13/04/04

Séminaire Pascal Ory - EHESS - 8 avril 1998

AVEZ-VOUS LU JEAN-RICHARD BLOCH ?

Conventions et interprétations d’une infortune littéraire

Michel Trebitsch

Institut d'histoire du temps présent

« Nous sommes tous propriétaires dans le monde. Les plus malheureux ont une maison, des terres, un parc.Les plus riches ont leurs propriétés répandues à la surface du globe. Grêle, incendie, sécheresse ni cambriolage ne les menacent. Elles consistent en certains coins secrets auxquels nous rattache le souvenir d’une heure divine. Beaucoup d’entre nous sont ainsi propriétaires à Venise, à Tolède, à Orange ou en mille autres petits endroits dont on parle moins.

Pour moi, je possède un banc à Chartres. Ce banc se trouve dans l’ombre du bas-côté gauche de la cathédrale. Il est adossé au mur du Nord. Qui s’y assied aperçoit devant lui, divisés par les colonnes de la nef, les vitraux du portail méridional et le grand orgue ».

Ces quelques lignes de “ L’Orgue de Chartres ”, le texte par quoi s’ouvre Destin du siècle, un essai de 1931, moins pour honorer un lieu cher à Pascal Ory que pour donner à entendre, en guise de préambule, la voix de Jean-Richard Bloch.

Dois-je avouer pourtant que je suis aujourd’hui un peu ennuyé d’avoir répondu à l’offre de Pascal Ory en proposant un sujet sur Jean-Richard Bloch ? Je voudrais tout de suite expliquer pourquoi. En cherchant à évoquer une figure intellectuelle qui a sombré pendant nombre d’années dans un oubli certain, je partais, d’ailleurs très consciemment, d’une intention de réhabilitation et de résurrection. C’est même tout le sens de l’action entreprise par l’association Etudes Jean-Richard Bloch que j’ai contribué à créer en 1993 et qui, comme toute société d’amitié littéraire, se fonde sur le culte, à tout le moins l’hommage envers le grand homme qu’elle se charge de faire connaître, mieux connaître ou reconnaître. Eh bien voilà : après avoir, en quatre ans, obtenu la réédition de trois ouvrages et réussi la tenue d’un important colloque à la Bibliothèque nationale de France, j’en viens à me demander s’il est vraiment nécessaire de redécouvrir Jean-Richard Bloch ou, plus exactement, ce qu’il importe de retenir en 1998 de son oeuvre et de son action, dans quel registre doit s’opérer cette retrouvaille et en direction de quel public. Autrement dit, l’oubli dans lequel il avait sombré est-il purement et simplement illégitime ? Autrement dit encore, doit-on s’interdire de considérer qu’une oeuvre littéraire, une figure intellectuelle, court le risque de se défraîchir et de se périmer ? On se doute que je vais au contraire tenter de démontrer que mon héros mérite d’être redécouvert, de vous donner donc envie de lire Jean-Richard Bloch ; mais ce sera au nom d’un protocole de lecture qui en appelle à la critique et à la discrimination du lecteur et qui, par résonance, invite à manier avec précaution toute fièvre rétrospective envers les ressuscités de la littérature.

Historien, je ne puis user qu’en amateur des théories de la réception qui sont devenues le lot commun de l’histoire littéraire. Je m’en tiendrai donc, ayant retracé à gros traits la biographie de Jean-Richard Bloch, à proposer quelques mesures de l’oubli.

1. Rappel biographique

Qu’un rappel biographique s’impose, c’est en soi reconnaître la disparition. Dans le genre de la notice, et je renvoie à celles de Nicole Racine dans le Maitron, de Christophe Prochasson dans le Dictionnaire des intellectuels, à la mienne dans le recueil de Michel Drouin, L’Affaire Dreyfus de A à Z, l’exercice consiste, non pas à sélectionner et à élaguer comme dans le cas d’un auteur célèbre, mais au contraire à faire entrer le maximum d’informations dans la place minimum généralement impartie aux seconds rôles [ ]. Voici donc l’exercice.

