Réseau historiographie et épistémologie de l’histoire
 
 
 

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Jean Leduc, Les historiens français contemporains et la question de la vérité

 

Jean LEDUC
Juillet 2009

LES HISTORIENS FRANÇAIS CONTEMPORAINS
ET
LA QUESTION DE LA VÉRITE


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Dans un ouvrage récent, au titre évocateur [1], François Hartog écrit : « La conjoncture de la fin du XXe siècle pourrait s’analyser comme une mise en question de l’évidence de l’histoire », évidence étant ici entendu au sens premier : ce qui va de soi, est certain, incontestable. L’auteur voit dans cette mise en question un des aspects d’une « posture réflexive, mixte d’épistémologie et d’historiographie » [2] émergeant, au tournant des décennies 1980-1990, chez les historiens de métier. C’est le moment, par exemple, où les Annales ESC publient, en 1989, un numéro sous-titré « Un tournant critique » dont l’éditorial pose, entre autres problèmes, celui de la nature de la connaissance historique [3] ; ce thème est repris par la revue dans des articles ultérieurs [4]. C’est encore de mise en cause d’évidences que parle Antoine Prost écrivant, en 1996, dans Le Débat, qu’ « il est sain que les historiens abandonnent leurs évidences naïves pour affronter les problèmes théoriques de leur discipline » [5]. Plusieurs articles ultérieurs de cette revue abordent la question de la vérité en histoire [6]. Il apparaît que la méthode critique élaborée et perfectionnée par l’histoire universitaire depuis un siècle n’est plus une réponse suffisante aux défis du temps présent et que s’impose une réflexion sur la discipline elle-même, sur ce que signifie « faire de l’histoire », titre significativement donné, dès 1974 [7], par Jacques Le Goff et Pierre Nora, à un ouvrage collectif qu’ils dirigent et qui se propose de faire le point sur ce que l’on appelle alors la « nouvelle histoire ».
En quoi consistent – pour reprendre la formule d’Antoine Prost - les « évidences naïves" » qu’auraient partagées ou partageraient encore, aussi bien ceux qui pratiquent de bonne foi le métier d’historien, que ceux qui leur font confiance en écoutant leurs leçons ou en lisant leurs publications ? Les uns et les autres croiraient que la vérité de l’histoire est à la mesure de sa capacité à dire la réalité du passé [8] ou, pour le dire en termes plus savants - dans la formulation de Thomas d’Aquin - à montrer l’adaequatio intellectus et rei [9]. Parmi les définitions de la vérité, les historiens adhèreraient donc spontanément à celle de la vérité-correspondance selon laquelle une proposition est vraie dans la mesure où existe, - en l’occurrence, a existé - quelque chose en vertu duquel elle est vraie : p est vraie parce que c’est un fait que p. On ne saurait trop insister, d’emblée, sur la centralité de cette notion de « fait » dans la problématique de la vérité historique.
Après avoir précisé les circonstances qui ont pu conduire, depuis quelques décennies, les historiens français à s’interroger sur la réalité du passé et sur ce que leur discipline peut en saisir, nous tenterons de tracer quelques pistes sur ce qui est, envers et contre tout, la visée du plus grand nombre d’entre eux : dire du vrai aujourd’hui sur ce qui fut autrefois [10].

Éléments d’un contexte
La mise en question des évidences s’inscrit dans un contexte caractérisé, à la fois, par un débat théorique sur le rapport entre le texte historique et la réalité du passé et par une confrontation avec la « demande sociale » et les falsificateurs de l’histoire.

Vérité/réalité.
Le réalisme implicite des historiens et le caractère référentiel de leur discipline sont mis en cause, frontalement, dans les dernières décennies du XIXe siècle, par les tenants du « tournant linguistique » [11]. Roger Chartier résume ainsi leur thèse [12] :

« La réalité n’est plus à penser comme une référence objective, extérieure au discours, mais comme constituée dans et par le langage. »

Il n’y a pas d’en deçà du langage, de réalité avant le langage dont ce dernier serait le reflet. Roland Barthes écrit, en 1967, à propos du « discours de l’histoire » [13], que « le fait n’a jamais qu’une existence linguistique » et que le réel n’est qu’un « effet ». Plus nuancé, Michael Riffaterre admet, en 1978, que "l’existence d’une réalité non verbale en dehors de l’univers des mots est indiscutable" mais c’est pour ajouter aussitôt que « la croyance naïve en un contact ou une relation directe entre mots et référents est une illusion ». Jürgen Habermas formule ainsi le dilemme posé par ces théoriciens [14] :

« Comment concilier à la fois le postulat d’un monde indépendant de nos descriptions et identique pour tous les observateurs et la découverte de la philosophie du langage selon laquelle nous ne disposons d’aucun accès direct, non médiatisé par le langage, à la réalité "nue" ? »

Il propose une réponse qui va dans le même sens que celles que l’on vient de citer [15] :

« A l’intérieur du paradigme linguistique, la forme classique d’un réalisme qui s’appuie sur le modèle de la connaissance représentative et sur la correspondance entre propositions et faits est devenue intenable […] Après le tournant linguistique, il nous est impossible de concevoir un accès à la réalité, interne ou externe, qui ne soit pas médiatisé par le langage. »

Pour Habermas, inspiré par la pensée pragmatiste, la vérité est l’horizon de convergence d’une « communauté communicationnelle ». Richard Rorty considère le débat réalisme/antiréalisme comme l’ « expression d’une scolastique stérile » [16] et, se référant à Habermas et à Nietzsche, dit de la vérité qu’il « s’agit simplement du désir d’une entente intersubjective aussi étendue que possible ».
L’histoire n’est, au demeurant, qu’une des cibles de ce que Jean-Michel Berthelot appelle un « procès en délégitimation » [17] : la mise en pièces de la conception "spéculaire" du savoir (la vérité comme image en miroir d’une réalité externe) concerne l’ensemble des modes de connaissance. Pour en rester à l’histoire, son caractère référentiel est surtout mis en cause par le spécialiste américain de l’histoire culturelle Hayden White [18]. Analysant l’oeuvre de Michelet, Ranke, Tocqueville et Burckhardt, il qualifie l’histoire de fiction making operation et la considère comme un genre littéraire parmi d’autres.

A la même époque, Michel Foucault interpelle aussi les historiens, mais d’un point de vue différent, celui du rapport entre les mots et les choses, pour reprendre le titre de son ouvrage de 1966 [19]. Dans L’Archéologie du savoir [20] évoquant ses travaux sur l’histoire de la folie, il déclare :

« Il n’est pas question d’interpréter un discours pour faire à travers lui l’histoire du référent […] On ne cherche pas à reconstituer ce que pouvait être la folie elle-même […] Ce dont il s’agit ici, ce n’est pas de neutraliser le discours, d’en faire le signe d’autre chose et d’en traverser l’épaisseur pour rejoindre ce qui demeure silencieusement en deçà de lui, c’est au contraire de le maintenir dans sa consistance, de le faire surgir dans la complexité qui lui est propre. En un mot on veut, bel et bien, se passer des "choses" […] substituer au trésor énigmatique des "choses" d’avant le discours, la formation régulière des objets qui ne se dessinent qu’en lui. Définir les objets sans référence au fond des choses […] Je voudrais montrer que le discours n’est pas une mince surface de contact, ou d’affrontement, entre une réalité et une langue, l’intrication d’un lexique et d’une expérience ; je voudrais montrer, sur des exemples précis, qu’en analysant les discours eux-mêmes, on voit se desserrer l’étreinte apparemment si forte des mots et des choses, et se dégager un ensemble de règles propres à la pratique discursive. »

Foucault ne nie pas l’existence d’une réalité extérieure au discours, « en deçà » du discours, mais il entend étudier les « formations discursives » pour elles-mêmes sans se référer à cette réalité. Isoler le discursif du non discursif est pour le moins inhabituel dans la recherche historique – et spécifiquement dans ce que l’on appelle alors l’ « histoire des mentalités » - et cela explique le malentendu qui s’installe entre l’auteur et beaucoup d’historiens. « Dans les livres de Foucault ils ne trouvaient pas les réalités qu’ils avaient pour règle de chercher dans une société » écrit Paul Veyne [21] qui rapporte la réaction irritée de l’intéressé disant : « Ils n’ont que la Société à l’esprit ». Ainsi, parmi d’autres, François Dosse [22] s’étonne-t-il du rejet par Foucault de « toute intelligibilité globale », de son "refus d’envisager l’articulation du domaine discursif avec le champ social dans une totalité historique". Plus récemment André Burguière déplore que « Foucault, celui d’après Les Mots et les choses, consomme le divorce entre la force des choses et le force des idées, entre l’évolution des contraintes externes démographiques ou économiques et celle des structures mentales » [23]. Le seul à faire nettement écho à Foucault est précisément Paul Veyne : il publie en 1971 Comment on écrit l’histoire [24], démolition en règle des prétentions scientifiques de l’histoire qui - sans relayer pour autant les thèses du tournant linguistique - la qualifie d’ « art » et de « roman vrai » [25].

