus qu’elle en était de plus en plus réduite à parer au plus pressé : maintien de l’ordre et répression, organisation de l’économie, des tâches dont la difficulté s’accroissait chaque jour[49].

Ils n’est pas envisageable de présenter, dans le cadre de la présente introduction, la totalité des services ayant fonctionné à Bruxelles et à Paris. Nous nous limitons ici à quelques remarques et observations.

L’administration militaire allemande de Bruxelles et ses services

L’administration militaire allemande de Bruxelles fut dirigée de 1940 à 1944 par le même commandant militaire, le général Alexander von Falkenhausen. C’est seulement à l’extrême fin de l’occupation qu’il dut céder la place au Gauleiter Grohé, commissaire civil, qui n’eut pas le temps d’imprimer sa marque à l’administration de la Belgique, puisque le repli des services allemands dut commencer dès les premières semaines de sa nomination, devant l’approche des libérateurs alliés. Le chef de l’état-major administratif fut, tout au long de ces quatre années, Eggert Reeder, haut fonctionnaire de l’administration régionale dans le civil. Falkenhausen résista un peu mieux que son homologue de Paris aux prétentions des services concurrents (dont les appétits étaient certes plus féroces encore pour la zone d’occupation française). Le plus souvent, il obtenait que ces services acceptassent un minimum de coordination avec ses propres services. Il put même empêcher la nomination d’un chef supérieur de la SS et de la Police jusqu’au jour de son limogeage. Il est vrai que l’appartenance de son chef d’état-major administratif, Reeder, à la SS donnait les gages nécessaires à Himmler pour éviter que ce dernier ne se montrât plus exigeant[50].

De l’état-major de commandement de Falkenhausen, il ne subsiste aucune trace dans les fonds de la série AJ40, conservée aux Archives nationales à Paris, pas plus que des quatre premières subdivisions (appelées « Gruppen », « groupes ») de la section administrative[51]. On y trouve en revanche les archives de la section centrale, qui comportait aussi un service des statistiques. L’activité des groupes 5–11 et 15 de la section administrative est également documentée. Le groupe 5 (Volkstum) s’occupait de questions « ethniques » ; les dossiers conservés ont trait aux personnes ethniquement allemandes (Volksdeutsche), présentes en Belgique ; aux questions linguistiques ; et au séparatisme flamand (notamment, en région lilloise, le Vlaams Verbond van Frankrijk, encouragé à demi-mot par les Allemands)[52]. Le groupe 6 (Kultur) surveillait l’enseignement à tous les niveaux, de même que les institutions de recherche et la vie culturelle. Il s’agissait de traquer et de sanctionner les attitudes hostiles à l’occupation allemande, qu’elles fussent le fait d’enseignants ou d’élèves. Il y eut de nombreuses révocations. Les programmes et les manuels scolaires étaient surveillés et censurés. L’on cherchait également à promouvoir l’enseignement de la langue allemande et la diffusion de contenus pro-allemands. L’Université Libre de Bruxelles, un bastion de la pensée libérale, fut placée sous l’administration d’un commissaire allemand, le Pr. Walz, et dut accueillir les cours d’enseignants allemands importés du Reich, qui prenaient la place des nombreux professeurs révoqués. Des bureaux spécialisés s’occupaient du patrimoine culturel et des œuvres d’art (Kunstschutz), ou encore des archives et bibliothèques (Archivschutz). Les finalités de leur action relevaient, dans les deux cas, autant de la protection que de la mainmise sur ces biens[53]. Les questions de l’assistance sociale, instruites par le groupe 7 (Fürsorge), avaient une certaine importance dans un pays à l’économie fragilisée et désorganisée par la guerre, victime du blocus allié du fait de son incorporation forcée à l’Europe national-socialiste. En marge de son activité principale, ce service s’occupait aussi de l’entretien des tombes militaires allemandes de la guerre de 1914–1918. Le groupe 8 (Justiz, justice) n’a guère laissé de traces. Des dossiers épars attestent de l’activité des groupes 9 (circulation et transports) ; 10 (eaux et voies navigables) ; 11 (médecine et santé) ; 15 (voirie).

La plus grande partie des archives de l’administration militaire allemande en Belgique est constituée des archives de la section économique (Wirtschaftsabteilung). Elles reflètent la nature de la gestion du territoire pratiquée par l’occupant, faite de contrôle, d’appropriation et d’exploitation. Ce fut la partie essentielle de l’action de l’administration militaire. La section économique était divisée en groupes, subdivisés à leur tour en bureaux spécialisés. Le groupe I (Gewerbliche Wirtschaft) surveillait les entreprises industrielles et commerciales, classées par branches, et leur fonctionnement (particulièrement de celles qui étaient placées sous administration provisoire) ; il recensait les stocks de matières premières. Le groupe II (Mineralöl), se consacrant spécialement aux hydrocarbures et huiles minérales, les groupes IV (forêts et industrie du bois) et VI (besoins de l’économie en capacités de transport) n’ont laissé que peu de traces[54]. Le groupe VII (Arbeitseinsatz und Sozialwesen) était responsable de la mobilisation de la main-d’œuvre et des questions sociales concernant les travailleurs. Il faisait fonctions d’antenne des services de Fritz Sauckel pour la Belgique, c’est-à-dire que c’est ce groupe de la Militärverwaltung qui organisait les réquisitions de travailleurs. Le groupe IX s’occupait de la réglementation des prix, élément important de l’économie de guerre.

La partie la plus importante des archives de la section économique de Bruxelles émane du seul groupe XII (Feind- und Judenvermögen, biens ennemis et juifs)[55]. Il s’agit visiblement d’un aspect central de la politique d’occupation. Significativement, le contrôle des biens appartenant à des ressortissants des pays ennemis de l’Allemagne, et l’ « aryanisation » des biens appartenant à des juifs, faisaient l’objet d’un regroupement, ce qui exprime bien les vues idéologiques du régime. Dans les territoires occupés par eux, les Allemands cherchaient à atteindre les intérêts économiques de leurs adversaires et à s’en assurer le contrôle. Ressortissants des pays ennemis (c’est-à-dire Britanniques et ressortissants des pays du Commonwealth, puis Américains), qu’ils fussent personnes physiques ou morales, étaient tenus de déclarer leurs biens sis dans le territoire contrôlé par l’administration militaire allemande. Ces biens étaient dès lors bloqués, leurs propriétaires ne pouvaient plus en disposer, et ils pouvaient être confiés à des administrateurs provisoires, surtout s’il s’agissait d’entreprises importantes, ou si l’administration provisoire servait les intérêts allemands, parce qu’elle permettait de mettre les fonds et actifs des entreprises séquestrées à la disposition des entreprises allemandes, ou de faciliter les projets d’acquisition et de fusion souhaités par ces dernières. Il n’était généralement pas prévu de liquider les biens ennemis placés sous administration provisoire, sauf si leurs propriétaires ou actionnaires étaient en même temps Juifs. Les ressortissants « ennemis » devaient déclarer leurs biens ; toutes les entreprises à participation étrangère devaient fournir la liste de leurs principaux actionnaires (permettant de déterminer si elles tombaient sous la catégorie « ennemis » ou non) et déclarer leurs dettes et créances extérieures. Les biens des ressortissants états-uniens ne furent recensés qu’après la fin de la neutralité américaine en 1941, c’est pourquoi leur liste figure à part dans les archives de la section. Parmi celles-ci, la plus large place est cependant occupée par les mesures relatives à la persécution des Juifs. Dans deux listes d’abord, figurent les Juifs de nationalité allemande et ceux de nationalité polonaise résidant en Belgique ou y ayant trouvé temporairement un refuge avant la guerre, qui durent faire la déclaration de tous leurs biens, propriétés mobilières et immobilières, obligations et créances, mais aussi de leur mobilier, garde-robe et menus effets personnels. Ces déclarations précédèrent de peu la déportation des personnes concernées à partir de 1942. Ensuite, il y a plus d’une cinquantaine de cotes avec les listes, classées par branches d’activités, des entreprises juives, tenues de se déclarer dès 1940. C’étaient dans la très grande majorité des cas des petits commerces ou de petites entreprises artisanales, ce qui n’empêchait pas la présence de quelques grosses affaires. Ultérieurement, ils furent mis en liquidation forcée par ordre du Militärbefehlshaber. Seules les affaires jugées « intéressantes » furent laissées en vie, expropriées et vendues. La persécution, la spoliation et le génocide étaient mis en œuvre avec tranquillité et minutie par des bureaucrates portant l’uniforme militaire, dont une partie seulement appartenait au Parti national-socialiste. En effet, à Bruxelles, c’est l’administration militaire allemande seule qui exécutait ce plan, puisque les secrétaires généraux des administrations belges refusaient leur concours ; il n’y eut aucune structure comparable au Commissariat général aux questions juives français.