Né en 1884 dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée (son père, polytechnicien, était ingénieur des chemins de fer), Jean-Richard Bloch fait partie de cette seconde génération de jeunes intellectuels marqués par l’onde de choc du dreyfusisme, qui se retrouvent dans le courant “ vitaliste ” rêvant de régénérer la vieille société occidentale à la fois sur le plan politique et culturel, si bien analysé par Christophe Prochasson [1]. Agrégé d’histoire en 1907, il quitte vite l’enseignement pour plonger dans le combat politique et littéraire. Marié à Marguerite Herzog (la soeur d’André Maurois), installé à Poitiers, il milite au Parti socialiste unifié, devenant en 1911 secrétaire fédéral de la Vienne, en même temps qu’il fonde en 1910 la revue L’Effort (puis L’Effort libre), assez proche du courant unanimiste, et publie ses premiers recueils à la NRF, un “ livre de contes ”, Lévy (1912) et un roman, Et Compagnie, histoire d’une famille juive au XIXe siècle (1917).

La guerre est un tournant essentiel : mobilisé en août 1914, blessé trois fois gravement, il approuve, comme tant d'autres intellectuels socialistes, la guerre patriotique, ne se rapprochant de ses amis pacifistes et internationalistes, notamment de Romain Rolland, qu’à l'issue du conflit. Marqué lui aussi par la révolution russe, il soutient la naissance du Parti communiste, mais s’en éloigne avant même la “ bolchévisation ” du milieu des années 1920. Ces années où il demeure à l’écart du militantisme (malgré un engagement modéré en faveur du pacifisme et même du sionisme) sont les plus riches pour son oeuvre d’écrivain. Il multiplie les expériences littéraires, récits romanesques (La Nuit kurde, 1925), récits de voyage (Sur un cargo, 1924 ; Cacahouettes et bananes, 1929), nouvelles (Les Chasses de Renaut, 1927), pièces de théâtre (Le Dernier empereur, 1926). Surtout, directeur de collection aux éditions Rieder et pilier de la revue Europe, fondée en 1923, il acquiert une grande autorité dans les milieux intellectuels, à la fois par son oeuvre d'essayiste (Carnaval est mort, 1920 ; Destin du théâtre, 1930 ; Destin du siècle, 1931) et par son rôle de médiateur et même de mentor pour les plus jeunes générations.

C'est la montée des tensions, l'essor de la menace fasciste qui éclairent son retour au militantisme politique au lendemain du 6 février 1934 (il est parmi les fondateurs du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes) et son évolution vers le communisme, notamment après un voyage en URSS pour le premier Congrès des écrivains soviétiques en août 1934. Son oeuvre romanesque (Sybilla, 1932) s’interrompt au profit d'un essayisme de plus en plus engagé (Offrande à la politique, 1933 ; Naissance d'une culture, 1936) qui fait de lui une figure type d'intellectuel du Front populaire. Il est un des organisateurs du premier Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, réuni à Paris en 1935, il soutient les républicains espagnols (Espagne ! Espagne !, 1936) et devient avec Aragon co-directeur du quotidien Ce Soir. “ Compagnon de route ” du Parti communiste auquel il ne réadhère formellement qu’après Munich, il soutient sans faille sa politique, y compris le pacte germano-soviétique et, gagnant l’URSS au printemps 1941, il devient la voix de la France à Radio-Moscou. Rentré en 1944, reprenant la direction de Ce Soir, il est alors un des principaux dirigeants intellectuels du PCF. Très marqué par les épreuves (sa fille France Bloch, déportée et décapitée, est une héroïne de la Résistance), il meurt brutalement en 1947, laissant en guise d’oeuvres testamentaires des livres posthumes parmi les plus sectaires, notamment un “ portrait de Staline ”, L’Homme du communisme (1949).

2. Les cendres noires de l’Histoire

C’est en cette statue d’intellectuel communiste que la mort l’a figé, à l’orée de la Guerre froide, selon une série de célébrations dont Aragon se fait le grand prêtre, prononçant l’oraison funèbre devant la foule parisienne, réunissant et préfaçant dès 1948 Les Plus belles pages de Jean-Richard Bloch, l’insérant en 1953, aux côtés de Paul Eluard, Jacques Duclos, Maurice Thorez, dans sa galerie des héros de L’Homme communiste [2]. A partir de cette date, seul l’espace communiste entretiendra le culte du souvenir, notamment autour d’Europe, dirigée après-guerre par Pierre Abraham, qui n’est autre que le frère de Jean-Richard Bloch. Deux numéros spéciaux de la revue, en 1957 et 1966, lui sont consacrés, tandis que le Club des amis du livre progressiste réédite Et compagnie en 1963, les Editeurs français réunis, l’anthologie d’Aragon en 1964, année où est fondée une première association, Les Amis de Jean-Richard Bloch, animée par Pierre Gamarra, année aussi où paraît chez Albin Michel, sous le titre Deux hommes se rencontrent, sa correspondance avec Romain Rolland [3].