Si Foucault invite les historiens à étudier les discours pour eux-mêmes, Michel de Certeau les réfère, en revanche, à la réalité sociale. Se plaçant au cœur de l’ « opération historiographique » - parler, au présent, du passé – il demande de prendre conscience du caractère « mixte » du réel qui en résulte. Il le fait, en 1975, dans L’Ecriture de l’histoire, parlant de « deux positions du réel », le réel passé qui est l’objet d’étude de l’historien et le réel présent qui est le « lieu » de sa « production ». Le discours historique, écrit-il :

« Fonctionne comme discours didactique, et cela d’autant mieux qu’il dissimule le lieu d’où il parle (il efface le je de l’auteur), qu’il se présente sous la forme d’un langage référentiel (c’est le « réel » qui vous parle), qu’il raconte plus qu’il ne raisonne (on ne discute pas un récit) et qu’il prend ses lecteurs là où ils sont (il parle leur langage, quoique autrement et mieux qu’eux) […] Ce discours ne laisse pas d’échappatoire [26]. »

Certeau développe sa réflexion sur ce sujet dans un texte postérieur [27] :

« Le « réel » représenté ne correspond pas au réel qui détermine sa production. Il cache derrière la figuration d’un passé le présent qui l’organise […] L’opération en cause semble assez rusée : le discours se rend crédible au nom de la réalité qu’il est supposé représenter, mais cette apparence autorisée sert précisément à camoufler la pratique qui la détermine réellement. »

L’auteur parle encore du « poids d’une réalité historique actuelle sur des discours qui n’en parlent guère tout en prétendant représenter le réel ». Aussi invite-t-il l’historiographie « scientifique » - pour dissiper cette équivoque et justifier sa prétention à ne pas être confondue avec l’ « historiographie générale » (les media) - à une « élucidation » et à une
« repolitisation » :

« Techniquement cette « repolitisation » consiste à « historiciser » l’historiographie elle-même. Par réflexe professionnel, l’historien professionnel réfère tout discours aux conditions socio-économiques ou mentales de sa production. Il lui faut effectuer aussi cette analyse sur son propre discours. [28] »

« Tournant linguistique », Foucault, Certeau : les angles d’attaque sont différents mais, dans les trois cas, c’est le réalisme implicite des historiens, le rapport avec leur objet (ce qu’ils pensent être effectivement advenu), qui est mis en question.

Négationnisme [29]
Sans lien apparent avec les positions théoriques issues du tournant linguistique [30] s’affichent, à la fin des années 1970, sur la scène médiatique, des thèses qui mettent en cause une réalité particulière du passé, la « solution finale » de la question juive pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1978, Louis Darquier, ancien Commissaire aux questions juives du régime de Vichy, interrogé par le magazine L’Express, parle d’ « invention juive » puis l’universitaire lyonnais Robert Faurisson, dans un quotidien, qualifie le génocide et les chambres à gaz de « mensonges ». Saisie, la justice refuse de prendre position sur le fond, arguant que « les tribunaux n’ont ni qualité, ni compétence pour juger l’histoire ». La réaction des historiens à la mise en cause de la réalité du passé est rapide : à l’initiative, entre autres, de Pierre Vidal-Naquet, une pétition réplique en 1979 [31] :

« Le meurtre de masse a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique à ce sujet. Cette vérité, il nous appartenait de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz. »

Le milieu universitaire lyonnais reste en alerte comme en témoigne la prise de position, dans Le Monde du 29 avril 1993, d’un groupe d’historiens, sous le titre « L’histoire et ses falsificateurs ». Ils dénoncent ceux « qui jettent le soupçon, par cercles concentriques, sur les moyens, puis l’ampleur, enfin la réalité du génocide » et affirment qu’ « il existe des faits irréductibles à une quelconque subjectivité historique ». Il est vrai que négationnisme et révisionnisme ne désarment pas, comme le montre, entre autres, l’affaire de la pseudo-soutenance de thèse d’Henri Rocques, à Nantes, en 1985.

Vérité historique vs/ vérité judiciaire.
Déjà effleurée lors du procès Faurisson ou, en 1984, lors de celui qu’intente Henri Frenay à l’Institut National de l’Audiovisuel (à propos des rapports de Jean Moulin avec le PCF) [32], la confrontation entre vérité historique et vérité judiciaire s’élargit, dans la décennie 1990, quand les universitaires sont sollicités d’intervenir dans plusieurs affaires concernant la période de l’Occupation. D’une part, dans les procès Touvier (1994) et Papon (1998), certains d’entre eux sont cités comme témoins et donc invités à dire, à la barre, « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». D’autre part, en réponse à des diverses demandes – publiques ou privées – leur expertise est requise, ainsi sur les rapports entre l’église catholique et Touvier (1992), sur ceux de Pierre Cot avec l’URSS (1995) ou sur le fichier de la Préfecture de Police de Paris (1996), sans parler de la table ronde organisée autour des époux Aubrac par le quotidien Libération en 1997. Si certains historiens de métier acceptent ces rôles de témoin ou d’expert, d’autres se récusent [33] et un débat s’instaure qui atteint son apogée lors du procès Papon en 1998 : cette année-là paraissent plusieurs ouvrages d’historiens [34] ainsi que des dossiers [35] associant historiens et juristes, portant sur les rôles et méthodes respectives du juge et de l’historien et sur leurs approches de la vérité.
Carlo Ginzburg avait déjà souligné, en 1991 [36], certaines parentés méthodologiques entre la procédure judiciaire et le travail de l’historien, telles le souci de la preuve ou l’examen critique des témoignages. Il n’en reste pas moins, comme l’écrit Yan Thomas [37], que, pour certains historiens, « l’argumentation universitaire serait trop à l’étroit dans le cadre du questionnement judiciaire, si bien qu’il serait inopportun, dans ces conditions, de témoigner ». Le juge doit conclure, prononcer une sentence (même si une – mais une seule - révision est toujours possible) tandis que, si l’historien fait des choix, propose une interprétation, il s’agit toujours d’une construction ouverte à d’incessantes révisions. Le choix du juge est sans doute nuancé (prise en compte éventuelle des circonstances), il n’en reste pas moins binaire (coupable ou non) tandis que l’historien est attentif à la complexité. Le juge traite des actes individuels, l’historien fait une large place aux actions collectives. Bref, plus libre que le juge et quelque satisfaction d’amour-propre que lui procure l’appel à son expertise, l’historien tient à la liberté de sa recherche et de sa construction et n’entend pas se laisser instrumentaliser. Au niveau épistémologique, le problème, selon Yan Thomas [38], tient surtout à ce qu’histoire et justice n’entretiennent pas le même rapport au fait et au temps :