L’administration militaire allemande de Paris et ses services

En France, il y eut une pluralité de titulaires de la responsabilité de Militärbefehlshaber, et il y eut également un changement dans la direction de la branche administrative de l’administration militaire. Pendant les premiers mois après l’armistice, le Commandant en chef de l’armée de terre en personne, Generalfeldmarschall Walther von Brauchitsch, assuma en même temps la responsabilité de la France occupée, se partageant entre son GQG de Fontainebleau et l’Hôtel Majestic à Paris. Sous l’autorité de Brauchitsch, la direction de l’administration militaire incomba au général Alfred Streccius. Le 25 octobre, lors du retour de l’OKH à Berlin, c’est le général Otto von Stülpnagel qui fut nommé Militärbefehlshaber in Frankreich, et la direction de l’état-major administratif fut confiée à l’ancien ministre wurtembergeois, Jonathan Schmid. Derrière Schmid se profilaient rapidement les deux hommes forts de l’administration militaire de Paris : le chef de la section administrative (de 1940 à 1942), Werner Best[56] ; le chef de la section économique (de 1940 à 1944), Elmar Michel, qui devint en 1942 également chef de l’état-major administratif (à partir de 1943 avec le titre de « chef de l’administration militaire), responsabilités avec lesquelles il cumula encore sa mission de « Commissaire allemand aux devises et au commerce extérieur ». Otto von Stülpnagel présenta sa démission[57] et fut remplacé par son cousin, le général Carl-Heinrich von Stülpnagel, le 20 février 1942. Lors de ce remplacement, le MBF fut privé de ses prérogatives en matière de maintien de sécurité et de répression au profit du HSSPF, le général SS Carl-Albrecht Oberg[58]. Le deuxième commandant de la famille des Stülpnagel perdit sa charge et sa vie en 1944, suite à sa participation au complot des officiers contre Hitler, dans lequel étaient aussi impliqués beaucoup d’officiers en poste auprès de lui. Son successeur fut le général Kitzinger, nommé le 22 juillet 1944, qui dut évacuer Paris dès le 18 août 1944.

L’état-major de commandement centralisait les renseignements et dressait des rapports sur la situation en France occupée ; il s’occupait également, avant 1942, du maintien de l’ordre et de la coordination des différentes forces de police. Au sein de l’état-major administratif, la section centrale (Zentralabteilung) était responsable de l’organisation des services et de la gestion des personnels militaires et civils, tant allemands que français. Le rôle principal de la section administrative (Verwaltungsabteilung) était le contrôle de l’administration française, étant donné que c’est cette dernière qui continuait de gérer le territoire. L’action du gouvernement de Vichy, la moindre de ses décisions étaient surveillées étroitement. En zone occupée, les actes du gouvernement français avaient de toute façon besoin de l’approbation des autorités allemandes pour être valides. Les Allemands surveillaient également de près les nominations de fonctionnaires de l’administration et de la police à tous les niveaux, particulièrement au niveau départemental[59]. Ils imposaient des nominations et en refusaient d’autres ; ils demandaient et obtenaient la révocation ou le déplacement de tous ceux qui leur avaient déplu. Les fonctionnaires d’autorité français étaient régulièrement notés par les services allemands, qui se constituaient ainsi un fichier qui leur permettait de composer un mouvement préfectoral à leur guise. La surveillance de l’occupant s’exerçait également sur les assemblées élues, municipalités, maires, adjoints. Enfin, la vie politique, associative et syndicale était suivie avec attention[60]. Cette dernière forme de la surveillance allemande était du ressort du groupe V.2 police (Polizei), qui en 1942, après la démission de Otto von Stülpnagel fut transféré sous la responsabilité de la SS. Le groupe V.2 s’occupait aussi de la sécurité des Volksdeutsche (personnes réputées ethniquement allemandes) dans le territoire occupé... et last but not least de la surveillance des ressortissants allemands autres que les membres des autorités d’occupation, qui y séjournaient.

Les différentes branches de l’administration civile française faisaient l’objet d’un suivi par des bureaux spécialisés. Le groupe V.4 de la section administrative par exemple, dédié à l’enseignement et aux affaires culturelles (Schule und Kultur). Elle avait pour interlocuteur, côté français, le Secrétariat d’État à l’Éducation nationale et à la Jeunesse. Il surveillait l’enseignement à tous les niveaux, et la recherche. Il contrôlait et censurait les contenus d’enseignement et les livres scolaires, traquant partout des tendances « anti-allemandes ». Il exerçait, pour les établissements de l’Éducation nationale situés en zone occupée, un contrôle administratif étroit, notamment pour les nominations de professeurs des universités et personnels d’inspection et de direction, et en matière disciplinaire. En effet, il y eut de nombreuses arrestations et sanctions, au motif d’attitudes « anti-allemandes » manifestées par les fonctionnaires incriminés, ou d’activités résistantes. La surveillance n’épargnait pas non plus les élèves, et les archives font état d’incidents qui éclatèrent dans les établissements d’enseignement du fait de manifestations patriotiques de la part des élèves[61]. Ces incidents provoquèrent l’intervention des autorités allemandes et furent parfois suivis de condamnations à mort. La surveillance exercée sur les institutions de recherche s’accompagnait de l’appropriation de matériel et de contenus scientifiques[62].

Au sein du groupe V.4, un bureau particulier était en charge des bibliothèques, dénommé Bibliothekenschutz, « protection des bibliothèques ». Sa mission ne se limitait pas à la « protection » ni à l’exercice de la tutelle administrative sur les bibliothèques. Il était en même temps chargé de profiter de l’autorité exercée au titre de l’Occupation, afin de pénétrer à l’intérieur des bibliothèques et d’inventorier leurs collections, livres et manuscrits. Une fois ce travail effectué, des « listes de revendications » (Forderungslisten) étaient prêtes, afin de transférer dans le Reich tous les ouvrages et manuscrits qui étaient entrés dans les collections depuis l’époque de Louis XIV en provenance de pays allemands, et même tous ceux qui, sans être d’origine allemande, présentaient un intérêt pour l’histoire allemande. De plus, le Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, l’« état-major d’intervention » d’Alfred Rosenberg[63] souhaitait prélever les ouvrages relatifs au judaïsme et à la franc-maçonnerie, destinés à servir à des fins d’études dans la bibliothèque de sa future « Haute École ». Rien qu’à cet exemple, on constate à quel point, dans l’administration d’occupation allemande, les contraintes propres à l’Occupation, et les objectifs idéologiques sont inextricablement mêlés. Le cadre des « droits de la puissance occupante » stipulé par l’Armistice, à moins de solliciter cette notion imprécise jusqu’à l’absurde, était largement dépassé.

Il en était de même avec l’action du groupe V.13, consacrée aux Archives (Archivwesen)[64]. Certes, au début de l’Occupation, ce service avait joué un réel rôle de protection des archives françaises, en procurant aux autorités françaises les moyens matériels nécessaires au rapatriement des quantités très importantes d’archives évacuées pendant la campagne militaire de l’été 1940, qui étaient éparpillées dans des sites nombreux et entreposées dans des conditions souvent dangereuses pour la conservation des documents. Passée cette phase pourtant, le rôle de la mission allemande des archives était analogue à celui du service des bibliothèques : exercice de la tutelle sur les archives nationales[65] et départementales, avec tournées d’inspection ; puis l’inventorisation des fonds, y compris par une vaste campagne de reproduction photographique de documents, en vue de traiter les demandes de « restitutions » des Forderungslisten[66]. Doté initialement de forts moyens en personnel (outre Georg Schnath, son directeur, le service comptait quinze archivistes, quatre photographes et deux secrétaires), le Groupe des Archives vit ses effectifs fortement réduits à partir de 1942, et il n’était jamais question qu’il étendît son action à la zone Sud (qui ne dépendait d’ailleurs pas du MBF, comme nous l’avons vu)[67].

À travers l’action du groupe V.14 enfin, le groupe dit de « protection des œuvres d’art » (Kunstschutz), on saisit de façon exemplaire l’imbrication des différents aspects de l’Occupation national-socialiste, son aspiration à l’hégémonie idéologique et culturelle autant que son caractère polycratique... et cleptocratique ! Ce service était responsable du patrimoine culturel et artistique. Il s’occupait de la gestion des monuments historiques, mais plus encore du recensement des œuvres d’art, s’intéressant tant aux collections publiques qu’aux œuvres appartenant à des particuliers. Il était secondé dans sa tâche par certains collaborateurs de l’Institut allemand de Paris[68]. Ses travaux ne pouvaient donc qu’intéresser au plus haut point les gens de l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, lesquels avaient reçu pour mission d’enquêter sur la communauté juive et les milieux francs-maçons et interprétaient cette mission dans le sens d’un droit de confiscation des patrimoines privés appartenant à des Juifs, notamment lorsqu’ils trouvèrent des appartements abandonnés par leurs propriétaires à l’approche des troupes allemandes[69]. Il y avait ensuite ce service relevant du Plan quadriennal, le Devisenschutzkommando, qui enquêtait sur les contenus des coffres bancaires de la zone occupée, établissant une photographie précise des patrimoines conservés dans les coffres, œuvres d’art comprises[70].

Il y avait enfin un des plus hauts personnages du Troisième Reich, collectionneur d’art à la gourmandise sans limites : Hermann Göring. Ce dernier s’était renseigné par les moyens les plus divers – des renseignements pris auprès de membres des différents services allemands (dont le docteur Hermann Bunjes de l’Institut allemand[71]), mais aussi des enquêteurs privés – sur les œuvres qui pouvaient l’intéresser. Les bureaux du Kunstschutz essayaient de s’opposer aux appétits de Göring, car s’ils estimaient eux aussi que les trésors artistiques du pays devaient être à la discrétion du vainqueur, ils n’en considéraient pas moins, en bons administrateurs, que les biens en question devaient rester dans la circonscription territoriale dont ils étaient responsable. Mais trop bien informé, le Maréchal du Reich alla droit au but et emmena avec lui, par train spécial, un grand nombre d’œuvres confisquées, qui étaient entreposées au musée Jeu de Paume[72].