A cette survie d’une quinzaine d’années succède peu à peu le silence, une plongée accélérée, sinon vers l’enfer, du moins vers le purgatoire. Il devient de plus en plus impossible de lire Jean-Richard Bloch. En 1996, lorsque sont entreprises, à l’instigation de l’association Etudes Jean-Richard Bloch, la réédition de Destin du siècle (présentation de Michel Trebitsch, PUF, “ Quadrige ”, 1996), Et Compagnie (préface de Max Gallo, Gallimard, 1997), Espagne ! Espagne ! (préface de Carlos Serrano, Le Temps des cerises, 1997), ne demeurent en fonds, selon le Catalogue des livres disponibles du Cercle de la librairie, que trois livres : La Nuit kurde, réimprimée chez Gallimard en 1960, la correspondance avec Romain Rolland et le curieux reprint, à Genève, du diplôme d’études supérieures de Bloch sur L’Anoblissement en France au temps de François Ier... Une explication s’impose dès lors, celle que suggère Jean Albertini lorsqu’il publie en 1981 aux Éditions sociales la première et à ce jour la seule biographie de notre héros, qu’il l’intitule non sans raison : Avez-vous lu Jean-Richard Bloch ? Cela ne veut pas dire Aimez-vous Brahms ? Et il y a comme un aveu d’impuissance dans cette interrogation : le silence sur l’oeuvre de Jean-Richard Bloch serait un silence organisé. Voici, donnant l’ossature de l’argumentaire, les premières lignes de l’introduction d’Albertini :

« Éditer et présenter un choix de textes de Jean-Richard Bloch, c’est d’abord tâcher de contribuer à un réparation. Car son oeuvre a durement subi le châtiment scandaleux qu’infligent à ceux qui prennent le parti du peuple la bourgeoisie et ses institutions (Université, éditions, presse, etc.) : celui du silence organisé ».

Y compris jusqu’à aujourd’hui n’a cessé de courir cette ligne d’explication par l’anathème politique, par “ les cendres de l’histoire ”, selon l’expression de Max Gallo dans sa préface à la réédition de Et Compagnie :

“ Les cendres noires de l'Histoire ont enseveli Jean-Richard Bloch. On ne survit pas dans les mémoires en cette fin de siècle quand, en 1939 au moment du Pacte germano-soviétique, on s'est rangé aux côtés de l'URSS et qu'on est resté fidèle au Parti communiste. Quand, seul intellectuel français connu, on a séjourné à Moscou entre 1941 et 1944 et assuré une chronique régulière pour Radio-Moscou. Quand on a publié un livre à la gloire de Staline et quand on meurt en 1947 - à 63 ans - à l'orée de la guerre froide, avant que vienne le temps des révisions, des repentirs, des mea-culpa, des plaidoyers. Ou des explications. On reste enfoui. Et tout ce qui précède cette année 1939, une vie, une oeuvre, est oublié. On n'est plus rien ”.

“ On n'a pas eu le destin tragique d'un Georges Politzer qui magnifie la vie d'un intellectuel communiste, poursuit Gallo. On n'a pas la postérité pathétique d'un Paul Nizan, la gloire ambiguë d'un Aragon, ou la notoriété d'un Henri Barbusse ou d'un Jean Guéhenno ”. J’ai moi-même participé de cette posture dans mon introduction à Destin du siècle, lorsqu’invitant moi aussi à “ relire ” Jean-Richard Bloch, j’ai opposé au portrait figé de l’écrivain communiste la “ composition plus complexe ” de l’intellectuel critique antérieur au dogme et à la glaciation. Prêt donc à jeter aux orties l’intellectuel engagé des années 1930 et 1940, pour redécouvrir une limpidité originelle qui aurait été recouverte par la prise de parti. Ce discours en défense de la complexité et aussi de la totalité d’une trajectoire fonctionne-t-il très différemment de la “ défense et illustration ” sans nuances véhiculée par le dernier carré des fidèles communistes ?

C’est donc le communiste qui serait rejeté de la légitimité littéraire, et la condamnation de l’engagement rejaillirait sur l’ensemble de son oeuvre. Un parallèle s’impose, toute proportion gardée, avec la “ fortune critique ” d’Aragon, jeté aux poubelles de l’histoire dès avant sa mort en 1982 et ne ressurgissant que tout récemment, à l’occasion de son centenaire. Je n’ai pas oublié, jusqu’à un tardif article réparateur de Josyane Savigneau dans Le Monde, comment, dans les années 1980, furent emportés dans le même rejet, non seulement la poésie patriotique des années de guerre, mais une grande part d’une oeuvre où l’on traquait méchamment l’artifice et la trahison.