« Lorsqu’ils ont à construire un fait, historiens et juristes ne s’appuient pas sur une même idée de la vérité. Ce dernier point est de loin le plus important. Il commande en grande partie la discussion. On dit communément que la vérité en histoire est affaire d’adéquation du jugement aux faits alors que, en droit, le jugement ne constate pas, mais déclare la vérité […] Les faits traités par le droit et portés à la connaissance des juges n’ont aucune consistance propre s’ils n’ont d’abord reçu leur signification d’une loi [39] […] La factualité même du fait n’est pas de même nature pour les historiens et pour les juristes. Pour les historiens elle s’impose d’emblée. Pour les juristes, elle est subordonnée à une signification normative antérieure. Avant même d’être avérés, les faits sont qualifiés – qualifiés, donc pré-jugés […] Les faits à l’élucidation desquels l’historien apporte éventuellement sont concours sont déjà informés par un jugement qui n’est pas le sien […] La frontière entre l’histoire et le droit n’oppose pas seulement jugement de réalité et jugement de valeur mais traverse aussi le fait lui-même puisque, en droit, celui-ci est nécessairement prédéterminé. »

En ce qui concerne le temps, la divergence réside

« Surtout dans l’idée de temps sous-jacente au travail historique et à la pratique du droit. L’approche des historiens récuse, par hypothèse, cette temporalité immobile que le droit en général, que la loi d’imprescriptibilité en particulier, instituent. »

La notion d’imprescriptibilité fonde « une atemporalité juridique étrangère à la durée dont s’occupe l’histoire » [40]. Le temps immobile du droit – tant que vivent encore de présumés coupables – est incompatible avec le temps mobile de l’historien qui navigue sans cesse entre présent et passé.
Il n’empêche : pour la plupart des intervenants dans ces débats (y compris Y. Thomas) l’historien ne peut se soustraire à la demande sociale. Il est « investi à la fois d’un statut scientifique et d’une fonction sociale. D’où la nécessité, pour lui, de concilier responsabilité civique et rigueur épistémologique » [41]. Sa contribution est de participer éventuellement à la fourniture de la preuve et à l’examen critique des témoignages [42] mais elle consiste surtout à mettre en évidence le contexte dans lequel les décisions ont été prises et les actes accomplis. « Et par conséquent l’histoire, qui renseigne sur le climat d’une époque, est indispensable à la sagesse des tribunaux" » [43]. L’historien est utile, sinon pour « dire la vérité », du moins pour débusquer l’anachronisme.

Histoire vs/ mémoire.
Bien que liée au débat précédent par la question du témoignage, la confrontation entre histoire et mémoire tient surtout à l’intérêt croissant que, dans les trois dernières décennies du XXe siècle, de plus en plus d’historiens manifestent pour cette dernière. D’une part, le recueil de la mémoire des témoins et acteurs du passé devient une des sources du chercheur, d’autre part les mémoires sont, en elles-mêmes, objet d’histoire. La manifestation la plus éclatante de cet intérêt est la publication, à partir de 1984, des Lieux de Mémoire [44], sous la direction de Pierre Nora qui ouvre le premier volume par un texte programmatique et théorique [45]. Présente dans de nombreuses publications ultérieures [46], la problématique des rapports histoire/mémoire est globalement reprise, en 2000, par Paul Ricœur dans La mémoire, l’histoire, l’oubli [47] et dans les réponses qu’il donne aux commentaires de son ouvrage [48]. La mémoire a une « visée de fidélité » quand l’histoire a « un projet de vérité » [49]. Elle est rapport vivant et intime au passé quand l’histoire entretient un rapport externe avec ses traces surtout matérielles. Cependant, leur rapport au temps présente des similitudes car l’une et l’autre sont « une vision du passé toujours filtrée par le présent » [50] et le témoin du passé « le dit avec les mots qui sont ceux de l’époque où il témoigne, à partir d’un questionnement et d’une attente implicite qui sont eux aussi contemporains de son témoignage » [51]. L’historien, au demeurant, n’échappe pas à sa mémoire personnelle. N’est-on pas, se demande Annette Wieviorka [52], en présence de deux vérités et l’historien, à l’écoute d’ « une voix humaine qui a traversé l’histoire », ne rencontre-t-il pas « de façon oblique, la vérité non des faits, mais celle plus subtile mais aussi indispensable d’une époque et d’une expérience ». Elle conclut [53] :

« Comment construire un discours historique cohérent s’il est constamment opposé à une autre vérité qui est celle de la mémoire individuelle ? Comment inciter à réfléchir, à penser, à être rigoureux quand les sentiments et les émotions envahissent la scène publique ? »

C’est que, dans la période récente, les « porteurs de mémoires » ne sont plus seulement des sources pour les historiens ou des animateurs de commémorations, certains, se posant en victimes, demandent reconnaissance voire réparation et parviennent parfois à convaincre les pouvoirs publics d’adopter des dispositions « mémorielles ». Certaines lois comportent des injonctions faites aux chercheurs et aux enseignants d’histoire de mettre l’accent sur des épisodes qui auraient été occultés, voire de porter tel ou tel jugement de valeur sur ces épisodes. Ce qui ne manque pas de soulever l’indignation de beaucoup d’historiens : en témoignent le lancement de pétitions [54], la création d’associations ou encore le texte virulent de Pierre Nora dans Le Débat en 2006 [55] qui dénonce « la toute-puissance de l’hégémonie mémorielle » et l’ « insupportable soupçon » qu’elle fait peser sur les historiens.

C’est bien, en effet, une ère du soupçon qui s’est ouverte pour l’histoire au cours des dernières décennies. Est-il donc impossible d’échapper à l’horizon du langage ? Toutes les représentations du passé se valent-elles ? Face aux procès en délégitimation qui lui sont intentés, comment l’historien peut-il maintenir le « projet de vérité » dont parle Ricœur ? Et, tout d’abord, qu’en est-il de cette réalité du passé dont il a l’ambition de rendre compte ?

La réalité du passé : le problème du fait
Bien avant que surgissent tous les débats que l’on vient d’évoquer, les historiens s’étaient demandé : peut-on saisir ce qui est réellement arrivé, peut-on faire, pour reprendre une formule de Leopold von Ranke, un « exposé strict des faits » ? Fustel de Coulanges le pensait qui écrivait, au début de La monarchie franque, que l’histoire « consiste, comme toute science, à constater des faits, à les analyser, à les rapprocher, à en marquer le lien », que « l’historien n’a d’autre ambition que de bien voir les faits et de les comprendre avec exactitude », qu’il « les cherche et les atteint par l’observation minutieuse des textes, comme le chimiste trouve les siens dans des expériences minutieusement conduites" [56]. « J’ai lu" » devient « Je vois » résume, à son propos, François Hartog [57].
Faisant explicitement référence (en note) à Fustel, Langlois et Seignobos réfutaient cette position dans leur Introduction aux études historiques de 1898 [58] :

« On dit volontiers que l’histoire est la "vision" des faits passés et qu’elle procède par analyse ; ce sont deux métaphores dangereuses si on en est dupe. En histoire on ne voit rien de réel que du papier écrit et, quelquefois, des monuments et des produits de fabrication. L’historien n’a aucun objet à analyser réellement. »

Les deux auteurs ne dissipaient pourtant pas assez nettement l’image d’un historien « trouvant » les faits … tout faits, puisqu’ils parlaient plus loin de « faits extraits des documents » que l’on « range » dans des « cadres ». Seignobos avait beau, en 1901, dans La méthode historique appliquée aux sciences sociales [59] , préciser le propos, parler d’"établir" et de "déterminer" les faits, les historiens de la génération suivante, profitant - non sans mauvaise foi - de ces hésitations de langage, se déchaînèrent contre ceux qu’ils qualifièrent de « positivistes ». Il revint à Lucien Febvre, dans une conférence aux élèves de l’Ecole normale supérieure, en 1941 [60], de fustiger leur "respect puéril et dévotieux du fait", des faits que l’historien "n’aurait plus qu’à enregistrer". Dans son compte-rendu de L’introduction à l’histoire de Louis Halphen, en 1946 [61], Febvre écrivait :

