Vous êtes ici

MONTER / DÉMONTER L'HISTOIRE DU CINÉMA

MONTER / DÉMONTER L'HISTOIRE DU CINÉMA

MONTER/DÉMONTER L'HISTOIRE DU CINÉMA

Le vendredi 1er juin 2018, l’APPIA propose une journée d’études internationale intitulée: « Monter/ démonter l’histoire du cinéma. Les archives et les anthologies cinématographiques ou audiovisuelles. » Elle intervient en point d’orgue aux réflexions menées dans le cadre de la saison « Muséalité du Mashup » en 2017. Elle bénéficie du soutien l'Institut d’histoire du temps présent et de l’ESTCA (Université Paris 8), ainsi que de la participation de Ciclic.

Elle se tient de 9h30 à 18h dans la salle de conférences du site Pouchet, 59-61 rue Pouchet, 75017 Paris.

9h30: Mot de bienvenue, par Christian Delage, directeur de l'IHTP

9h45: Introduction, par Stéphanie Louis (IHTP) et Alain Zind (Paris 8)

1. De quelques pratiques et usages institutionnels de l’anthologie filmique…

Modération : Christophe Gauthier (Ecole nationale des chartes)

10h15: « Film and Reality ou la naissance du film de compilation comme leçon d’histoire du cinéma », par Christophe Dupin (FIAF)

Inaugurée en juillet 1935 par le British Film Institute (lui-même créé deux ans plus tôt), la National Film Library (les archives britanniques du film, aujourd’hui BFI National Archive) eut dès son origine la double mission de conserver le patrimoine cinématographique (dans une perspective à la fois artistique que documentaire), et d’éduquer le public à la cinéphilie. C’est dans cette double optique que cette institution pionnière du patrimoine cinématographique mondial eut l’idée de produire rapidement des films de compilation retraçant certains aspects spécifiques de l’histoire du cinéma. Parmi eux, Film and Reality, produit de la rencontre entre la National Film Library et du documentariste Alberto Cavalcanti à la fin des années 30, propose une interprétation personnelle de l’histoire du réalisme au cinéma. Le film, regroupant une soixantaine d’extraits de films des origines du cinéma jusqu’aux années 30, bénéficia du concours des archives membres de la Fédération internationale des archive du film (FIAF), elle-même fondée en 1938, et dont le BFI fut l’un des quatre membres fondateurs. Il rencontra un vrai succès critique et populaire à sa sortie en 1942, pourtant limitée au seul secteur pédagogique et non-commercial en Grande-Bretagne.

10h45 Pause

11h15 : Les montages muets d’Henri Langlois, par Elodie Imbeau et Iris Deniziou (Cinémathèque française)

Pendant les années 1960 et 70, une série de montages de films, conçus par Henri Langlois, font le tour du monde.

Ce travail est entrepris dans le contexte du projet de sauvegarde des négatifs des vues Lumière, lancé après-guerre. Des vues Lumière sont associées pour créer des montages – structurés en général par pays ou par thématique – qui sont présentés à différents festivals internationaux. Les copies sont dupliquées, montées et remontées à plusieurs reprises afin de s’adapter, à chaque fois, au public local.

Les premiers montages Lumière donnent ensuite naissance à d’autres montages plus courts, dédiés à des personnalités (Cohl, Nadar, Edison…), à des genres (films à épisodes, films d’avant-garde, western…) ou à des thématiques plus précises (Paris, Shakespeare).

Dans ses montages les plus tardifs, Langlois tente de concentrer l’essentiel du cinéma dit des « premiers temps » et des années du muet. Loin des actuels montages rapides et virtuoses, ces montages réunissent des films entiers ou des séquences assez longues et peuvent s’étaler sur plusieurs heures. À travers des associations souvent visuelles, ils permettent à Henri Langlois de raconter sa propre histoire du cinéma et de faire découvrir au monde les collections de la Cinémathèque française.

12h15: Valorisation paradoxale: la compilation du cinéma muet chez Peter Delpeut (1989-1999), par Itzia Fernández Escareño (La Pizca Film research Mexico)

Les pratiques de la compilation ont permis une certaine sauvegarde comme histoire du cinéma du cinéma autoréflexive et sur son propre support. Le cinéaste Peter Delpeut en étroite collaboration avec le Neederlands Filmmuseum (1980-1999), ont produit une série de remontages exceptionnels en re-signifiant les origines de films muets d`entre 1895 aux années 1930, dans des modalités contemporaines bien différentes: fiction, documentaire, film essai, programme (de salle, de télévision), restauration. La contradiction réside dans le fait de rendre visible pour un spectateur contemporain le cinéma muet malgré ces ruines archéologiques du patrimoine cinématographique.