3. La mémoire sélective

Par contre-coup, tout regain d’intérêt pour Bloch est mis sur le compte d’une volonté d’exhumation, de lutte contre l’enterrement, l’enfouissement, l’enfer dans lequel on l’aurait tenu. “ Exhumer et redécouvrir l’oeuvre de Jean-Richard Bloch n’a rien d’une sinistre besogne ”, proclame la plaquette d’accompagnement d’une cassette publiée par l’IFOREP au début des années 1980 ; “ Retrouver Jean-Richard Bloch ” s’intitule la première rencontre scientifique organisée sur lui en France en 1992, mais publiée par une revue universitaire hongroise [4]. Le processus de re-légitimation prend toute sa mesure avec les rééditions de 1996-1997, saluées par les chauds comptes rendus de Jorge Semprun dans le Journal du dimanche et de Dominique Fernandez dans le Nouvel Observateur [5]. Le cinquantenaire de sa mort, dûment inscrit au calendrier des Célébrations nationales, se voit couronné par un grand colloque à la Bibliothèque nationale de France.

A ce tableau structuré sur le mode de “ mort et résurrection ”, une approche plus technique apporte de sérieuses retouches et suggère d’autres interprétations sur le visible et le lisible. Sur la réception posthume de Jean-Richard Bloch, on dispose d’un certain nombre d’instruments de mesure, et tout d’abord la présence en fonds de ses livre. Parmi ses quelque 25 ouvrages, dont la publication s’étale de 1912 à 1949, on distingue assez aisément deux versants, l’un proprement littéraire, l’autre critique et idéologique, qui correspondent à la fois à sa propre trajectoire et à la présence de deux espaces éditoriaux distincts. Du côté de la littérature, une oeuvre de conteur (Lévy, Les Chasses de Renaut), de romancier (Et Compagnie, La Nuit kurde, Sybilla), de dramaturge (Le Dernier empereur, Toulon), qui fait de Jean-Richard Bloch un auteur NRF, sans pourtant qu’il ait appartenu à la chapelle. Du côté de l’essayisme, de ses séries d’“ Essais pour mieux comprendre mon temps ” aux recueils engagés des années 1930 et 1940, la figure d’un intellectuel de gauche, homme de revue à Europe et d’édition chez Rieder, qui s’approche peu à peu du PCF, aux éditions duquel il ne publie que peu et tard.

La guerre ne marque pas, en termes d’accessibilité, une totale rupture : on est en effet assez surpris de voir que ses livres ne figurent pas sur les listes Bernard et Otto pendant l’Occupation. Je me permets à ce sujet de signaler un curieux document des archives Gallimard que Patrick Modiano m’a fait connaître. Découvrant Et Compagnie à l’étalage de la librairie Despretz en juillet 1942, Je suis partout accusait Gallimard de réapprovisionner les libraires des livres de Bloch. La réponse, non signée, de la Librairie Gallimard, précise qu’elle avait donné l’ordre d’interdire les livraisons dès septembre 1940 et recommandé aux libraires de n’exposer aucun livre non aryen. En vérité, outre les rares publications de Bloch aux éditions communistes, les livres qui disparaissent pendant la guerre sont ses essais publiés chez Rieder, maison d’édition avalée dès 1936 par les PUF, qui feront elles-mêmes le ménage dans leurs fonds (je renvoie ici, pour ce qu’on peut en connaître, aux travaux de Pascal Fouché sur l’édition sous l’Occupation, Marie-Céciel Bouju sur Rieder, Valérie Tesnière sur Alcan).

A la mort de Bloch, la plupart de ses livres sont donc toujours disponibles. La liste fournie en 1948 dans l’anthologie d’Aragon ne signale, en dehors de petites éditions à faible tirage, qu’un seul ouvrage épuisé, le récit Sur un cargo publié chez Gallimard en 1924. Une quinzaine d’années plus tard, en 1964, l’association Les Amis de Jean-Richard Bloch fournit, lors de sa naissance, la liste des ouvrages disponibles, y compris les quelques rééditions. Un seul autre titre manque chez Gallimard, l’autre récit de voyage Cacahouètes et bananes. En revanche ont disparu tous les “ essais pour mieux comprendre mon temps ” parus dans les années 1930 chez Rieder, mais aussi les livres politiques de son engagement des années 1930 et 1940, Espagne, Espagne ! et surtout Moscou-Paris et L’Homme du communisme. Portrait de Staline. Mais poursuivons, avant toute tentative d’interprétation, cette mesure de l’oubli. En 1972, où l’on a désormais le Catalogue des livres disponibles du Cercle de la librairie, ne restent en fonds que cinq ouvrages : Carnaval est mort (1920), Et Compagnie dans la réédition Gallimard de 1947, La Nuit kurde (réimpression 1960), Toulon (1948), Les Plus belles pages (édition de 1964). Ils resteront disponibles jusqu’en 1986, où ne demeurent au Catalogue, et cela jusqu’à 1996, que La Nuit kurde et le reprint de L’Anoblissement.