« Car enfin, les faits … Qu’appelez-vous les faits ? Que mettez-vous derrière ce petit mot, "fait" ? Les faits, pensez-vous qu’ils sont donnés à l’historien comme des réalités substantielles que le temps a enfouies plus ou moins profondément et qu’il suffirait de déterrer, de nettoyer, de présenter en belle lumière à nos contemporains. »

Le fait historique, disait Febvre, n’est pas « donné » à l’historien, celui-ci le « construit ». Cette notion de construction est reprise en 1954 par Henri-Irénée Marrou [62] qui ironise, lui aussi, sur « le parfait manuel de l’érudit positiviste, notre vieux compagnon le Langlois et Seignobos » pour qui l’histoire « existe, latente, mais déjà réelle, dans les documents, dès avant qu’intervienne le labeur de l’historien » : celui-ci n’a plus qu’à « rapporter avec exactitude » le « pur froment des faits » qui « peu à peu s’accumule dans ses fiches ». Et Marrou de conclure : « En un mot, il ne construit pas l’histoire, il la retrouve ». Dans un Appendice adjoint à l’édition de 1959 [63] il précise, parlant du fait historique :

« Il importe de ne pas s’en faire une image en quelque sorte atomistique, comme si l’histoire se composait au moyen d’une multiplicité de petits noyaux durs de réalité factuelle. »

Marrou renvoie à la formule de Raymond Aron pour qui « il n’existe pas de réalité historique toute faite avant la science qu’il conviendrait simplement de reproduire avec fidélité » [64]. C’est également Aron que cite, en 1949, Philippe Ariès qui affirme [65] :

« Le fait est bien chez l’historien mais il n’est pas avant lui dans le document : il est une construction de l’historien. »

Ainsi, peu à peu, chemine, chez les historiens professionnels, la notion de construction des faits. Ceux-ci ne sont pas des fragments de la réalité du passé que l’on mettrait au jour, dont on vérifierait l’authenticité puis qu’on ordonnerait en un récit ou un tableau en les laissant, en quelque sorte, parler eux-mêmes. Dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli [66], Paul Ricœur résume le chemin parcouru dans cette compréhension du fait historique :

« Une épistémologie vigilante met ici en garde contre l’illusion de croire que ce que l’on appelle fait coïncide avec ce qui s’est réellement passé, voire avec la mémoire vive qu’en ont les témoins oculaires, comme si les faits dormaient dans les documents jusqu’à ce que les historiens les extraient […] Le fait n’est pas l’événement lui-même rendu à la vie d’une conscience témoin, mais le contenu d’un énoncé visant à le représenter. En ce sens, il faudrait toujours écrire : le fait que ceci ou cela est arrivé. »

Le fait construit n’est pas l’événement au sens de ce qui est réellement advenu. Il en est l’interprétation et ceci à toutes les étapes du travail de l’historien. Pour Antoine Prost [67]

« On devrait cesser d’utiliser le concept de « fait » qu’ignore d’ailleurs l’historiographie anglo-saxonne. Dès qu’on parle d’établir des faits par la méthode critique, on concède en effet une dissociation entre l’établissement des faits et leur explication, ou leur interprétation, qui n’est pas tenable […] En réalité le travail d’interprétation est en œuvre dès le début. L’historien est comme le chef qui fait son marché : il sait quelle cuisine il va faire […] Les « faits » sont toujours intégrés à des ensembles discursifs où ils prennent sens et dont on ne saurait les dissocier ; ils servent de preuves à l’intérieur d’une argumentation […] Pour fonder la prétention de l’histoire à dire du vrai sur le réel, il faut donc partir, non des « faits », mais des ensembles discursifs que construisent les historiens. »

C’est cette conception dynamique du fait que le philosophe Michel Meyer présente dans De la problématologie [68]

« Il n’est pas de réalité qui ne se présente comme réponse et qui, à ce titre, ne renvoie, fût-ce le temps d’un éclair, à une question sous-jacente. »

A la « factualité » (les faits s’imposent d’eux-mêmes) l’auteur oppose la « factualisation » [69] :

« On ne part pas de faits qui se donneraient individuellement mais de factualisations interdépendantes dont le tissu provient d’une problématique synthétique. »

On remarquera que l’histoire enseignée dans le secondaire ne pose pas la question du statut du fait. Il n’est question que du type de faits à prendre considération (avec un élargissement, surtout dans la seconde moitié du 20e siècle, aux faits économiques, sociaux et culturels, aux "faits de civilisation") et de la nécessité de les sélectionner (1890 : "S’en tenir aux faits dont les conséquences ont duré" ; 1995 : "S’en tenir aux faits signifiants"). On ne note que deux vagues allusions épistémologiques dans les textes officiels : en 1954 il est prescrit de "faire jaillir les faits essentiels" des documents, formulation plus conforme à celle de Fustel de Coulanges qu’à celles de Febvre et Marrou ; en 1986, il s’agit d’apprendre aux élèves le "consentement aux faits et au réel" … ce qui est tout aussi passif.

Les historiens affichent leur réalisme et leur visée de vérité.
Certes les faits ne sont pas des morceaux d’une réalité passée qu’on assemble, comme un puzzle, pour en dire l’histoire. Il n’en reste pas moins que, comme le dit Antoine Prost [70], « il faut fonder la prétention à dire du vrai sur un réel ». Face aux mises en cause, évoquées plus haut, d’une réalité extérieure au discours et de la capacité à en rendre compte, la réaction de la communauté historienne française contemporaine est nette. Christian Delacroix parle d’un « consensus des historiens français sur la visée de vérité de l’histoire et sur un réalisme minimum » [71].

La voie de ce consensus est jalonnée par Paul Ricœur. Son originalité parmi les philosophes et l’intérêt de ses analyses pour les historiens résident en ce qu’il connaît bien l’historiographie récente. Christian Delacroix [72] remarque :

« Il lit vraiment les historiens (leurs œuvres, leurs travaux empiriques et pas seulement leurs discours ou essais réflexifs) et c’est à partir de l’analyse de leurs pratiques qu’il avance des positions épistémologiques que ceux-ci peuvent à leur tour s’approprier pour réfléchir sur leur discipline. »

Ricœur a abordé la question de la vérité de l’histoire dès 1952 [73]. Il la reprend, en 1983-1985, dans Temps et récit où, réfutant les thèses d’Hayden White, il affiche nettement son réalisme [74] :

« Même si le passé n’est plus et si, selon l’expression d’Augustin, il ne peut être atteint que dans le présent du passé, c’est-à-dire à travers les traces du passé devenues documents pour l’historien, il reste que le passé a eu lieu. L’événement passé, aussi absent qu’il soit à la perception présente, n’en gouverne pas moins l’intentionnalité historique. »

Il écrit encore, dans un chapitre intitulé significativement « La réalité du passé historique » [75] :

« Les constructions de l’historien ont l’ambition d’être des reconstructions plus ou moins approchées de ce qui, un jour, fut "réel" […] C’est la tâche d’une réflexion philosophique de porter au jour les présuppositions de ce "réalisme" tacite que ne réussit pas à abolir le "constructivisme" le plus militant de la plupart des historiens épistémologues. »

Ultérieurement, dans un article qui se veut « plaidoyer pour la fonction référentielle de l’histoire » Ricœur parle de « réalisme critique de la connaissance historique » [76] et, dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli, toujours à ce propos, il emprunte à la critique littéraire la notion de pacte de lecture [77] :

« L’auteur et le lecteur d’un texte historique conviennent qu’il sera traité de situations, d’événements, d’enchaînements, de personnages qui ont réellement existé auparavant, c’est-à-dire avant que le récit en soit fait, l’intérêt de la lecture venant comme par surcroît. »

Parmi les historiens eux-mêmes, l’un des premiers à réagir aux mises en cause du réalisme de l’histoire est Roger Chartier qui, dans un texte de 1987 [78], en des termes très semblables à ceux de Ricœur, affirme :

