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Entre l’Indien héroïque et l’indigène victime

Entre l’Indien héroïque et l’indigène victime

Miriam HERNANDEZ REYNA

Thèse en histoire, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction d'Henry Rousso

Entre l’Indien héroïque et l’indigène victime : construction de la mémoire et rapports au passé dans les politiques de la pluralité culturelle au Mexique.

Partant de l’historiographie de la Seconde guerre mondiale dont la mémoire et les réécritures du passé constituent des sujets centraux, cette recherche aborde la relecture du passé indigène à l’heure du multiculturalisme. A cet égard, j’examine notamment la formation des politiques de la pluralité culturelle au Mexique qui sont proposées depuis l’année 2001 comme une forme de protection de la « mémoire indigène », aussi bien que comme une forme de réparation historique. Cela implique interroger un tournant dans la vision du passé indigène à l’intérieur du multiculturalisme en Amérique Latine. Cette transformation, dont les origines remontent aux années 1970, constitue un passage des histoires nationales à la formation d’une relecture continentale du passé depuis les catégories d’ethnocide et colonialité. Vision propre à la construction d’une « anthropologue critique » et d’une « autochtonie globale », la mémoire place les peuples indigènes comme victimes de l’histoire et non seulement comme figures fondatrices des nations indépendantes. Au Mexique, dans ce terrain des mutations a favorisé l’émergence des revendications ethniques dont aujourd’hui des politiques publiques essayent de faire face. Ces politiques impliquent à l’heure actuelle une volonté officielle de construire une nation pluriculturelle en essayant d’abandonner les anciens projets d’homogénéité nationale. Toutefois, à travers une recherche d’archives, de recollection des sources orales et de plusieurs observations, nous pouvons constater les conflits, les retours et la forte présence des mythes des origines nationales qui font recours à une figure héroïsée de l’Indien combinée, paradoxalement, avec la figure d’un indigène victime. Abstraites et intraduisibles dans la réalité des régions et des communautés au Mexique, ces figures restent, cependant, des pièces clés dans la création d’un véritable régime gouvernemental de la pluralité culturelle. Cela permet finalement, d’interroger non seulement les rapports aux identités nationales à l’heure du multiculturalisme, mais aussi les rapports au passé dans le cadre des gestions publiques fondées dans une certaine vision de l’histoire.