Autrement dit, si l’on s’en tient, en termes de lisibilité, aux ouvrages accessibles de Bloch, contrairement à tout le discours sur l’anathème, ce sont les livres politiques et, particulièrement les livres communistes, qui ont les premiers disparu. On admettra certes, et j’y reviendrai pour les essais de l’entre-deux-guerres, qu’il s’agit là du genre littéraire le plus volatil. Mais on doit peut-être d’abord chercher dans cette disparition non point l’effet de l’exclusive anti-communiste, mais tout à l’inverse celui d’une censure communiste et, plus généralement, de l’instrumentalisation du culturel et du littéraire par le PCF. C’est l’évidence même pour les livres les plus gênants, les plus staliniens, qui sortent du circuit au lendemain du XXe Congrès de 1956. Cela touche aussi les essais antérieurs à l’engagement communiste direct, notamment Destin du siècle et Offrande à la politique. Mais cela atteint même les livres les plus “ compagnons de route ” aux temps mythiques du Front populaire, Naissance d’une culture et Espagne ! Espagne. Cette impression est totalement confirmée par la politique de publication de textes inédits ou réédités de Bloch dans Europe après guerre, qui s’interrompt d’ailleurs de 1973 à 1995. Y dominent, notamment dans les deux numéros spéciaux de 1957 et 1966, les textes littéraires, présentés dans un savant désordre chronologique ; les textes d’intervention se limitent à la Première Guerre mondiale, à la période du Front populaire, aux écrivains russes les plus indiscutables, Tolstoï ou Gorki, alors que les références à la Seconde Guerre et à l’URSS sont relativement rares. Par ailleurs, si Europe publie la correspondance avec Roger Martin du Gard, celle-ci ne sera jamais recueillie en volume ; quant au projet de “ Classiques du peuple ” de Jacques Gaucheron, évoqué en 1964, il ne verra jamais le jour.

Il faudrait, et c’est ce que Nicole Racine a entrepris dans une étude à paraître prochainement, réfléchir ici sur le rôle de la revue Europe après 1945, sur son autonomie relative même en plein stalinisme et en pleine Guerre froide, mais aussi sur cette instrumentalisation de la littérature et du littéraire pour ne pas aborder de plein fouet le politique. La sélection d’inédits littéraires, le souci du détail minutieux et neutre (jusqu’à suivre la trace des “ Logements et villégiatures ” de Bloch), ne sont pas sans rappeler le refuge dans l’érudition d’un certain nombre d’intellectuels soviétiques de l’époque. Contournant, à partir des années 1960, la question de plus en plus impossibe du “ réalisme socialiste ”, les quelques travaux sur Bloch se concentrent sur la stylistique, voire, à l’aurore du structuralisme, sur la sémiotique. Qui plus est, les principaux chercheurs travaillant, non sur l’engagement de Bloch mais sur son oeuvre d’écrivain, sont étrangers, venant pour la plupart, tels Vladimir Brett, Fedor Narkirier, Tivadar Gorilovics, Wolfgang Klein, des “ pays socialistes ”, selon une démarche classique : l’aura de la culture française qui permet de maintenir un lien avec le monde extérieur en temps de fermeture [6].