« Récit parmi d’autres récits, l’histoire se singularise pourtant par le fait qu’elle entretient un rapport spécifique à la vérité ou, plutôt, que ses constructions narratives entendent être la reconstruction d’un passé qui a été. Cette référence à une réalité située hors et avant le texte historique, et que celui-ci a fonction de restituer à sa manière, n’a été abdiquée par aucune des formes de la construction historique : mieux même, elle est ce qui constitue l’histoire dans sa différence maintenue avec la fable et la fiction. »

En 1998 [79], au sujet de la « position relativiste à la Hayden White », il écrit :

« Contre cette dissolution du statut de connaissance de l’histoire, souvent tenue aux Etats-Unis pour une figure du postmodernisme, il faut soutenir avec force que l’histoire est commandée par une intention de vérité, que le passé qu’elle donne comme objet est une réalité extérieure au discours et que sa connaissance peut être contrôlée. »

Ainsi sont affirmées clairement, par l’historien comme par le philosophe, la réalité du passé (extérieure au discours), l’ambition de vérité de l’histoire, le caractère de reconstruction de celle-ci, son ouverture au contrôle. Positions que l’on retrouve chez d’autres historiens s’interrogeant sur ces problèmes. On se contentera de trois exemples. En 1989, Krzysztof Pomian écrit dans Le Débat sous le titre « Histoire et fiction » [80] :

« Il existe des narrations dont l’appartenance est difficile à établir et d’autres où la frontière entre histoire et fiction est une frontière interne qui sépare, le long d’un tracé sinueux, les paragraphes, voire les phrases. Dans leur immense majorité, la critique parvient à résoudre de tels problèmes. Et les rares cas intraitables ne suffisent pas à invalider la thèse selon laquelle les narrations fictionnelles du passé diffèrent des narrations historiques précisément en ce que les premières ne permettent pas de sortir du texte et de contrôler son adéquation à une réalité extratextuelle, et le plus souvent même n’y invitent pas, tandis que les secondes y invitent toujours et, en règle générale le permettent. »

Bernard Lepetit affirme, en 1995, dans Les formes de l’expérience [81] :

« Si l’histoire est écriture, le raisonnement historique n’est réductible ni à une duplication du réel, ni à un agencement linguistique. Elle se donne la réalité comme visée, mais organise à partir du travail de modélisation les contours et les caractères de la représentation explicative qu’elle en propose. »

Et Jacques Revel, dans Le Débat, en 1999 [82], faisant allusion à « la tentation d’un relativisme généralisé » écrit, à propos du livre de Roger Chartier :

« N’y a-t-il pas, pourtant, quelque risque à en rester à ces débats de principe et ne convient-il pas de revenir, pour finir, sur le sol un peu rugueux qui est celui des historiens ? Il est plus qu’utile, il est nécessaire de rappeler qu’une pratique scientifique qui ne supposerait pas qu’elle vise quelque chose d’extérieur à son propre discours se dénierait elle-même et la remarque ne vaut pas que pour les historiens. »

L’enseignement primaire et secondaire de l’histoire aborde-t-il cette question de la vérité ? Les anciens manuels scolaires élémentaires commençaient, jadis, par quelques considérations générales sur l’histoire et les raisons de l’étudier. Le plus ancien, l’Instruction sur l’histoire de France par demandes et réponses de l’abbé Claude Le Ragois, dont la première édition remonte à 1684 et qui servira de manuel pendant deux siècles, commençait ainsi :

« - Qu’est-ce que l’histoire ?

- C’est le récit véritable des événements passés. »

La formule fut parfois reprise, sous la Troisième République, par exemple dans les manuels des éditions Hachette pour l’enseignement primaire de Ducoudray puis de Gauthier-Deschamps qui affirmaient d’entrée :

« L’histoire est le récit vrai des événements passés. »

Et l’exigence de « vérité » vient aussi sous la plume de certains auteurs de manuels de sixième des années 1950-1960, le programme de cette classe prescrivant alors une définition de l’histoire et de ses finalités.
Pourtant, dans les programmes et instructions, les occurrences du mot « vérité » sont exceptionnelles. Elles ne concernent que l’enseignement primaire et seulement dans la première moitié du 20e siècle. Les instructions de 1923 abordent ainsi la question [83] :

« On s’est parfois demandé quel devait être, à l’école primaire, le caractère de l’enseignement historique et géographique : on a voulu opposer le point de vue scientifique et le point de vue civique, les uns soutenant que l’historien, même à l’école primaire, ne doit avoir d’autre souci que de dire toute la vérité, les autres estimant que l’instituteur doit surtout s’attacher à cultiver, par le récit des gloires et par la description des beautés de notre pays, le sentiment patriotique.
Nous nous refusons à poser le problème en ces termes. Nous nous refusons à opposer les droits de la science et les droits de la France. Le patriotisme français n’a rien à craindre de la vérité. Ce ne sont pas seulement les gloires communes, ce ne sont pas seulement les gloires communes, ce sont aussi, ce sont surtout les souffrances communes qui scellent l’unité nationale. L’instituteur n’a pas à les dissimuler. Certes, l’enfant de l’école primaire est trop jeune pour qu’on étale devant lui et qu’on livre à sa libre discussion tous les documents sur lesquels pâlissent les historiens. Mais l’instituteur peut, sans hésiter, lui raconter l’histoire de notre pays telle qu’elle résulte des recherches impartiales des savants. La place de la France dans le monde est assez grande, son rôle assez noble, pour qu’un enseignement sincère, soucieux de la vérité jusqu’à l’intransigeance, favorise l’éclosion et l’épanouissement du sentiment patriotique. »

Sous la signature de Jérôme Carcopino, les instructions de 1942 pour l’enseignement élémentaire [84] posent le problème dans les mêmes termes :

« Il ne s’agit pas de transformer l’histoire de France en apologie perpétuelle, de nier les erreurs, les fautes, les crimes même dont malheureusement ne sont exemptes les annales d’aucun pays. A l’école primaire, comme dans les ouvrages de la science, le souci de la vérité reste le grand devoir du maître. Mais ce n’est pas manquer à ce devoir de d’aborder l’Histoire de France dans un esprit de sympathie, que d’y rechercher ce qui est de nature à réunir les Français plutôt qu’à les diviser, que d’y mettre en lumière ce qu’elle renferme d’admirable et parfois même de merveilleux. »

Par la suite, dans les instructions, la question de la vérité n’est plus abordée. Sans doute cet objectif va-t-il de soi … C’est après-coup que Dominique Borne - qui a joué un rôle majeur dans l’élaboration des programmes et de leurs commentaires à la fin du XXe siècle - pose la question de la vérité dans l’enseignement (et pas seulement dans celui de l’histoire) [85]. Il affirme l’existence de vérités incontestables et qui ne sont pas seulement factuelles :

« Ces repères, qu’ils identifient des faits scientifiquement avérés [86] ou qu’ils posent les principes fondateurs de la communauté des citoyens à l’échelle nationale [87], européenne et mondiale, sont les vérités de tous et de chacun, elles n’appartiennent pas au domaine de l’opinion et ne sont donc pas, en classe, l’objet d’un quelconque débat […] Elles combattent tous les poisons du relativisme et constituent également un remède contre les vérités révélées mais excluantes puisque proclamées par des communautés closes. »

En même temps, il insiste pour que "les élèves perçoivent à tout moment que ce n’est pas la vérité mais sa recherche qui leur est enseignée" [88].

Quels chemins vers la vérité ?
La difficulté vient de ce que, si « toute vérité n’est pas bonne à dire », il n’y a pas, pour autant, de critère général de la vérité. Ni essentialiste, ni relativiste, la conception que les historiens français d’aujourd’hui se font de la vérité est, à la fois, « dynamique » et « pluraliste », pour reprendre une formule d’Enrico Castelli Gattinara [89].
L’opération historique nous semble présenter aujourd’hui, pour la grande majorité des historiens de métier, quelques caractéristiques spécifiques que l’on peut rappeler sommairement.

