Descriptif

En 1998 le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Institut historique allemand de Paris (IHAP) signent une convention pluriannuelle de recherche, appelée à s’élargir très rapidement à un troisième partenaire, les Archives nationales. Cette convention, dont la responsabilité reviendra, du côté du CNRS, à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), était relative à la publication des rapports de synthèse des préfets de Vichy et des rapports de l’administration militaire allemande – dits « rapports du Majestic », cet hôtel parisien, situé avenue Kléber, ayant abrité les services du Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF), chef de l’administration militaire d’occupation. Ces deux séries de documents revêtent une importance cruciale pour l’histoire de l’Occupation.

Les rapports des préfets du gouvernement de Vichy ont été en effet l’une des principales sources de l’État français, en particulier sur la situation dans la zone occupée. Issus de sources diversifiées (renseignements généraux et contrôle postal en matière d’évolution de l’opinion, notes de police, rapports des différents services techniques – à commencer par le ravitaillement – chacun pour ce qui le concerne), ils constituent une source importante en histoire économique, sociale, culturelle, et pour l’étude des phénomènes de représentation et d’opinion de la période de Vichy.

Leurs synthèses, opérées pour la zone occupée par les services de Jean-Pierre Ingrand, délégué du ministre de l’Intérieur dans les territoires occupés, offrent l’intérêt de présenter un ensemble homogène et régulier sur l’ensemble de la période, éclairant l’attitude des autorités territoriales de l’État français dans des contextes fort variés d’occupation – ou de non-occupation en ce qui concerne la zone sud jusqu’en novembre 1942.

L’édition comporte la publication exhaustive de ces synthèses, parallèlement à celle des rapports établis à l’intention du MBF, constitués d’informations provenant des différents échelons locaux, en particulier les Kommandanturen, les Kreis-, Feld- et Oberfeldkommandanturen, ainsi que les commandants des régions militaires (Militärbezirke A, B, C et la région de Bordeaux). Ils concernent la zone occupée, les zones interdite et rattachée, les départements Nord et Pas-de-Calais sous le commandement du Militärbefehlshaber Belgien und Nordfrankreich à Bruxelles, et la zone sud à compter de novembre 1942, où fut nommé un commandant de la région militaire du sud de la France (Kommandant im Heeresgebiet Südfrankreich).

L’objectif était de publier en leur langue originale et in extenso – sauf les nombreux annexes des rapports du MBF – les deux types de documents, ce qui permettait d’offrir un aperçu sur la façon dont les autorités de Vichy et les autorités allemandes voyaient, périodiquement, la situation sur le terrain, et d’évaluer en fonction de quelles représentations elles ont exercé leur autorité respective. Il s’agit là d’un élément central pour comprendre les mécanismes de la collaboration d’État, les convergences et les divergences entre les autorités françaises et allemandes.

Cette édition critique des documents, qui constitue pour l’instant le dernier volet du projet, comportera un important appareil scientifique. Avec sa publication sous forme d’un site internet la recherche dispose aujourd’hui d’un nouveau instrument de travail. Il est dorénavant possible à exploiter cette matière documentaire pour réaliser des études sur « Les Allemands en France », sous l’angle à la fois politique, culturel et social.

Sous la direction de Marc Olivier Baruch (IHTP) et Stefan Martens (IHAP), la charge de travail fut assurée par des chercheurs confirmés, Regina M. Delacor et Peter Lieb, assistés par Jürgen Finger du côté allemand, et par Florent Brayard et Vincent Viet du côté français. Un comité de pilotage, constitué d’Isabelle Neuschwander, Jean-Pierre Azéma, Gerhard Hirschfeld et Hans Umbreit, a réaffirmé la décision des directeurs des deux instituts, Henry Rousso (IHTP) et Werner Paravicini (IHAP), de publier le projet sous forme d’un site internet.

La fondation Volkswagen a financé le projet pendant trois ans et demi. Les deux instituts l’IHAP et l’IHTP ainsi que le CNRS ont chacun à sa manière largement contribué à assurer la réalisation de ce vaste programme de recherche.

La lecture en parallèle de ces rapports établis au même moment en suivant les mêmes principes permet pour la première fois de comparer directement la perception et la compréhension des événements par les administrations allemande et française de 1940 à 1944. En dehors des Archives nationales, des enquêtes ont été réalisées aux Archives du Ministère des Affaires Étrangères à Paris et à Bonn, puis Berlin, le Service historique de la Défense à Vincennes, le Bundesarchiv avec ses départements à Berlin, Fribourg, Coblence et Aix-la-Chapelle, et enfin à la Bibliothèque de Göttingen, qui conserve une copie des archives du procès de Nuremberg. Après la recherche des rapports manquants dans ces différentes archives et ensuite la reconstitution et la saisie des textes, une des difficultés majeur a été d'identifier les acteurs cités dans les textes et de rechercher des documents et des informations complémentaires, nécessaires à une meilleure compréhension des événements mentionnés dans les rapports.

Dans ce but, priorité a été donnée au renvoi aux textes de loi publiés dans le Journal officiel de l’État Français, le Reichsgesetzblatt, son pendant du côté allemand, et dans le Journal officiel du Gouverneur militaire (Verordnungsblatt des Militärbefehlshabers in Frankreich), ainsi que celui de son homologue dans la zone sud (Verordnungsblatt des Kommandanten im Heeresgebiet Südfrankreich und den Küstenbereich Mittelmeer). Mais, dans les notes, le lecteur trouvera encore d’autres documents intéressants, par exemple des articles parus dans les journaux de l’époque, d’autres éditions de sources allemandes et françaises, d’un certain nombre de publications autobiographiques et quelques études scientifiques.

Lors de la préparation de l’édition nous nous sommes vite aperçus que le résultat serait beaucoup trop volumineux pour être publié sous forme de livre. Les responsables du projet espèrent d’avoir trouvé, grâce à l’informatique, une solution technique moderne que nous mettons ainsi à la disposition des chercheurs.

La présentation de ces archives a été mise à jour par l'IHTP en février 2017, grâce au concours de Marc Olivier Baruch et du Comité pour l'histoire préfectorale.