Au centre de l’activité de la Militärverwaltung de Paris, se trouvait incontestablement la section économique. Tant il est vrai que sa mission se trouvait de plus en plus concentrée sur l’exploitation économique du territoire occupé, puisque la lutte contre la Résistance et la poursuite des opérations militaires étaient dévolues à d’autres institutions. L’application de toutes mesures d’ordre revenait à la seule Militärverwaltung (du moins en théorie), mais non pas leur définition, et elle devait tenir compte de multiples directives, souvent contradictoires, des administrations à caractère économique du Reich : le Ministère de l’Économie, le Plan quadriennal, le Ministère de l’Armement, l’office du « plénipotentiaire général pour réquisition de la main-d’œuvre », ou encore l’« Office principal pour l’économie et l’administration de la SS » (SS-Wirtschafts- und Verwaltungshauptamt), etc. l’énumération est non limitative.

Parmi les objectifs économiques de l’administration allemande, ce qu’on appelait l’« aryanisation » de l’économie, c’est-à-dire l’élimination des Juifs du processus économique et la spoliation de leurs biens, était un des axes prioritaires[73]. C’était le domaine du premier bureau du premier groupe de la section économique, le bureau Wi I.1, intitulé Entjudung der Wirtschaft. Le service veilla à l’application des mesures d’« aryanisation ». En effet, toute entreprise appartenant à des Juifs ou dans laquelle des Juifs détenaient des participations, devait être placée sous administration provisoire, puis liquidée ou vendue. À cette fin, le MBF provoqua d’abord la création, par la délégation du gouvernement de Vichy en zone occupée, d’un Service de contrôle des administrateurs provisoires (en décembre 1940)[74]. Le SCAP fut ensuite rattaché au Commissariat général aux questions juives, créé le 29 mars 1941[75]. C’était ensuite le CGQJ qui traita la grande majorité des dossiers d’« aryanisation ». Le bureau Wi I.1 du MBF se contentait de contrôler ce travail en déléguant un représentant allemand auprès du CGQJ[76]. Il se réservait le traitement de quelques affaires particulières. Le travail était partagé, le butin aussi. Les biens spoliés des Juifs français ou apatrides étaient liquidés au profit de l’État français, tandis que les biens des Juifs ressortissants des territoires appartenant au Grand Reich ou sous domination allemande (Juifs allemands, autrichiens, polonais, ...), échurent au Reich. Un banquier, Ferdinand Niedermeyer, fut nommé Commissaire pour la liquidation de ces biens au profit de l’Allemagne[77].

Le deuxième bureau du groupe, le bureau Wi I.2, était chargé de la gestion des « biens ennemis » (Feindvermögen). Le régime applicable à ces biens, tel que les ordonnances du MBF l’avaient instauré, était essentiellement le même que celui de la Belgique occupée, que nous avons évoqué plus haut. Toutes les personnes concernées, physiques ou morales, qui étaient ressortissants ou résidants habituels des pays ennemis de l’Allemagne et lesquels, soit se trouvaient en zone occupée, soit y avaient des propriétés mobilières ou immobilières, étaient tenues de déclarer leurs biens (au-delà d’un seuil de 10 000 Francs) auprès des autorités allemandes. En l’absence des propriétaires, la déclaration devait être effectuée par les gestionnaires des biens, administrateurs d’immeubles, banques ou assurances gérantes de portefeuilles, par exemple. En fonction des différentes situations, les déclarations étaient effectuées sur des formulaires différents et classées en plusieurs rubriques. Dans les fonds d’archives on y distingue : déclarations de ressortissants étrangers (en majorité britanniques) ayant des biens en France (formulaire A) ; déclarations de sociétés françaises à participation étrangère (formulaire B) ; déclarations de personnes ou sociétés ayant des dettes envers un ennemi (formulaire C) ; déclarations de biens américains en France (formulaire C) ; déclarations de ressortissants étrangers séjournant à l’intérieur de la France (formulaire GR).

Les biens ennemis déclarés furent placés sous l’autorité d’administrateurs provisoires, en règle générale des Allemands[78]. La gestion des dossiers d’administration provisoire des entreprises reprit le plan de classement des déclarations. Ces dossiers, sans être forcément tous très riches, constituent néanmoins une masse d’informations considérable pour l’histoire économique de l’Occupation. La signification des mesures prises à l’encontre des « biens ennemis » mérite d’être soulignée. Sous prétexte du contrôle des intérêts économiques de l’ennemi en zone occupée, la politique allemande ouvrit une large brèche à travers laquelle pouvait s’infiltrer la mainmise impérialiste de l’économie allemande. D’importants capitaux étaient gérés par les Allemands et pouvaient être affectés par eux à des investissements de leur choix[79]. Il était également possible d’orienter le développement des entreprises sous administration provisoire dans un sens favorable aux intérêts allemands (y compris les intérêts des concurrentes allemandes de l’entreprise concernée[80]). Les nombreuses participations étrangères dans des entreprises françaises furent obligatoirement liquidées et très souvent acquises par des entreprises allemandes désireuses de prendre le contrôle de ces entreprises, dans des conditions fixées par une administration militaire qui n’avait certainement pas pour consigne de défavoriser les compétiteurs allemands ! Par ailleurs, le contrôle de la gestion des administrateurs provisoires était confié au « Service fiduciaire et de contrôle comptable dans le ressort du MBF » (Treuhand- und Revisionsstelle im Bereich des MBF), filiale de la Treuhandgesellschaft[81] de Berlin, une société d’expertise comptable. La Treuhand- und Revisionsstelle recevait les comptes arrêtés par les administrateurs provisoires et encaissait auprès des entreprises les frais d’administration pour les reverser aux administrateurs à titre de rémunération.

C’est le potentiel économique français tout entier qui fut mis à la disposition de l’occupant. En effet, l’économie française, du fait de la conquête allemande et du blocus allié, se trouvait coupée des marchés extérieurs autres que ceux du « grand espace économique allemand », et donc obligatoirement orientée vers les échanges avec l’Allemagne. Les autorités d’occupation firent tout pour accompagner et renforcer ce processus. Après une période très difficile dans les premiers mois qui suivirent l’armistice, marquée par les pillages de matières premières et de matériels par les Allemands, la désorganisation de la production, puis le chômage des démobilisés, une relative consolidation de la production eut lieu. Mais dans une mesure croissante, les commandes étaient allemandes – payées, il est vrai, avec l’argent français prélevé au titre des « frais d’occupation ». Les entreprises françaises ne fournissaient pas seulement des matières premières et des produits finis, mais étaient de plus en plus intégrées aux filières de production allemandes. Un organisme indépendant du MBF (la Zentralauftragsstelle für West, « Office central pour la répartition des commandes à l’Ouest »[82]), travaillant pour le compte des instances corporatives de l’industrie allemande, s’employait à répartir des commandes d’industriels allemands, entre les entreprises françaises, avec l’assistance de l’administration militaire qui conservait un droit de regard. Cette dernière classa les entreprises en différentes catégories selon la nature de leur activité. Par exemple, des entreprises qui travaillaient principalement pour l’armement allemand furent classé Rü-Betriebe ; celles qui devaient bénéficier d’approvisionnements prioritaires, V-Betriebe. Après les accords Speer-Bichelonne de 1943, des entreprises travaillant entièrement pour le compte de l’Allemagne reçurent l’étiquette S-Betriebe qui les mit à l’abri de toute réquisition de main-d’œuvre de la part des services de Sauckel. L’ensemble de la réglementation et de la direction de la production était de la responsabilité du groupe Wi II, « Gewerbliche Wirtschaft » (« économie industrielle et commerciale »)[83].

Un autre volet important de la politique économique de l’occupant était constitué par l’action du service Wi V, compétent pour le commerce extérieur, la circulation monétaire et les assurances. Le bureau Wi V.1 surveillait l’évolution des prix, la circulation des devises, les mouvements de capitaux, les paiements par compensation (clearing). Le bureau Wi V.2 exerçait notamment la tutelle, au nom du MBF, sur les banques et les assurances. La tutelle (Bankenaufsicht) s’exerçait tant sur la Banque de France[84] que sur les banques françaises et étrangères. L’« aryanisation » des banques et maisons de courtage juives fut suivie avec une attention particulière, les dossiers remontaient du CGQJ à l’Hôtel Majestic[85]. Le service était en relation avec l’organisme corporatif des assurances allemandes, le Reichsgruppe Versicherungen, auquel il chercha à ouvrir la porte du marché français, en organisant des prises de participations, ou par le biais du marché des réassurances.