Reconstruction
La vérité historique n’est pas la copie conforme de la réalité passée. Dans le présent de l’historien, à distance d’un passé dont ne subsistent que des traces éparses, l’histoire ne peut être qu’une reconstruction, "une activité de notre entendement sur la réalité" [90]. Déjà Langlois et Seignobos – leurs détracteurs ne le signalent pas - ouvraient la dernière partie de leur Introduction par un chapitre intitulé « Conditions générales de la construction historique ».
La notion d’adéquation n’est donc plus recevable [91]. Celle de représentation [92] semble trop polysémique. Aussi, pour qualifier ce que l’histoire est capable de dire de la réalité passée, Paul Ricœur lui préfère-t-il celle de représentance :

« Nous donnerons le nom de représentance (ou de lieutenance) aux rapports entre les constructions de l’histoire et leur vis-à-vis, à savoir un passé tout à la fois aboli et préservé dans ses traces [93].

Entre la trace et ce dont elle est la trace il n’existe pas une relation de correspondance du genre de la copie ou de la projection cartographique, mais une fonction vicaire de lieu-tenance, dont la langue allemande rend compte en distinguant Vertretung de Vorstellung. La Vorstellung est l’image mentale qu’un sujet donne d’une chose extérieure absente. La Vertretung est la relation en vertu de laquelle un représentant tient lieu de celui qu’il représente en son absence. C’est le cas de la trace dont on peut considérer par cette fonction vicaire la référence indirecte propre à l’histoire à l’égard du passé [94].

Je n’ai guère jusqu’à présent prononcé le mot "vérité", ni même risqué une affirmation concernant la vérité en histoire […] Qu’est-ce que le mot ajouterait au mot "représentance" ? Une assertion risquée qui engage le discours de l’histoire non pas seulement dans un rapport avec la mémoire […] mais dans un rapport avec les autres sciences, sciences humaines et sciences de la nature. C’est par rapport à ces autres sciences que la prétention à la vérité de l’histoire fait sens [95]. »

Choix
« Arrangement du passé » [96], le travail de l’historien est jalonné de choix. Parlant du « texte scientifique factuel », Lorenzo Bonoli écrit [97] :

« Il n’est plus possible de penser le texte comme un miroir de la réalité. Une référence purement reproductive se heurte, d’une part à la nature arbitraire du signe et, de l’autre, au travail de sélection et d’organisation que le chercheur accomplit sur le matériau de ses observations pour aboutir à la rédaction du texte. Plus qu’une copie de la réalité, le texte apparaît comme un lieu d’articulation entre une réalité externe observée et des contraintes linguistiques, conceptuelles et méthodologiques propres aux différentes disciplines. »

« Travail de sélection et d’organisation » ? Parmi les traces du passé, l’historien sélectionne celles dont il fait ses "sources" (son "corpus") en fonction des possibilités d’y accéder et selon ses compétences. Si ces traces sont surabondantes, il procède par échantillons. Dans l’ensemble des actes humains, il retient de préférence ceux qui lui paraissent porteurs de sens dans l’optique de sa problématique initiale, ceux qui confirment ou infirment ses hypothèses, ceux qui exemplifient son argumentation. Il a souvent tendance à privilégier les événements qui lui semblent importants soit par leur répétition, soit par leur caractère novateur, soit par leur retentissement (avec le risque de ne mettre en valeur que les "faits vainqueurs"). Il fait des choix stylistiques et, consciemment ou non, utilise préférentiellement un temps de la conjugaison, naguère généralement le passé, aujourd’hui plutôt le présent [98]. Enfin, les faits qu’il a construits, il les organise temporellement, procède à une « périodisation », fait apparaître synchronies et diachronies, joue sur les durées. Il élabore un plan à l’intérieur duquel il combine séquences narratives, explicatives et argumentatives.

Ouverture
Une histoire est toujours incomplète, toujours inachevée. "Je m’arrête ici. L’histoire continue", tels sont les derniers mots de l’ "essai d’ego-histoire" de Georges Duby [99]. La connaissance historique s’enrichit périodiquement de l’ouverture de nouveaux champs de recherche, de la mobilisation de nouvelles sources, de l’élaboration de nouvelles problématiques et elle ne peut jamais prétendre à l’exhaustivité. Il n’y a pas de "ligne d’arrivée définitive du savoir" [100]. De ce fait, la dynamique de l’histoire tient aussi à ce que ses interprétations du passé peuvent être invalidées par de nouvelles recherches. Parlant de l’histoire, Michel de Certeau écrit [101] :

« Non qu’elle dise la vérité. Jamais historien n’a eu pareille prétention. Plutôt, avec l’appareil de la critique, l’érudit enlève de l’erreur aux « fables ». Le terrain qu’il gagne sur elles, il l’acquiert en diagnostiquant du faux. Il creuse dans le langage reçu la place qu’il donne à sa discipline comme si, installé au milieu des narrativités stratifiées et combinées d’une société (tout ce qu’elle se raconte et s’est raconté), il s’employait à pourchasser le faux plutôt qu’à construire le vrai ou comme s’il ne produisait de la vérité qu’en déterminant de l’erreur. Son travail serait celui du négatif ou, pour emprunter à Popper un terme mieux approprié, un travail de la « falsification ». »

En ce sens, si vérité historique il y a, elle est toujours datée : il y a une "historicité de l’histoire" et il incombe à l’historiographie et à l’épistémologie d’en rendre compte. En dehors même des ouvrages qui leur sont spécifiquement dévolus [102], ces postures réflexives sont de plus en plus intégrées dans les productions des historiens de métier. Déjà, dans les années 1970, les volumes de la collection "Nouvelle Clio" [103] faisaient une large place à des chapitres traitant de "débats" et "problèmes". Aujourd’hui une collection s’intitule "L’histoire en débats" [104].

Méthodes
Qu’elle puisse ou non être qualifiée de science, l’histoire est un mode de connaissance rationnel ou, pour le moins, méthodique, étant entendu que la maîtrise de la méthode n’est pas suffisante et doit s’accompagner d’une réflexion sur l’objet. Depuis plus d’un siècle, les méthodes s’apprennent et se pratiquent dans un cadre institutionnel, celui des universités et autres institutions d’enseignement et de recherche. Si, dans le contexte actuel, les historiens institutionnels aiment à rappeler qu’ils ont acquis une compétence particulière pour parler du passé, très peu parmi eux, cependant, dénient la qualité d’ « historien » à des personnes qui ne sont pas passées par le même « moule » qu’eux, dès lors qu’elles respectent la même méthodologie.
Cette méthodologie a elle-même une histoire. Prises une à une, bien des règles codifiées par Langlois, Seignobos et d’autres il y a un siècle ne sont pas caduques : l’historien se livre toujours à une analyse critique des traces pour en faire des sources fiables, il doit administrer la preuve de ce qu’il avance et pratiquer un raisonnement constructif pour faire comprendre le passé qu’il rapporte. Ce qui a surtout changé, c’est que ces opérations ne sont plus conçues comme successives (opérations analytiques aboutissant à l’établissement des faits avérés puis opérations synthétiques consistant à les organiser) mais comme indissociables : de bout en bout l’opération historique est interprétation, en réponse à une problématique initiale [105].

Référence
Référentielle, l’histoire l’est doublement. Elle l’est, on l’a dit, dans la mesure où, à la différence de la fiction, elle se réfère explicitement à « ce qui, un jour, fut » et où elle entend se limiter à la reconstruction de cet objet. Son caractère référentiel réside aussi dans le fait que l’historien digne de ce nom doit fournir au destinataire de ses recherches les indices qui lui permettent de vérifier ses dires. Son texte est accompagné d’une "paratexte" : notes infra - paginales [106], indication des sources, bibliographie. Toutefois, si abondantes soient-elles, ces indications ne garantissent pas la qualité d’une recherche : l’approche du vrai ne procède pas mécaniquement du brassage d’une imposante documentation.