13h Pause déjeuner

2. Des gestes anthologiques, des auteurs et des dispositifs de présentation

Modération : Barbara Lemaître (Université Paris Nanterre)

14h15 : Célébrer le cinéma muet : les documentaires de Kevin Brownlow et David Gill, par Marie Frappat, Université Paris Diderot

Quelques années après la parution de La parade est passée (1968), la télévision britannique Thames commande à Kevin Brownlow et David Gill une série documentaire visant à célébrer les débuts du cinéma américain. Alternant témoignages, commentaires, documents d’époque et extraits de films soigneusement choisis, transférés et magnifiés par la musique de Carl Davis, Hollywood (1980) donne naissance à une nouvelle forme d’histoire audiovisuelle du cinéma que le duo reprendra dans de nombreux autres documentaires et qui visera à propager auprès des cinéphiles et des historiens l’amour du cinéma muet.

14h45 : Rendre hommage par le mashup : conversation avec le mashupeur Antonio Maria Da Silva, animée par Alain Zind

15h45 Pause

16h15: Images d’archives, collections de films amateurs, comment créer un espace de liberté pour les artistes?, par Gilbert Le Traon Responsable des collections Ciclic et la cinéaste Claire Fristot

Ciclic, l’agence régionale Centre-Val de Loire pour le livre, l’image et la culture numérique, ouvre ses collections de films amateurs et films de famille aux artistes. Le modèle de contractualisation avec les déposants ainsi que le modèle économique de l’agence, permettent aux artistes d’utiliser de nombreux fonds d’images sans avoir à se soucier des questions basiques de droit moral et de droits patrimoniaux. Une complicité s’est tissée au fil des ans avec Claire Fristot et Jan Bode, alias A-li-ce et Swub, avec Bandits-Mages de Bourges, avec Lætitia Hernot et Gabriel Foussard, Cie Verso-Recto ou encore avec Léo Favier, réalisateur de web-series. Ces artistes font vivre d’une manière contemporaine les images collectées auprès du millier de déposants de la Région Centre-Val de Loire. Leur vision, leur mode d’appréhension du monde, leur manière de mettre en scène et en espace, confèrent à ces films une autre dimension et leur offrent une autre lecture.

Depuis quatre ans, Ciclic participe régulièrement aux projets de Claire Fristot (aka A-li-ce), artiste vidéaste dont une partie de la recherche artistique questionne la mémoire des images et leur réutilisation dans la pratique contemporaine du remix.

Comment faire parler ces images aujourd’hui ? Comment leur redonner de la lisibilité au sens de Walter Benjamin ? Claire Fristot présentera notamment le processus de création de la performance audiovisuelle Intruders, créée en collaboration avec le compositeur Jan Bode, et dont le contenu rassemble 4000 samples audiovisuels issu du fonds Ciclic.

Cet échange avec la salle permettra d’éclairer le mode relationnel entre la structure et l’artiste, les attentes de l’une comme de l’autre, ainsi que les nouveaux horizons que ce type de partenariat peut ouvrir.

17h  : « Gardez les yeux ouverts » : tentative d’une effervescence active des images, par Adrien Genoudet (Paris 8, Collège de France)

De janvier à février 2018 a été présentée une installation de films dans le cadre du festival Hors Pistes, au Centre Pompidou, intitulée « Gardez les yeux ouverts ». À la fin du XIXe siècle, le banquier et philanthrope français Albert Kahn décide de créer les Bourses Autour du Monde afin de financer des voyages d’étude dans le monde entier. La seule consigne donnée aux boursiers est de « garder les yeux ouverts ». Quelques années plus tard, en 1912, Kahn créé les Archives de la Planète, un fonds de films et de photographies autochromes réalisés sur l’ensemble du globe. Son idée est simple : en donnant à voir les diversités culturelles du monde par le biais des voyages ou des images, les Hommes se rapprocheront et éviteront les conflits. À travers la réappropriation des Archives de la Planète dans cette installation, se sont posées des questions liées à l’actualisation de l’archive et à son « effervescence » dans l’espace public. Nous tenterons de revenir sur les enjeux visuels, artistiques, théoriques et politiques de cette installation.

17h45: Conclusion