Autre pièce maîtresse du dispositif économique de l’Occupation, enfin : la gestion de la main-d’œuvre. Les tentatives faites pour répartir la main-d’œuvre au mieux des intérêts de la production dans le pays, furent ensuite déréglées par la réquisition massive de travailleurs à destination des lieux de production situés dans le Reich, à travers le Service du Travail obligatoire (STO)[86]. Différents procédés de recrutement furent essayés : le volontariat, la « Relève », les deux sans succès ; puis la contrainte brutale. Les salaires pratiqués à l’intérieur de la zone d’occupation étaient réglementés ; ils devaient toujours rester moins élevés que les salaires pratiqués en Allemagne, afin de donner une incitation au départ. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, l’établissement des priorités dans l’attribution prêtait à controverses. Les questions de main-d’œuvre relevèrent d’abord de la responsabilité du service Wi VII, Arbeitseinsatz und Sozialfragen (« requisition de main-d’œuvre et questions sociales »), puis fut constitué un service à part entière, la Hauptabteilung Arbeit, pour les questions du STO. Pendant ce temps, les services du GBA Fritz Sauckel avaient constamment travaillé en se passant de l’intermédiaire de l’administration militaire.

Parmi les services, il convient également de mentionner la division Wi VI (intégrée en 1942 à Wi I, en devenant le bureau Wi I.4). Elle était responsable de la gestion des capacités de transports, tâche importante, tant pour les besoins de l’économie que pour la logistique de l’armée – et les déportations, à ne pas oublier[87].

Autres services de l’occupation allemande en France

Dans la sous-série AJ40 des Archives nationales à Paris aussi bien que dans les fonds conservés au département militaire des Archives fédérales (Bundesarchiv-Militärarchiv) à Fribourg-en-Brisgau un certain nombre de services figurent à part, soit parce qu’ils ne relevaient pas de l’administration militaire au sens étroit (le champ de compétences du Verwaltungsstab), soit parce qu’ils étaient formellement indépendants du MBF.

Le service de la propagande était formellement un service de l’armée, mais fut en réalité dirigé par le Ministère de la Propagande du Reich, sous les ordres de Joseph Goebbels. Pour chaque pays occupé, était créé une Propaganda-Abteilung, section de la propagande. La Propaganda-Abteilung de France, dirigée par le Major Schmidtke, était un service pléthorique, appuyé sur des services extérieurs au niveau local, à Paris et dans quelques grandes villes de province[88]. La propagande allemande cherchait à créer un courant d’opinion favorable à l’Allemagne et hostile aux Alliés, avec l’anticommunisme et l’antisémitisme amalgamés comme clé de voûte. Des « échanges culturels » franco-allemands furent également organisés, conviant intellectuels et artistes français au voyage d’Allemagne[89]. Dans l’ensemble, la propagande allemande connut un cuisant échec. Mais à défaut de convaincre l’opinion française, il fallait toujours la contrôler, et ce fut l’autre tâche principale de ce service. Des groupes spécialisés en son sein se consacraient aux théâtres, au cinéma[90], à la littérature, à la presse et à la radio. Auteurs de théâtre et acteurs anti-allemands et juifs furent éliminés des programmes ; la Filmprüfstelle délivrait les visas d’exploitation des films après censure. Un véritable « index » de livres indésirables, anti-allemands ou idéologiquement incorrects, fut établi : la fameuse « Liste Otto »[91]. Sur la base de cette liste, constamment mise à jour, toutes les bibliothèques et librairies de Paris furent épurées. Le groupe de la presse censurait les journaux et leur donnait les communiqués et articles à publier obligatoirement. Il réglait également les attributions de papier aux journaux de Paris et de province, autre arme de censure, et éditait un service de presse. Le Groupe Radio (Gruppe Rundfunk) élaborait la propagande radiophonique. À relever notamment les causeries radiophoniques dites « du Dr Friedrich » (« Un journaliste allemand vous parle »), œuvre du Sonderführer Dambmann, et des émissions de propagande destinées au pays arabophones. La Propaganda-Abteilung eut pour concurrent l’« ambassade » d’Otto Abetz, qui entretenait sa propre officine de propagande, suivant ses propres visées politiques. Les archives du Service de traduction de l’Ambassade[92] illustrent l’activité de ce service qui traduit en français des ouvrages de propagande, mais suscite ou encourage également la rédaction en français de tels ouvrages. Il entretient des liens avec les formations collaborationnistes françaises, et édite un service d’information.

De 1941 à 1943, furent mis en place, en deux étapes, les services du « Commissaire allemand aux devises et au commerce extérieur »[93], après de longues querelles entre Hemmen, le MBF, le Plan quadriennal et les autorités françaises[94]. L’idée initiale avait été de créer un rouage qui permettrait d’harmoniser les réglementations économiques des zones occupée et non occupée, évidemment dans le sens des intérêts allemands. Mais le gouvernement français résista. Le service du Commissaire, tel qu’il fut finalement créé, n’avait qu’un droit de remontrance à l’égard des mesures du gouvernement français, sans pouvoir donner des directives aux administrations françaises. Il n’était pas non plus indépendant, mais devait rendre des comptes au Ministère de l’Économie du Reich et au Plan quadriennal. Le « Commissaire allemand aux devises et au commerce extérieur » ne relevait pas de l’organigramme de l’administration militaire, mais le titulaire du poste fut le propre chef de cette dernière, Elmar Michel.

Un service très important, relevant du Plan quadriennal, mais qui travaillait en concertation avec l’administration militaire, était le service d’enquête financière, appelé dans le style de l’époque « commando de protection des devises » (Devisenschutzkommando, DSK). Il était composé essentiellement d’inspecteurs détachés des douanes allemandes. L’occupant souhaitait prendre sous son contrôle la totalité des réserves de devises de la France, ainsi que les avoirs français à l’étranger. Dès le 14 juin 1940, tous les avoirs et coffres-forts furent bloqués. Il était interdit de faire sortir à l’étranger ou en zone non occupée toutes sortes de moyens de paiement, titres et valeurs ou devises. Les créances et dettes envers un étranger et la détention de devises étaient soumis au contrôle et à l’autorisation de l’administration militaire, d’où l’obligation de les déclarer. L’achat ou la vente de titres et actions non français était interdites. Les banques devaient remettre aux autorités allemandes l’état de toutes les valeurs, devises et objets précieux conservés par elles, accompagné d’un état de tous les clients locataires de coffres bancaires. Les coffres bancaires furent déclarés bloqués dès le premier jour de l’Occupation, puis vérifiés à partir de juillet 1941 et pendant plus de deux ans par les soins du Devisenschutzkommando, dans le cadre d’une enquête gigantesque. Agence par agence, les clients furent convoqués collectivement, les coffres ouverts et inventoriés en leur présence par un tandem d’inspecteurs du DSK[95]. L’or, les devises et les titres étrangers furent bloqués par les inspecteurs : ils ne furent pas expropriés, mais leurs propriétaires ne pouvaient plus en disposer autrement qu’en les offrant à l’achat par la Reichskreditkasse allemande[96]. Les collections d’œuvres d’art conservées dans les coffres-forts restaient également bloquées jusqu’à ce que leurs propriétaires prouvassent qu’ils n’étaient pas Juifs – sinon les œuvres d’art en question étaient remises aussitôt par les DSK à l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg. Par ailleurs, les enquêtes du DSK allaient grandement faciliter la spoliation généralisée des Juifs mise en œuvre par la suite. En 1942, les banques durent déclarer séparément les comptes « allemands », c’est-à-dire appartenant à des ressortissants du Grand Reich ou d’un des pays sous son contrôle : Alsaciens, Belges, Danois, Hollandais, Luxembourgeois, Polonais, Tchèques[97].

Dès le début de la campagne militaire à l’Ouest, en mai 1940, les Allemands avaient créé dans les territoires occupés des Reichskreditkassen (RKK), « caisses de crédit du Reich », des établissements publics jouissant de l’autonomie financière[98]. Il y avait des établissements centraux de la RKK à Bruxelles et à Paris, et des succursales RKK dans des villes de province. La RKK devait comptabiliser les frais d’occupation, approvisionner les troupes allemandes en devises, et prendre en charge l’or et les devises achetés ou confisqués par les autorités allemandes, afin de les revendre à la Reichsbank (banque centrale du Reich) au cours officiel. En outre, la RKK recevait et réglait les Reichskreditkassenscheine, une sorte de bons de réquisition retirés de la circulation et présentés par la Banque de France. La RKK observe d’abord une procédure strictement centralisée : pour approvisionner en devises et argent les RKK locales sollicitées par les divers corps de troupe, elle était seule habilitée à tirer des chèques sur les comptes allemands à la Banque de France. Visés par la Banque de France, ces chèques étaient envoyés aux RKK locales qui les présentaient aux succursales locales de la Banque de France, lesquelles devaient les honorer. Lourde et lente, cette procédure fut ensuite modifiée. Les besoins de la Wehrmacht étaient calculés par la Caisse centrale des virements de l’armée (Heeresüberweisungskasse), laquelle en saisissait la RKK. Cette dernière les imputait sur les comptes allemands A (dépenses diverses) ou B (frais d’occupation proprement dits) et transmettait les chèques correspondants à la Banque de France, qui débitait les sommes sur le compte allemand n° 8 et faisait effectuer le paiement en espèces par ses succursales. Dans la pratique, on retint une procédure plus simplifiée encore : les unités militaires se faisaient payer immédiatement par les succursales locales de la Banque de France après avis favorable de l’échelon départemental de la Heeresüberweisungskasse. La Heeresüberweisungskasse en avisait la RKK Paris ; les succursales de la Banque de France avisaient le siège ; et les dossiers étaient finalement régularisés par la RKK et la Banque de France sur le compte n° 8[99].