4. Le temps des “ hommes doubles ”

C’est qu’il est d’autres raisons, celles-là plus proprement littéraires, à l’ombre qui recouvre peu à peu le souvenir de Jean-Richard Bloch. Revenons un instant sur la démesure et l’injustice de l’opprobre dans laquelle Aragon fut vingt ans tenu, car elles nous livrent une clé qui ouvre aussi sur Bloch : la marginalisation politique parvient à rendre suspects les choix littéraires eux-mêmes. Quand Albertini publie sa biographie en 1981, il tombe mal. La gauche est au pouvoir, mais “  le silence des intellectuels ” s’installe et, tandis qu’on se débarrasse, au lendemain des funérailles de Sartre, des corps à peine refroidis des intellectuels engagés, c’est aussi tout un pan de la tradition littéraire qui est en train, sans qu’on y prenne garde, de basculer alors qu’émerge, selon le mot de Pérec, un “ réel inédit ”, qui se construit sur une double novation contradictoire, l’effacement de l’auteur au profit de la réécriture généralisée et du fantastique de l’érudition, la vague autobiographique qui, emportant les maîtres du Nouveau Roman et l’avant-garde des années 1970, privilégie l’écriture du fragment, de l’insolite ou de l’ordinaire [7]. Serait-ce simplement à dire que Bloch a vieilli ? Si l’on a oublié longtemps Jean-Richard Bloch après sa mort, n’est-ce pas qu’il était devenu oubliable ? Les choses sont un peu plus complexes. C’est à sa légitimité littéraire que je veux m’appliquer ici, pour tenter de saisir de quoi se fait la figure d’un écrivain, en quoi cela échoue, où le bât blesse.

Je partirai du portrait de Bloch que dessine Christophe Prochasson dans son ouvrage Les Intellectuels et le socialisme, où il en fait un “ cas d’école idoine ” de la coexistence improbable, voire impossible, entre deux modèles d’engagement : « Le premier, aristocratique, est celui de l’écrivain tel que l’a légué un ancien régime de la définition du clerc.Le second, démocratique, est hérité de l’affaire Dreyfus et instaure en nouveau rapport à la vie politique » [8]. Reprenons un instant la bibliographie de ses oeuvres, cette disjonction entre, pour simplifier, “ l’écrivain NRF ” et l’“ intellectuel Rieder ” puis communiste. Autrement dit, du point de vue de l’espace ou du champ littéraire, voici un écrivain qui, presque dès le début (peut-être dès avant 1914, à cheval entre la province et Paris), ne se trouve pleinement situé dans aucun des cercles de légitimation cohérente. Sans pour autant être un solitaire, et tout en rêvant de la retraite aristocratique que symbolise sa maison poitevine de la Mérigote, il ne profite pas pleinement de la reconnaissance du clan. Quoique nous disposions de dossiers de presse très bien tenus dans le fonds Jean-Richard Bloch de la BNF, je n’ai pas eu le temps de faire un comptage précis des comptes rendus. On dispose du moins d’un critère plus rapide : celui des rééditions et des traductions. Seules ses oeuvres littéraires connaissent des rééditions, assez peu nombreuses et à brève échéance, à l’exception de La Nuit kurde et surtout Et compagnie. Quant aux traductions, assez nombreuses, il faut distinguer l’écho immédiat réel (mais pas au-delà des années 1930) de plusieurs oeuvres, notamment en Allemagne où Bloch a son traducteur attitré Paul Amann, en Angleterre (Gollancz) et aux États-Unis (Simon & Schuster), voire en Europe centrale, d’un écho militant relayé par la publicité faite en URSS à ses oeuvres dès la fin des années 1920, mais surtout ensuite (Toulon sera d’abord publié en français aux Éditions en langues étrangères de Moscou).

A cet espace littéraire délimité à gros traits, il faut ajouter la dimension chronologique. La trajectoire idéologique et politique de Bloch s’est construite, presque mythiquement, sur l’idée du sacrifice de l’oeuvre proprement littéraire au profit de l’engagement. Dans les années 1920, on le voit, il est avant tout un auteur de fiction, et même ses essais, Carnaval est mort ou encore Destin du théâtre en 1930, sont empreints de considérations littéraires. Après Sybilla en 1932, la création s’arrête, si l’on excepte la représentation en 1937 du “ spectacle de masse ” Naissance d’une cité, tardivement repris dans Toulon. L’emportent désormais les essais et les interventions de plus en plus politiques, recueils des fameux “ Commentaires ” d’Europe puis des articles de Ce Soir ou des chroniques de Radio-Moscou. L’essayiste, le journaliste a chassé l’écrivain. Légende, disais-je, du sacrifice : Jean Albertini et quelques autres n’ont pas manqué de rapporter l’anecdote de son entrée à la direction de Ce Soir en 1937, Aragon venant le tirer de sa retraite poitevine, en pleine nuit, pour le convaincre de se lancer dans l’aventure, et Bloch laissant là ses livres devant lui, abandonnant ses projets de suite à Sybilla, de pièces de théâtre, donnant ce “ oui temporaire et révocable ” dont il ne se sortira plus [9].