Intersubjectivité
Pratique sociale, et par son objet (le passé des sociétés humaines), et par la fonction qu’on lui assigne (au premier chef par le biais de son enseignement), l’histoire l’est aussi dans sa « fabrication ». Dans le cadre professionnel au moins, elle est le fruit d’une collaboration. "En l’absence d’un accès direct au réel, l’objectivité scientifique se construit dans l’intersubjectivité rationnelle" écrit Jean-Michel Berthelot [107]. Cette intersubjectivité suffit-elle à garantir une vérité de l’histoire ? Faisant référence aux positions philosophiques d’un Pierce ou d’un Habermas, Gérard Noiriel se demande si l’on peut assimiler véracité et validation par les pairs [108] :

« A partir du moment où la vérité historique n’est garantie par aucun fondement extérieur à la pratique, la question du "langage commun" prend une importance décisive. Une connaissance historique ne peut désormais être considérée comme "vraie" que si elle est validée comme telle par les autres historiens compétents […] C’est ce qui explique, d’une part que toute la profession historienne soit organisée autour de procédures de jugement (jurys de thèse, commissions de "spécialistes", etc.) destinées à évaluer les capacités scientifiques de ceux qui souhaitent exercer cette profession et que, d’autre part, l’écriture de l’histoire ne puisse faire l’économie d’un système de références permettant aux lecteurs de vérifier les affirmations de l’auteur. »

Antoine Prost est très sceptique sur la valeur de ces formes de validation [109] :

« Les soutenances et colloques, qui devraient constituer les moments mêmes de la confrontation scientifique, sont aussi, sinon d’abord, des manifestations de sociabilité où la bienséance l’emporte sur la rigueur et la recherche de vérité […] Les enjeux véritables ne sont pas de l’ordre de la science mais de la sociabilité professionnelle et des stratégies de pouvoir. »


Ces jugements sur les procédures de certification et sur leurs multiples enjeux nous conduisent, en terminant, à expliquer ce qui peut apparaître au lecteur comme une grave lacune dans notre démarche. Nous avons fait le choix d’aborder la question de la vérité par un biais : l’ambition qu’a l’historien de rendre compte de la réalité du passé. En focalisant ainsi le débat nous avons laissé de côté un autre aspect, celui de l’"objectivité" entendue, non plus au sens de l’affirmation de l’existence d’une réalité, mais au sens de l’impartialité. Nous avons fait ce choix parce qu’il nous semble qu’il y a une « évidence naïve » qui, elle, n’a plus cours depuis longtemps, du moins dans la profession : il s’agit de l’idée que l’historien puisse se départir de sa subjectivité, qu’il puisse être neutre [110]. Chacun admet aujourd’hui que sa reconstruction du passé est, plus ou moins consciemment, fonction d’autres enjeux que la recherche méthodique de la vérité : mémoire, sensibilité, goûts, choix idéologiques, engagements, perméabilité aux sollicitations et aux modes, stratégies de carrière et éditoriales [111].
Si cette question de l’impartialité n’est pas celle que nous avons choisi d’aborder, nous savons qu’elle est une des faces du débat et nous souscrivons donc à ce qu’écrivait Henri-Irénée Marrou à propos de la « double vérité » de l’histoire [112]

« La solution du problème de la vérité historique doit être formulée à la lumière de tout ce que nous a fait découvrir notre analyse critique : ni objectivisme pur, ni subjectivisme radical ; l’histoire est à la fois saisie de l’objet et aventure spirituelle du sujet connaissant […] Que dans cette connaissance il y ait nécessairement du subjectif, quelque chose de relatif à ma situation d’être dans le monde, n’empêche pas qu’elle puisse être en même temps une saisie authentique du passé. En fait, lorsque l’histoire est vraie, sa vérité est double, étant faite à la fois de vérité sur le passé et de témoignage sur l’historien. »

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[1] Évidence de l’histoire. Ce que voient les historiens, Éditions de l’EHESS, Paris, 2005, p. 15.

[2] Ibid. p. 234.

[3] "Tentons l’expérience", Annales ESC, n°6, novembre-décembre 1989, p. 1321.

[4] En particulier : André Burguière, "De la compréhension en histoire", ibid., n° 1, janvier-février 1990, p. 123-136 & Bernard Lepetit et Jacques Revel, "L’expérimentation contre l’arbitraire", ibid., n° 1, janvier février 1992, p. 261-265.

[5] "Histoire, vérités, méthodes. Des structures argumentatives de l’histoire", Le Débat, n° 92, novembre-décembre 1996, p. 127.

[6] En particulier : Krzysztof Pomian, "Histoire et fiction", Le Débat, n° 54, mars-avril 1989, p. 114-137 & "L’irréductible pluralité de l’histoire", ibid., n° 104, mars avril 1999, p. 171-178 ; Antoine Prost, "Mais comment donc l’histoire avance-t-elle ?", ibid. n° 103, janvier-février 1999, p. 148-153 ; dans le n° 122 de novembre-décembre 2002, le dossier "Autour de La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli de Paul Ricœur.

[7] Faire de l’histoire, Paris, Gallimard, 1974, 3 vol.

[8] En grec ancien le mot aléthéia désigne à la fois la vérité et la réalité et s’oppose à l’oubli (léthé)

[9] Encore faut-il préciser d’emblée que, pour Thomas d’Aquin, la vérité n’est pas un reflet de la réalité mais un rapport construit par la pensée. Le vrai n’est pas dans les choses mais dans l’entendement où se réalise l’adaequatio. Cf. Ingeborg Schlüsser, La question de la vérité, Lausanne, Payot, 2001 ; Michel Nodé-Langlois, Le vocabulaire de saint Thomas d’Aquin, article "Vérité", Paris, Ellipse, 1999.

[10] Ce qui n’autorise pas à titrer un ouvrage ou un article « La vérité sur … ». On peut s’étonner, par exemple, que le très sérieux comité de rédaction du magazine L’Histoire laisse souvent passer – voire afficher en première de couverture – un tel titre … même si c’est un moyen d’allécher l’acheteur.

[11] The linguistic turn, titre donné à un ouvrage collectif (qu’il coordonne) par la philosophe américain Richard Rorty, University of Chicago Press, 1967)

[12] Au bord de la falaise, Paris, Albin Michel, 1998, p. 94.

[13] "Le discours de l’histoire", Repris dans Poétique, 49, 1982.

[14] Vérité et justification, Paris, NRF, 2001, p. 264.

[15] Ibid. p. 272-274.

[16] A quoi bon la vérité ? Paris, Grasset, 2005, p. 59.

[17] Jean-Michel Berthelot, L’emprise du vrai. Connaissance scientifique et modernité, Paris, PUF, 2008.

[18] Metahistory. The historical imagination in Nineteenth Century Europe, John Hopkins University Press, 1973.

[19] Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966.

[20] Paris, Gallimard, 1969, p. 64-66.

[21] Foucault, Paris, Albin Michel, 2008, p. 39.

[22] "Foucault face à l’histoire", EspacesTemps, n°30, 1985, p. 4-22.

[23] « Le changement social : brève histoire d’un concept », in Bernard Lepetit (dir.), Les formes de l’expérience. Une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995.

[24] Paris, Seuil.

[25] Dans une réédition, en 1978, P. Veyne y ajoute un texte intitulé "Foucault révolutionne l’histoire".

[26] L’Ecriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975, p. 113.

[27] « L’histoire, science et fiction », Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Paris, Gallimard, 1987, p. 58.

[28] Ibid., p. 76.

[29] Le terme apparaît dans l’ouvrage d’Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, Paris, Seuil, 1987.

[30] Encore qu’en 1980, le linguiste Noam Chomsky accepte, au nom de la "liberté d’expression menacée", de préfacer le Mémoire en défense de Faurisson.

[31] Cité par H. Rousso, op.cit. p. 168-169.

[32] Le tribunal déclare "n’avoir ni compétence ni qualité" sur une matière qui doit "demeurer le domaine d’action exclusif de l’historien".