À côté de ces grands services, existait une pléthore de services divers et variés, par exemple une Agence du Reich pour l’équarrissage[100], un bureau extérieur des services d’armement de l’OKH (assez largement supplantés par les services du Ministère de l’Armement d’Albert Speer)[101], ou encore la Zentralauftragsstelle für West, déjà mentionnée. On y trouve également quelques bribes des archives de la Chambre de commerce allemande à Paris, de quelques représentations de lobbies économiques allemands dans la capitale, des bureaux qu’entretenaient les journaux allemands à Paris. Des formes très variées d’une présence littéralement envahissante...

Les commissions d’armistice et les inspections de contrôle

Le rôle des commissions d’armistice dans l’application des conventions d’armistice a déjà été évoqué. Elles furent un des principaux lieux des discussions entre les gouvernements des occupants et de l’occupé. Pendant toute la durée des occupations allemande et italienne, la situation dans les territoires occupés, les problèmes qui s’y posaient et les incidents qui s’y produisirent furent discutés au sein de ces commissions. Représenté par des délégués, le MBF recevait aussi régulièrement tous les rapports des différentes sous-commissions et instance de la Délégation allemande près la commission d’armistice[102]. La même routine existait en ce qui concerne les rapports des inspections de contrôle à Bourges et celle envoyée par les Allemands dans les territoires français en Afrique du Nord[103].

Le Parti national-socialiste en Alsace

Annexée au Reich, l’Alsace avait été placée sous administration civile dirigée par le Gauleiter Robert Wagner (puis son successeur Röhn), dans une circonscription régionale (Gau) nouvellement créée, qui fusionna l’Alsace avec la région allemande limitrophe de Bade[104]. La nouvelle circonscription du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Arbeiterpartei Deutschlands, NSDAP) s’appelait Gau Baden-Elsaß (Gau de Bade et d’Alsace). Le Gauleiter élut domicile à Strasbourg, mais la plupart de ses services demeurèrent à Karlsruhe, chef-lieu de l’ancien Gau de Bade. C’était le cas notamment du puissant Gaustabsamt (Office d’état-major du Gau), qui triait sur le volet les candidatures à des emplois administratifs dans la nouvelle partie alsacienne du Gau. Car bien évidemment, tous les postes importants étaient pourvus par des Reichsdeutsche (Allemands du Reich) et non par des Alsaciens[105]. Wagner s’efforça bien de mettre en place l’organisation du NSDAP en Alsace et de la faire vivre par la formation de cadres alsaciens du Parti, à travers la création du Elsässischer Hilfsdienst (Service auxiliaire alsacien). Mais une inégalité fondamentale persistait entre Allemands du Reich et Alsaciens. Ces derniers furent une nouvelle fois réclamés pour la nation allemande et annexés, mais traités en colonisés, juste bon à servir dans le Reichsarbeitsdienst (Service du travail du Reich) et dans l’armée. Les archives du Gau de Bade et d’Alsace du NSDAP furent saisies par les Français après 1945. Elles montrent l’implantation du Parti et des nombreuses organisations annexes en Alsace, les manifestations politiques organisées par le Parti, mais aussi différents aspects de l’administration quotidienne des deux côtés du Rhin[106]. On y trouve également des informations sur les adhérents (fichier du Service des adhésions) et les permanents du NSDAP. On y apprend notamment que les cadres du NSDAP, de la SS et de la SA se faisaient assez souvent mettre en affectation spéciale (UK-Stellung[107]), plutôt que de servir dans l’armée.

Conclusion

Malgré les pertes subvies à la fin de la guerre nous disposions aujourd’hui d’une masse documentaire importante qui nous renseigne sur l’occupation allemande de la Belgique et de la France entre 1940 et 1944; elle est encore loin d’avoir été exploitée exhaustivement par la recherche historique. La partie des fonds allemands conservés dans les archives en France est cependant de moindre importance quantitative que les archives correspondantes conservées à Fribourg-en-Brisgau, au département militaire des Archives fédérales.

Les Archives de la sous-série AJ40 dans les Archives nationales sont assez incomplètes en ce qui concerne les affaires de commandement, la sécurité, la répression. Elles sont bien plus riches pour tous les aspects économiques de l’Occupation, leur principal intérêt résidant là. Mais, à la comparaison, on est frappé de constater à quel point les archives de Paris et de Fribourg semblent complémentaires, car pour un grand nombre de services, il existe des fonds – de composition différente – des deux côtés. À l’heure où les inventaires de Fribourg et de la sous-série AJ40 de Paris deviennent accessibles au public sous forme de publications doté d’index[108], l’exploitation de ces archives historiques devrait faire de grands progrès. Les sous-séries AJ38, AJ40 et AJ41 des Archives nationales, jointes aux archives militaires de Fribourg-en-Brisgau, forment un ensemble qui permet de nombreux rapprochements et recoupements.



* Nous remercions les Archives nationales de nous avoir autorisé de nous servir en partie de notre introduction à La France et la Belgique sous l’occupation allemande 1940–1944. Les fonds allemands conservés au Centre Historique des Archives nationales. Inventaire de la sous-série AJ 40. Inventaire rédigé par : Guy Beaujouan, Anne-Marie Bourgoin, Pierre Cézard, Marie-Thérèse Chabord, Élisabeth Dunan, Jean-Daniel Pariset, Christian Wilsdorf, revue par Christine Douyère-Demeulenaere avec la collaboration de Michèle Conchon. Index établie par Sandrine Bula. Introduction par Stefan Martens et Andreas Nielen, Paris (Archives nationales) 2002, pp. 11–39.

[1] Voir Hermann Böhme, Der deutsch-französische Waffenstillstand im Zweiten Weltkrieg. 1. Entstehung und Grundlagen des Waffenstillstandes von 1940, Stuttgart (Deutsche Verlags-Anstalt) 1966 (Quellen und Darstellungen zur Zeitgeschichte, 12). L’entrée en vigueur de l’armistice franco-allemand avait été subordonnée à la conclusion d’un armistice entre la France et l’Italie mussolinienne, laquelle avait abandonné, le 10 juin 1940, sa position initiale de « non belligeranza » et déclaré la guerre à la France, dans l’espoir d’être admise au partage des dépouilles. Voir aussi Ministère des Affaires étrangères, Documents diplomatiques français 1940. Les armistices de juin 1940, Brüssel (P.I.E.-Peter Lang) 2003.

[2] Henri Michel estime « surprenant » que le Maréchal, à plus forte raison après 1942, « n’ait jamais paru se douter que, en cessant le combat, en refusant de quitter la France, il faisait exactement ce que souhaitait Hitler. » Henri Michel, Pétain et le régime de Vichy, Paris (Presses Universitaires de France) 1978, p. 16.

[3] Peter Schöttler, « Eine Art ›Generalplan West‹. Die Stuckart-Denkschrift vom 14. Juni 1940 und die Planungen für eine neue deutsch-französische Grenze im Zweiten Weltkrieg », in : Sozial.Geschichte. Zeitschrift für historische Analyse des 20. und 21. Jahrhunderts, 18 (2003) 3, pp. 83–131

[4] L’échec de la démarche de l’abbé J.-M. Gantois du Vlaamsch Verbond van Frankrijk, qui plaide auprès des Allemands le détachement des provinces flamandes de la France du Nord, est significatif, à cet égard. Cf. Eric Defoort, « Une démarche flamingante auprès d’Hitler » in : Étienne Dejonghe (dir.), L’Occupation en France et en Belgique 1940–1944, actes du colloque de Lille, 26–28 avril 1985, 2 vols., Lille 1987–1988, pp. 605–614 (Revue du Nord, n° 2, hors série).

[5] La Délégation française auprès de la Commission allemande d’Armistice : recueil de documents. 5 tomes, publ. par le Gouvernement français, Paris (Costes et. al.) 1947–1959.

[6] Romain H. RaineroLa commission italienne d’armistice avec la France : les rapports entre la France de Vichy et l’Italie de Mussolini (10 juin 1940 - 8 septembre 1943), Vincennes (Service Historique de l’Armée de Terre) 1995.

[7] Eric Alary, La ligne de démarcation : 1940–1944, Paris (Perrin) 2003.

[8] Même après l’occupation totale de la France, à partir de novembre 1942, la ligne de démarcation fut maintenue, les restrictions à son passage ne furent allégées que partiellement.

[9] Ostland, abréviation de Ostdeutsche Landbewirtschaftungsgesellschaft, société d’exploitation agricole d’Allemagne de l’Est, fondée en février 1940 en vue de la colonisation agricole de certains territoires polonais conquis. Son action fut ensuite étendue à l’Ouest. En France occupée, la Ostland prit sous sa gestion principalement des exploitations privées d’exploitants (appartenant à des agriculteurs ayant pris l’exode et empêchés de rentrer, ou prisonniers de guerre), sans pour autant dédaigner les confiscations. Elle contrôla ainsi 11 000 exploitations avec 170 000 hectares de superficie ; dans le seul département des Ardennes, elle détenait près de la moitié des terres agricoles.

[10] Toutefois, les restrictions concernant ces zones furent allégées ultérieurement, notamment après l’occupation totale de la France.

[11] L’allemand redevint langue officielle, l’enseignement fut épuré et germanisé. Une vaste campagne de changement des noms de rues commença, dont le principal exploit est bien connu : à Mulhouse, les zélateurs du « nouvel ordre » national-socialiste jetèrent leur dévolu un peu précipitamment sur la Rue du Sauvage, pour en faire l’Adolf-Hitler-Straße.