On ne peut, à ce stade, se dispenser d’une interrogation plus difficile. Formulons-la de la manière suivante, un peu trop simplificatrice : et si l’engagement n’avait été, aussi, comme une sorte de solution, voire de fuite en avant, face aux obstacles et aux échecs de l’oeuvre littéraire ? C’est ici qu’il faut s’appliquer à une lecture attentive et comptable de la réception des livres de Jean-Richard Bloch au moment de leur parution, mais aussi à une étude de sa correspondance qui est, le moment est venu d’en dire un mot, la partie la plus monumentale – une centaine de volumes - d’un des fonds contemporains les plus importants du Département des manuscrits de la BNF, où l’on trouve aussi carnets de notes, agendas, manuscrits et leurs divers états, articles, conférences, interventions politiques, dossiers de presse. Parlons donc des échecs de Jean-Richard Bloch, puisqu’après tout aucune de ses oeuvres n’a jamais reçu un accueil sans mélange. Le temps passant, ce qui m’arrange bien, car je n’ai pas pu détailler l’ensemble de cette réception et n’ai procédé jusqu’ici que par sondage, je vais vous demander de me croire sur parole, ou du moins de vous référer aux principales correspondances publiées, notamment avec Romain Rolland, Roger Martin du Gard, Georges Duhamel, André Gide, pour s’en tenir aux figures littéraires les plus célèbres. On s’aperçoit alors, pour aller vite, que, quelle que soit la qualité de telle ou telle oeuvre prise en elle-même, c’est le projet littéraire de Bloch qui apparaît le plus fragile et le plus soumis à critique. On ne lui déniera pas, du moins, le mérite de la continuité, l’idée d’un “ art social ” sinon d’un art du peuple ou d’un art populaire, qui émerge dès l’avant-guerre et se manifestera tout autant dans son rêve d’un “ théâtre du peuple ”, ses expérimentations romanesques ou même poétiques et musicales, que sa vision d’un “ réalisme ” qui ne peut être seulement enfermé dans la doxa socialiste.

Et pourtant, par-delà cette continuité, l’emporte la sensation de disparate et d’inachevé. Il y a chez Bloch une volonté d’expérimentation - ne participe-t-il pas, par exemple, à la mode du “ haï-kaï ” français, et son conte romanesque La Nuit kurde, passible d’une lecture psychanalytique, ne comporte-t-il pas des passages identifiables au monologue intérieur joycien ? Remarques brèves qui, soit dit au passage, devraient un jour amener à reconsidérer la place (ou l’échec) de l’unanimisme auquel Bloch s’apparente par certains côtés. Il y a volonté d’expérimentation, défense jusqu’au Congrès des écrivains soviétiques de 1934 du droit à l’écriture expérimentale, vision d’une avant-garde esthétique qui présagerait d’une “ nouvelle civilisation ” révolutionnaire, mais en même temps incompréhension profonde de tout l’avant-gardisme incarné notamment par le surréalisme. On pourrait distinguer, chez Bloch, deux catégories d’échecs. La première, la plus simple, se lit en termes de réception. Elle est particulièrement nette dans le domaine théâtral, alors qu’il a analysé lui-même avec tant de perspicacité le théâtre de son temps [10]. La seconde catégorie est plus complexe : c’est son rapport à ses propres projets. Il y a une grande béance dans l’histoire de son oeuvre, c’est le projet jamais mené à bien d’un grand cycle romanesque en cinq volumes qui, reprenant en partie le Bildungsroman qu’était Et Compagnie et débouchant sur l’îlot détaché de Sybilla, si mal accueilli malgré le soutien de Jean Paulhan, constitue ce fantôme essentiel à partir de quoi il faut, me semble-t-il, lire Jean-Richard Bloch, bien plus qu’à travers ses réalisations effectives. Le Faiseur de fédération, dont l’esquisse apparaît dès le début des années 1920 dans ses carnets et sa correspondance, projette, comme il le note en décembre 1928, d’“ écrire le roman d’aventures, moral, sentimental, intellectuel et politique ” d’ un “ chevalier moderne ”, forgeur de peuple, celui qui s’évertue, selon une autre note d’avril 1930, “ à sortir de la Comédie humaine et à redonner un sens divin à la vie humaine ” [11]. Texte mythique, non seulement parce que Bloch évoque, à mainte reprise, la complexité de sa mise en oeuvre, la difficulté à choisir une forme romanesque entre Proust et Balzac, mais aussi parce qu’il est au coeur de toute sa fièvre de l’immédiat avant-guerre et des débuts de la guerre : le manque de temps, la précipitation des événements, et jusqu’à la perte du manuscrit du second volume, Clotilde, dans le départ précipité vers Moscou en 1941.