[33] En particulier Henry Rousso. C’est aussi le cas des signataires du texte paru dans Libération le 27 juillet 1997 (à propos de la table ronde Aubrac) qui dénonce un "mélange des genres" car "journalisme, justice, police et histoire n’ont pas le même rapport au temps, ni le même rapport aux faits, ni les mêmes méthodes d’analyse".

[34] Jean-Noël Jeanneney, Le passé dans le prétoire, Paris, Seuil, Essais, 1998 ; Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Plon, 1998 ; Henry Rousso, La hantise du passé, Paris, Textuel, 1998.

[35] Par exemple "Vérité judiciaire, vérité historique", Le Débat, n° 102, novembre décembre 1998, p. 3-51 (en particulier Yan Thomas, "La vérité, le temps, le juge et l’historien", p. 17-36) & "Vérité historique, vérité judiciaire", Droit et société, n° 38, 1998 (en particulier Jean-Clément Martin, "La démarche historique face à la vérité judiciaire").

[36] Le juge et l’historien, Paris, Verdier, 1997.

[37] Art. cit. p. 19.

[38] Ibid., p. 21-23 et 28.

[39] En l’occurrence la définition du "crime contre l’humanité".

[40] Art. cit., p. 29.

[41] Jean-Noël Jeanneney, op. cit. p. 154.

[42] Dans les procédures judiciaires où il est cité comme témoin, il n’est pas associé à la phase d’instruction où s’opère ce travail, mais seulement présent à l’audience où il ne doit utiliser aucun document. Ses compétences méthodologiques en la matière ne peuvent donc produire leur plein effet que lorsqu’il intervient en tant qu’expert.

[43] Jean-Noël Jeanneney, op. cit. p. 154.

[44] Nouvelle édition, Paris, Gallimard, Quarto, 1997.

[45] "Entre Mémoire et histoire", p. 23-43 de l’édition de 1997.

[46] Entre autres, au moment de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française.

[47] Paris, Seuil, 2000.

[48] En particulier "Autour de la Mémoire, l’histoire, l’oubli de Paul Ricœur", Esprit, août-septembre 2000, p. 16-71. &, sous le même titre, Le Débat, n° 122, novembre-décembre 2002, p. 3-41.

[49] Ricœur, La Mémoire …, op. cit., p. 646.

[50] Enzo Traverso, Le passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique, Paris, La Fabrique éditions, 2005, p. 20.

[51] Annette Wieviorka, L’Ère du témoin, Paris, Plon, 1998, p. 12.

[52] Ibid. p 168.

[53] Ibid. p. 180.

[54] « Dans un Etat libre, il n’appartient pas au Parlement, ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique » (Pétition « Liberté pour l’histoire, 12 décembre 2005)

[55] "Malaise dans l’identité historienne", n° 141, septembre-octobre 2006, p. 48-52.

[56] Histoire des institutions politiques de l’ancienne France. T. 1, La Monarchie franque, Paris, Hachette, 1875, p. 32-33.

[57] Évidence de l’histoire, op. cit., p.150.

[58] Rééd. Kimé, Paris, p. 78-79.

[59] Paris, Alcan, 1901, p. 5.

[60] Combats pour l’histoire, Paris, A. Colin, 1992, p.22.

[61] Ibid. p. 115-116.

[62] De la connaissance historique, Paris, Seuil, 1954, p. 49-50.

[63] Ibid. p. 291.

[64] Introduction à la philosophie de l’histoire. Essai sur les limites de l’objectivité historique, Paris, Gallimard, 1948, p.120. Aron déclare aussi : "Nous avons vainement cherché une vérité faite d’adéquation au réel" (p. 151)

[65] Le temps de l’histoire, Paris, Seuil, 1986, p. 217-218.

[66] Op. cit. p. 226-227.

[67] « Histoire, vérités, méthodes », Le Débat, n° 92, novembre-décembre 1996, p. 131-132.

[68] PUF, 2008, p. 280.

[69] Ibid. p. 288-289.

[70] Cf. supra.

[71] « De quelque usages historiens de Paul Ricœur », L’histoire entre mémoire et épistémologie (Bertrand Müller dir.), Lausanne, Payot, 2005, p. 108.

[72] "Ce que Ricœur fait des Annales : méthodologie et épistémologie dans l’identité des Annales", C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia, Paul Ricœur et les sciences humaines, Paris, La Découverte, 2007, p. 209.

[73] "Objectivité et subjectivité en histoire", repris dans Histoire et vérité, Paris, Seuil, 1955.

[74] T. 1, Paris, Seuil, 1983, p. 154.

[75] Ibid. t. 3, p. 183.

[76] "Histoire et rhétorique", Diogène, n° 168, 1994, p. 25.

[77] Op. cit., p. 359.

[78] Repris dans Au bord de la falaise, Paris, Albin Michel, 1998, p. 247.

[79] Ibid. Introduction générale, p. 16.

[80] N° 54, mars-avril 1989, p .121.

[81] Paris, Albin Michel, p. 12.

[82] "Au pied de la falaise : retour aux pratiques", n° 103, janvier-février 1999, p. 159.

[83] Bulletin administratif du Ministère de l’instruction publique, n° 2517, 1 août 1923, p. 101-102.

[84] Journal officiel de l’Etat français, 21 mars 1942, p. 124a.

[85] Enseigner la vérité à l’école ? Quels enjeux ?, Paris, Armand Colin, 2007, p. 82.

[86] Il donne comme exemples le fait que" Dreyfus n’est pas l’auteur du bordereau et "que plusieurs millions de juifs sont morts dans les camps d’extermination nazis"

[87] Il cite, entre autres, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

[88] Op. cit. p. 154.

[89] "Vérités, histoires, réalités", EspacesTemps 84-85-86, 2004, p. 193-214. Ce qui suit doit beaucoup à cet article.

[90] Ibid. p. 204. Sur ce point, du moins, il n’y a pas rupture avec Thomas d’Aquin ou Kant. Cf. ci-dessus note 9.

[91] Encore que, selon Enrico Castelli Gattinara (ibid. p. 209) "une bonne partie des historiens de métier continuent à penser la vérité comme un reflet de la réalité"

[92] Déjà employée, elle aussi, par Langlois et Seignobos.

[93] Temps et récit, t. 3, op. cit. p. 183.

[94] "Histoire et rhétorique", art. cit, p. 25.

[95] La Mémoire, l’histoire, l’oubli, op. cit. p.365.

[96] Jacques Le Goff, Histoire et mémoire, Paris, Gallimard, 1988, p. 10.

[97] "Ecritures de la réalité", Poétique, n° 137, 2004, p. 29.

[98] Jean Leduc, Les historiens et le temps, Paris, Seuil, 1999.

[99] L’histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991, p. 221.

[100] Formule du philosophe italien Gianni Vattimo dans Le Monde du 2 mai 2008.

[101] Histoire et psychanalyse, op. cit., p. 53-54.

[102] Autre signe : l’introduction, en 1992, à l’oral du CAPES, d’une « épreuve sur dossier » qui, en histoire et géographie du moins, a pris une orientation très nettement épistémologique et historiographique.

[103] Presses universitaires de France.

[104] Seuil.

[105] Cf. Antoine Prost, "Histoire, vérités, méthodes", art. cit.

[106] A propos des fonctions de la note en bas de page, voir Yveline Lévy-Piarroux, "Les notes donnent le ton", EspacesTemps, 47-48, 1991, p. 21-33.

[107] L’empire du vrai, Paris, PUF, 2008, p. 144.

[108] Sur la "crise" de l’histoire, Paris, Belin, 1996, p. 186 et, pour la citation, p. 323.

[109] Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 1996, p. 51-52.

[110] « L’histoire est forcément une science subjective » écrivaient déjà Langlois et Seignobos, précisant, un peu plus loin, que « subjectif n’est pas synonyme d’irréel » (Introduction …, op. cit. p.179-181)

[111] Une soutenance d’habilitation à diriger des recherches doit, au demeurant, inclure désormais un peu d’ « ego-histoire ».

[112] De la connaissance historique, op. cit. p. 221.

 

 

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