[12] Le texte de l’armistice était volontairement assez général, de manière à rester sujet à interprétation. L’article III posait quelques principes (cité d’après le texte français) : « Dans les régions occupées, le Reich allemand a tous les droits de la puissance occupante » (souligné par nous). « Le gouvernement français s’engage à faciliter par tous les moyens les règlements relatifs à l’exercice de ces droits et à leur mise en exécution avec le concours de l’administration française. Le gouvernement français invitera immédiatement toutes les autorités et services administratifs du territoire occupé à se conformer au règlement des autorités allemandes militaires et à collaborer avec ces dernières d’une manière correcte. » (souligné par nous).

[13] Voir Étienne Dejonghe (dir.), L’Occupation en France et en Belgique 1940–1944, actes du colloque de Lille, 26–28 avril 1985, 2 vol., Lille, 1987–1988 (Revue du Nord, n° 2, hors série, coll. « Histoire ») et Étienne Dejonghe et Yves Le Maner, Le Nord-Pas-de-Calais dans la main allemande 1940–1944, Lille (La Voix du Nord) 1999.

[14] Et même sept, si l’on veut prendre en compte l’existence, à partir 1941, d’une zone côtière interdite de 30 km de profondeur, à l’accès strictement réglementé, réservée aux troupes opérationnelles et aux requis de l’Organisation Todt chargés de construire les défenses côtières.

[15] Lors de l’occupation de la zone Sud, on préféra placer celle-ci sous l’autorité d’un « commandant de la zone d’opérations de la France du sud » (Kommandant des Heeresgebiets Südfrankreich), responsable directement devant le Commandant en chef à l’Ouest, plutôt que de la rattacher au ressort du Militärbefehlshaber de Paris, qui en avait fait la demande. Ce dernier dut se contenter de détacher un officier de liaison auprès de son « concurrent » de la zone Sud.

[16] Responsables régionaux du NSDAP, détenteurs du pouvoir exécutif d’État dans leurs régions (Gaue).

[17] La Belgique et la France se virent donc a priori attribuer ce statut-là, puisque les Allemands choisirent d’y installer des administrations militaires. Toutefois, il faut noter qu’en Belgique, elle fut remplacée le 18 juillet 1944 par une administration civile sous la direction du Gauleiter Grohé, nommé Commissaire du Reich. Cette mesure est sans doute due partiellement à la méfiance chaque jour croissante de Hitler et du Parti à l’égard de l’armée, dès avant l’attentat du 20 juillet 1944.

[18] Heinrich Bücheler, Carl-Heinrich von Stülpnagel : Soldat, Philosoph, Verschwörer. Biographie, Berlin (Ullstein) 1989.

[19] Voir cependant l’ouvrage récent de Regina M. Delacor, Attentate und Repressionen. Ausgewählte Dokumente zur zyklischen Eskalation des NS-Terrors im besetzten Frankreich, avec une préface d’Henry Rousso, Stuttgart (Thorbecke) 2000 (Instrumenta, 4). Elle démontre que l’escalade de la répression, notamment le recours aux représailles collectives, avait commencé dès les deux premières années de l’occupation, avant même le transfert de compétences au Chef de la SS et de la Police en France. Cette escalade de la répression eut donc lieu sous la responsabilité de l’administration militaire et s’inscrivit dans une démarche parfaitement idéologique. La légende à la vie particulièrement dure, d’un relatif « apolitisme » des militaires, s’en trouve réfutée une nouvelle fois.

[20] Sur les oppositions entre les différents services de l’armée, cf. infra.

[21] Cf. les travaux de Hans Umbreit, d’abord sa thèse, élaboré sur la base des archives militaires conservées aujourd’hui à Fribourg-en-Brisgau : Der Militärbefehlshaber in Frankreich 1940–1944, Boppard (Boldt) 1968 ; ensuite ses contributions à l’ouvrage collectif : Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, édité par le Militärgeschichtliches Forschungsamt : Hans Umbreit, « Der Kampf um die Vormachtstellung in Europa », dans vol. 2, Stuttgart (Deutsche Verlagsanstalt) 1979, pp. 235–327; Id., « Auf dem Weg zur Kontinentalherrschaft », dans vol. 5/1, Stuttgart (Deutsche Verlagsanstalt) 1988, pp. 3–343; Id., « Die deutsche Herrschaft in den besetzten Gebieten 1942–1945 », dans vol. 5/2, Stuttgart (Deutsche Verlagsanstalt) 1999, pp. 3–274. Puis, disponible en langue française, son article « Les pouvoirs allemands en France et en Belgique », in : L’Occupation en France et en Belgique 1940–1944, t.1, Revue du Nord, n° spécial hors-série, 1987, pp. 5–40.

[22] Directives du commandant en chef de l’armée de terre, 15 juillet 1940, citées par Umbreit, in : Das deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg , op. cit., t. 5.1, p. 105 et n. 371 (notre traduction).

[23] La Luftwaffe, notamment, entretenait des bureaux pléthoriques en France occupée, qui menaient une vie entièrement à part…À en croire le général Hans Speidel, le chef d’état-major du maréchal Rommel en 1944 (après avoir dirigé de 1940 à 1942 l’état-major de commandement du MBF), elle comptait cent fonctionnaires et agents au sol pour un pilote dans les airs. Cf. Hans Speidel, Invasion 1944, Francfort-sur-le-Main, 1949, p. 39.

[24] Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français, Paris (Fayard) 2001; Roland Ray, Annäherung an Frankreich im Dienste Hitlers? Otto Abetz und die deutsche Frankreichpolitik 1930–1942, Munich (Oldenbourg) 2000.

[25] L’armistice n’ayant pas mis fin à l’état de guerre, les relations diplomatiques restaient suspendues, et il n’y avait à Vichy qu’un consul général, Krug von Nidda, pour représenter l’Allemagne.

[26] Voir à ce propos l’article de Barbara Lambauer, « Opportunistischer Antisemitismus. Der deutsche Botschafter Otto Abetz und die Judenverfolgung in Frankreich (1940–1942) », in : Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte 53 (2005) pp. 241–274.

[27] Les archives de la commission se trouvent aux Archives nationales dans la série AJ41 : Organismes issus de l’armistice. Voir aussi Marcel Spivak, « La délégation française d’armistice auprès de la commission allemande d’armistice de Wiesbaden, 1940–1942 », in : La France et l’Allemagne en guerre (septembre 1939 - novembre 1942, actes du XXVe colloque franco-allemand, organisé par l’Institut historique allemand de Paris et l’Institut des Conflits contemporains, sous la dir. de Claude Carlier et Stefan Martens, Paris, 1990, pp. 131–160.

[28] Deutsche Waffenstillstandsdelegation für Wirtschaft. Aussi, la DFCAA devait-elle créer en son sein une Délégation économique, dirigée par le Gouverneur de la Banque de France, Yves Bréart de Boisanger. Cf. les cotes AN AJ41 1563–2131, particulièrement 2050–2131.

[29] Destiné à limiter les transferts de fonds pour les opérations de paiement entre la France et l’Allemagne, le clearing (compensation) aggravait en fait l’exploitation, puisque le solde commercial largement « positif » pour les innombrables fournitures livrées par les entreprises françaises en faveur de l’occupant s’y accumulait sans jamais être réglé.

[30] Organisme chargé de la planification et de la direction économiques, ayant joué un rôle important dans l’orientation de l’économie allemande vers le réarmement. Dirigé par Hermann Göring depuis 1936, le Plan quadriennal était devenu une administration économique permanente, cohabitant avec le Ministère de l’Économie du Reich, et liée plus particulièrement, à travers la personne de son patron qui était aussi chef de la Luftwaffe, aux industries aéronautiques. Cf. par exemple Richard J. Overy, War and Economy in the Third Reich, Oxford (Clarendon Press) 1994.

[31] Stefan Martens, Hermann Göring, »Erster Paladin des Führers« und »Zweiter Mann im Reich«, Paderborn (Schöningh) 1985.

[32] Une partie des dossiers se trouvent aux Archives nationales dans la série AJ40 1019 ss.

[33] Bernd Zielinski, Staatskollaboration. Vichy und der Arbeitskräfteeinsatz im Dritten Reich, Münster 1995.

[34] Selon Hans Umbreit, Der Militärbefehlshaber (op. cit.), p. 84, l’attrait de Paris, lequel, même en temps de guerre, l’emportait assez aisément sur le charme du front de l’Est, n’était pas sans renforcer ce mauvais penchant du régime nazi à la prolifération administrative. Il prétend que le MBF assistait en « spectateur impuissant » au déferlement de ceux qu’il qualifie de « touristes officiels ».

[35] Martin Broszat, L’État hitlérien, Paris (Fayard) 1985.

[36] Ernst Jünger, Strahlungen 2. Die Hütte im Weinberg, Stuttgart (Klett) 1951, pp. 569–570.

[37] Cette expression revient au chef du Verwaltungsstab à Paris de 1940 à 1942, voir Werner Best, « Großraumordnung und Großraumverwaltung », in : Zeitschrift für Politik 32 (1942) pp. 406–412.

[38] Voir les organigrammes à la fin de l’ouvrage La France et la Belgique sous l’occupation allemande 1940–1944. Les fonds allemands conservés au Centre Historique des Archives nationales, Paris 2002; et Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944. Die Bestände des Bundesarchiv-Militärarchivs Freiburg, herausgegeben im Auftrag des Deutschen Historischen Instituts von Stefan Martens, bearbeitet von Sebastian Remus. Préface de Martine de Boisdeffre et de Hartmut Weber, Stuttgart (Thorbecke) 2002 (Instrumenta, 7) pp. 670–671.

[39] L’administration du Commandant de la zone d’opérations du Sud de la France (occupation de la zone Sud depuis le 11 novembre 1942) adopta une répartition des compétences analogue.

[40] L’état-major de commandement commandait la Police militaire secrète (Geheime Feldpolizei) jusqu’en 1942, date à laquelle il céda cette prérogative au HSSPF. Le 8 avril 1943, il fut rebaptisé « état-major général » (Generalstab).

[41] Par commodité, nous utilisons uniformément le terme « administration militaire », traduction de l’allemand « Militärverwaltung », sans tenir compte des changements purement terminologiques intervenus pendant la période (utilisation parallèle du terme « Kriegsverwaltung », « administration de guerre », antérieurement à 1943, notamment dans la nomenclature des fonctionnaires : « conseillers d’administration de guerre » au lieu de « conseillers d’administration militaire »). Le terme d’ « administration militaire », désignant initialement (et dans notre usage aussi) l’ensemble des services du Commandant militaire, ne désigne plus, après la réorganisation de 1943, que la seule branche administrative (auparavant : « état-major administratif »).

[42] À Bruxelles, cette section était intitulée Präsidialbüro, « bureau présidentiel ».

[43] D’après Hans Umbreit, Der Militärbefehlshaber (op. cit.), p. 31, 65 % du personnel civil de l’administration militaire de Paris étaient fonctionnaires de l’administration ; 20 % avaient été recrutés dans les organisations corporatives ou consulaires de l’économie ; 15 % appartenaient au professions libérales, ou étaient cadres du secteur privé.

[44] Lille, ville française, mais rattachée au commandement militaire de Bruxelles (cf. supra), fut également le siège d’une OFK. Voir aussi la carte in : La France et la Belgique sous l’occupation (op. cit.).

[45] Dans les fonds allemands conservés aux Archives nationales on trouve dans la série AJ40 868–897 les archives des états-majors administratifs et de commandement du Commandant, du Grand Paris, ainsi que des archives de la FK 757 Neuilly-sur-Seine. Voir à ce titre aussi les fonds RW 35 pour Gross-Paris et RH 36 pour les autres Feldkommandanturen conservés au département militaire des Archives fédérales (Bundesarchiv-Militärarchiv) à Fribourg en Brisgau, cf. Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944 (op. cit.).

[46] Aux Archives nationales dans la série AJ40 898–964 se trouvent une partie des archives des commandants des districts d’administration militaire A, B, C, D, et à l’intérieur de celles-ci, d’un certain nombre de FK et de KK. Voir à ce titre aussi les fonds conservés à Fribourg en Brisgau dans les séries RW 35 (pour les Militärverwaltungsbezirke) et RH 36 (pour les OFK, FK, KK et OK), cf. Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944 (op. cit.).

[47] Pour la même raison, et au grand dépit de celui-ci, l’OKW refusa au MBF le rattachement de la zone Sud nouvellement occupée à sa circonscription.

[48] Des états-majors de liaison principaux (Hauptverbindungsstäbe) à Lyon (où siégeait le Kommandant des Heeresgebiets Südfrankreich), à Clermont-Ferrand et à Toulouse ; des états-majors de liaison dans les autres préfectures de la zone Sud.

[49] Aux Archives nationales dans la série AJ40 965–990 se trouvent une partie des archives en provenance des divisions centrale et économique du Kommandant des Heeresgebiets Südfrankreich. Voir à ce titre aussi les fonds conservés à Fribourg-en-Brisgau dans les séries RW 35 et RW 24, cf. Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944 (op. cit.).

[50] Reeder avait le rang de général de brigade SS.

[51] Il s’agit, respectivement, des Groupes 1 (Landesverwaltung, administration belge) ; 2 (Polizei, polices allemande et belge) ; 3 (Ordnungsdienste, services de maintien de l’ordre de l’armée allemande) ; 4 (Finanzwesen, finances et budget belges). Voir à ce titre les fonds de la série RW 36, Bundesarchiv-Militärarchiv, à Fribourg-en-Brisgau, cf. Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944 (op. cit.).

[52] AN AJ40 12–13.

[53] Cf. infra les remarques faites au sujet de l’action de ces mêmes bureaux dans le ressort du MBF, à Paris.

[54] Pour les trois, une seule cote : AN AJ40 97.

[55] AN AJ40 137–309, soit près de la moitié des 400 cotes environ que compte la partie belge de la sous-série AJ40.

[56] Werner Best fut un militant national-socialiste virulent (arrêté par les Français comme militant nationaliste pendant l’occupation de la Ruhr ; signataire du « document de Boxheim », un plan secret de 1931 en vue de la prise du pouvoir par le NSDAP), mais était aussi haut fonctionnaire de l’administration. Comme Eggert Reeder à Bruxelles il était général de brigade SS. Parti de Paris en 1942 à la suite d’une brouille avec Himmler, il devint alors Commissaire du Reich en charge du Danemark occupé. Voir Ulrich Herbert, Best. Biographische Studien über Radikalismus, Weltanschauung und Vernunft 1903–1989, Bonn (Dietz) 1996.

[57] En conflit avec Hitler, avec Keitel et l’OKW, Otto von Stülpnagel n’eut ni assez de diplomatie, ni des nerfs assez solides. L’écrivain Ernst Jünger, attaché au Kommandostab, brosse son portrait, marqué par sa « raideur de grand espagnol », et rapporte le sobriquet que lui avaient attribué les officiers qui fréquentaient le « Raphaël » à Paris : « le Roi Casse-Noisette » (Ernst Jünger, Die Hütte im Weinberg, op. cit., p. 569).

[58] Voir aussi Ulrich Lappenküper, « Der "Schlächter von Paris" : Carl-Albrecht Oberg als höherer SS- und Polizeiführer in Frankreich 1942–1944 », in : Frankreich und Deutschland im Krieg (November 1942 – Herbst 1944). Okkupation, Kollaboration, Résistance, hg. von Stefan Martens und Maurice Vaïsse, Bonn (Bouvier) 2000 (Pariser Historische Studien. 55), pp. 129–143.

[59] Le MBF avait posé le principe d’un droit de regard général sur les nominations de tous les fonctionnaires français en zone occupée. Cependant, vu l’ampleur de la tâche et les possibilités limitées des services allemands de disposer d’informations suffisantes, c’était surtout un contrôle a posteriori se limitant de plus en plus aux nominations à des fonctions importantes.

[60] L’activité des partis politiques et syndicats était en principe suspendue (par les ordonnances du MBF, en zone occupée ; par le gouvernement de Vichy, en zone libre), mais les associations maréchalistes et partis collaborationnistes pouvaient exercer leurs activités. D’autre part, des partis ou associations suspendues, il restait toujours un milieu de recrutement, une nébuleuse (et parfois même un appareil clandestin), ce qui explique la vigilance de l’occupant à leur égard, même s’ils ne pouvaient plus agir au grand jour.

[61] C’est un palmarès héroïque, mêlant élèves et professeurs, des grands lycées parisiens et de province : Buffon, Henri-IV, Louis-le-Grand, Janson de Sailly, Condorcet, Voltaire, etc.

[62] On relève notamment une tentative d’encadrer par des savants allemands Frédéric Joliot-Curie, cf. AN AJ40 558.

[63] Alfred Rosenberg, Allemand d’origine balte, fut parmi les premiers compagnons de Hitler. Condamné à mort et exécuté à Nuremberg en 1946 pour ses responsabilités en tant que ministre des territoires occupés de l’Est, il est surtout connu pour son rôle d’idéologue en chef du NSDAP. Son livre-programme, « Le mythe du 20e siècle », témoigne de l’indigence et de la confusion de la pensée völkisch. Chargé par Hitler de la formation « spirituelle et idéologique » du Parti, Rosenberg avait le projet de fonder une « Haute École » de formation idéologique des futurs cadres du Parti.

[64] Voir à ce sujet les souvenirs du chef de ce groupe, Georg Schnath, dans l’introduction du Inventar von Quellen zur deutschen Geschichte in Pariser Archiven und Bibliotheken, bearbeitet von einer Arbeitsgruppe unter Leitung von Georg Schnath, hg. von Wolfgang Hans Stein, Coblence 1986.

[65] L’Archivwesen, dont le siège se trouvait à l’Hôtel Majestic, se fit également réserver un bureau à l’Hôtel de Rohan.

[66] Cf. l’article polémique, mais bien documenté, de Karl-Heinz Roth, « Eine höhere Form des Plünderns (« Une forme supérieure de pillage »). Der Abschlußbericht der »Gruppe Archivwesen« der deutschen Militärverwaltung in Frankreich 1940–1944 », qui introduit la publication du rapport d’activité du Groupe dans la revue de l’Institut für Sozialgeschichte de Hambourg, 1999 4 (1989) 2, pp. 79–112.

[67] À sa dissolution en mars 1944, le service avait été rattaché au groupe Kultur et ne comprenait plus que son directeur et un photographe.

[68] Voir Eckard Michels, Das Deutsche Institut in Paris 1940–1944. Ein Beitrag zu den deutsch-französischen Kulurbeziehungen und zur auswärtigen Kulturpolitik des Dritten Reiches, Stuttgart (Steiner) 1993 ; Frank-Rutger Hausmann, « Auch im Krieg schweigen die Musen nicht » : Die Deutschen Wissenschaftlichen Institute im Zweiten Weltkrieg, Göttingen (Vandenhoeck und Ruprecht) 2001.

[69] Voir à ce sujet entre autres Anja Heuss, Kunst- und Kulturgutraub. Eine vergleichende Studie zur Besatzungspolitik der Nationalsozialisten in Frankreich und der Sowjetunion, Heidelberg (Winter) 2000 ; Jean-Marc Dreyfus, Sarah Gensburger, Des Camps dans Paris. Austerlitz, Lévitan, Bassano juillet 1943–août 1944, Paris (Fayard) 2003.

[70] Pour le DSK, voir plus loin.

[71] Historien de l’art, il donna des indications à Göring et l’aida à dresser la liste de ses « desiderata ». Il fut jugé après la Libération. Les documents ayant servi à l’instruction de son procès, ont été extraits dans un premier temps des archives de l’administration militaire ; l’ensemble du dossier a ensuite été remis aux Archives nationales et attaché à la série AJ40, sous les cotes AJ40 1671–1683.

[72] Cf. la réedition des mémoires de Rose Valland, Le front de l’art. Défense des collections françaises 1939–1945, Paris (Réunion des musées nationaux) 1997.

[73] Voir Aurélie Audeval, Martin Jungius, Marie Muschalek et Jörg Raab, « »Arisierungsnetzwerke«. Akteurskonstellationen, Arbeitsteilung und Interessenkonflikte bei der »Arisierung« größerer Unternehmen in Frankreich 1940–1944 », in : Francia 32/3 (2005) ; Jean-Marc Dreyfus, « L’aryanisation économique : a-t-elle été l’un des instruments du pillage de la France ? », in : Frankreich und Deutschland im Krieg (November 1942 – Herbst 1944), op. cit., pp. 529–540 ; Philippe Verheyde, « Continuités et ruptures dans la politique d’aryanisation économique : de Xavier Vallat à Darquier de Pellepoix », in : ibid., pp. 541–552.

[74] Voir la thèse de Martin Jungius, Der verwaltete Raub. Die »Arisierungsdienststellen« des französischen »Judenkommissariates« und die »Arisierung jüdischer Unternehmen« in Frankreich 1940–1944, Université de Constance 2005.

[75] Pour reconstituer cette répartition des tâches et le cheminement de certaines affaires, cf. les archives des sous-séries AJ40 des Archives nationales ; la consultation croisée de leurs inventaires est recommandée, Inventaire des archives du Commissariat général aux questions juives et du Service de restitution des biens des victimes des lois et mesures de spoliation. Sous-série AJ38, Paris (Archives nationales) 1998.

[76] Vgl. hierzu u. a. AN AJ40612–614.

[77] AN AJ40 622.

[78] Les dossiers personnels des administrateurs provisoires allemands sont conservés aux Archives nationales sous les cotes AJ40 57–590.

[79] Cf. le cas de l’Aero-Bank, banque allemande fondée en France en 1941 pour financer des constructions aéronautiques. Elle obtint du MBF l’autorisation d’engager à ses fins les capitaux de banques « ennemies », anglaises et américaines..

[80] Ainsi, les compagnies d’assurance britanniques, traditionnellement bien implantées sur le marché français, se virent octroyer des contrats de réassurance avec des compagnies allemandes.

[81] À ne pas confondre avec l’établissement du même nom ayant fonctionné de 1990 à 1994 en République fédérale d’Allemagne, voir Wolfgang Seibel, Verwaltete Illusion. Die Privatisierung der DDR-Wirtschaft durch die Treuhandanstalt und ihre Nachfolger 1990–2000, Franfort-sur-le-Main (Campus) 2005.

[82] Une partie des archives se trouve aux Archives nationales dans la série AJ40 1181–1186.

[83] Arne Radtke-Delacor, « Verlängerte Werkbank im Westen : deutsche Produktionsaufträge als Trumpfkarte der industriellen Kollaboration in Frankreich (1942–1944) », in : Frankreich und Deutschland im Krieg (November 1942 - Herbst 1944) (op. cit.) pp. 327–350.

[84] Pendant les premiers mois et jusqu’à la consolidation des structures administratives du MBF, un commissaire allemand provisoire fut nommé à la Banque de France.

[85] Voir aussi Jean-Marc Dreyfus, Pillages sur ordonnances : aryanisation et restitution des banques en France, 1940–1953. Préface d’Antoine Prost, Paris (Fayard) 2003.

[86] La main d’œuvre française exploité par le IIIe Reich, actes du Colloque international, organisé par le Centre d’Histoire de Recherche Quantitative Université de Caen, le Mémorial de Caen – un Musée pour la Paix, Ministère de la Défense – Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, Office National des Anciens Combattants, Caen (Centre d’Histoire de Recherche Quantitative) 2003.

[87] Aux Archives nationales, dans les fonds de la série AJ40, se trouvent également quelques cotes relatives aux divisions III et IV de la section administrative, responsables respectivement du Ravitaillement et de l’Agriculture, et des Forêts et de la Chasse (cette dernière devant, entre autres, régler les dossiers d’indemnisation des armes de chasse que l’occupant a fait saisir...). Voir à ce titre aussi les fonds conservés à Fribourg-en-Brisgau dans les séries RW 35 cf. Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944 (op. cit.).

[88] Toujours fondamentale, l’étude d’Élisabeth Dunan, « La Propaganda-Abteilung de France : tâches et organisation », in : Revue d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale 4 (1947) pp. 19–32. Voir AN AJ40 1001–1016.

[89] Voir Les Intellectuels et l’Occupation, 1940–1944. Collaborer, partir, résister, sous la direction de Albrecht Betz et Stefan Martens, Paris (Autrement) 2004; François Dufay, Le voyage en Allemagne. Oktober 1941. Des écrivains français en Allemagne, Récit, Paris (Plon) 2000.

[90] Kathrin Engel, Deutsche Kulturpolitik im besetzten Paris 1940–1944 : Film und Theater, Munich (Oldenbourg) 2003 (Pariser Historische Studien, 63).

[91] Liste Otto : The official list of French Books banned under the German Occupation, 1940. A facsimile of the Harvard copy, with a preface by Natalie Zemon Davis, Cambridge, Mass. (Harvard College Library) 1992.

[92] AN AJ40 1575–1596. Les archives de l’Ambassade allemande à Paris se trouvent aujourd’hui aux Archives du Ministère des affaires étrangères (Politisches Archiv des Auswärtigen Amtes) à Berlin.

[93] AN AJ40 1019–1026.

[94] Cf. supra

[95] Cf. les comptes rendus des coffres-forts des établissements bancaires de Paris et de la région parisienne, dans AN AJ40 1029–1105.

[96] Cf. ci-après.

[97] Cf. les informations d’Élisabeth Dunan, Inventaire provisoire des archives du DSK, dans AN AJ40 1635 (doss. 10).

[98] Cf. les informations de Guy Beaujouan, Inventaire provisoire des archives de la RKK, dans AN AJ40 1635 (doss. 9).

[99] Une partie des archives de la RKK a pu être saisie à des fins d’enquête et retransmise en France après la Libération : elle constitue aujourd’hui les cotes AN AJ40 1106–1172.

[100] AN AJ40 1173–1177.

[101] AN AJ40 1178–1180.

[102] AN AJ40 1194–1399, et aussi AJ40 1400–1403 (Commission italienne de l’armistice). À comparer les fonds de la sous-série AJ41, qui contiennent les archives des délégations françaises auprès des commissions d’armistice.

[103] Pour plus de détails voir la série RW 34 à Fribourg-en-Brisgau, cf. Frankreich und Belgien unter deutscher Besatzung 1940–1944 (op. cit.) ; Elmar Krautkrämer, « Zur Effizienz der deutschen Kontrollinspektion Afrika (KIA) », in : La France et l’Allemagne en guerre (septembre 1939 – novembre 1942), op. cit. pp. 285–315.

[104] Dans l’Allemagne nationale-socialiste, les Gaue avaient succédé aux Länder supprimés. Les responsables régionaux du Parti, les Gauleiter, dirigeaient à la fois les services du Parti et les administrations d’État dans leur Gau.

[105] Cf. Peter Hüttenberger, Die Gauleiter. Studien zum Wandel des Machtgefüges in der NSDAP, Stuttgart (Deutsche Verlagsanstalt) 1969, p. 150 et suiv.

[106] Il y a aussi des rapports de quinzaine des responsables de district et d’arrondissement du NSDAP sur la situation générale dans leur ressort, tant en Alsace qu’en pays de Bade (AN AJ40 1486).

[107] « UK » signifie « unabkömmlich », c’est-à-dire « qui est indispensable dans son emploi actuel ».

[108] Rappelons que l’inventaire de la sous-série AJ38, qui est par son objet liée à la sous-série AJ40, est disponible sous la même forme depuis 1998 (voir note 75).