Il y eut en ces temps d’autres manuscrits perdus. Et l’on pense à Nizan. Il y eut aussi le début de cette grande machine, qui échappe à une réduction au “ réalisme socialiste ” et qui est “ Le monde réel ” d’Aragon, commencé en 1932 avec Les Cloches de Bâle. Toute la distance est là. Elle est entre l’intellectuel dominant et l’intellectuel dominé selon Bourdieu, entre le “ grantécrivain ” dont Dominique Noguez a tracé le portrait dans un numéro du Débat, et l’“ homme double ” analysé dans le dernier livre de Christophe Charle, Paris fin de siècle [12]. Du “ grantécrivain ”, Bloch pourrait sembler présenter toutes les dispositions telles qu’elles sont définies par Noguez : c’est un écrivain, qui fabrique son monde (Gallo n’écrit pas autre chose dans sa préface à Et Compagnie), qui a eu son public ; c’est un “ trans-écrivain ”, pratiquant tous les genres ; c’est un “ méta-écrivain ”, ouvert au monde et intervenant sur lui, par l’écriture (l’essai) et par l’engagement. Ce qui lui manque pour y atteindre ? D’être parvenu à concilier son “ existence sociale ” et son “ existence littéraire ”, pour reprendre la distinction de Flaubert signalée par Christophe Charle, qui voit dans l’émergence de la figure de l’intellectuel à la fin du XIXe siècle l’apparition de “ l’homme double ”, traversé par une scission intime entre des exigences contradictoires, entre des rôles sociaux multiples, entre des sphères opposées de l’existence. A l’intersection de ces différents champs, comme crucifié à la croisée de ces routes, Jean-Richard Bloch incarne aussi le seul pouvoir qui reste à l’homme double, celui d’intermédiaire, de médiateur, ce nouveau pouvoir intellectuel qui s’impose à la fin du siècle entre l’auteur et le lecteur, entre le créateur et le public.

Conclusion

C’est à partir de ces considérations que j’aimerais conclure. Je ne sais trop si j’ai choisi de parler de “ l’infortune littéraire ” de Jean-Richard Bloch par référence ironique à la notion éculée de “ fortune critique ” ou par association inconsciente aux “ infortunes de la vertu ”... Si je disais seulement que Bloch a été oublié non par anathème idéologique, mais qu’il demeure toujours au second plan parce qu’il n’est qu’un second rôle, qu’une figure de composition dont il est difficile de déceler l’identité propre, la marque, la trace, la “ patte ”, on aurait toutes les raisons de me demander d’autres comptes. Je préfère avancer qu’il n’a cessé d’être décalé par rapport à ses publics possibles, mais aussi, d’une certaine façon, par rapport à ses propres projets. Jamais pleinement reconnu, jamais pleinement satisfait.

Plutôt que de porter un quelconque jugement qualitatif sur son oeuvre, on se contentera d’emprunter aux théories de la réception l’idée qu’il n’entre jamais pleinement dans une des séries qui conditionnent l’existence d’un texte et d’un auteur. C’est ce décalage, cette impression de bougé, qui font de lui, mieux même que les fonctions qu’il a tenté d’assumer, par exemple comme essayiste, homme de revue, homme d’édition, non seulement un témoin, un médiateur, un intermédiaire, mais ce que j’aimerais appeler au sens plein : un interlocuteur. Sa redécouverte partielle et récente a été placée sous le signe de la modernité et de l’actualité de son oeuvre. C’est le point de vue que je défendais moi-même dans mon introduction à Destin du siècle. Et de fait, il y a quelques connivences entre ces deux temps d’incertitudes, l’entre-deux-guerres et notre temps. Mais il faut plutôt insister ici sur la forme et le véhicule de cette redécouverte. C’est d’abord une connaissance ou reconnaissance érudite et universitaire qui a l’a rendue possible. Si la légitimité littéraire de Jean-Richard Bloch est vraisemblablement moins importante que sa place dans le champ intellectuel, c’est par une attention particulière à ses textes d'intervention et surtout à l'ensemble des sources mises à notre disposition par son fonds monumental de la BNF qu’on saura lui rendre justice. En ce sens, par sa taille comme par sa diversité, la correspondance de Jean-Richard Bloch, devenue un terrain de fouilles essentiel pour les chercheurs, s'impose comme une source indispensable à toute l'histoire intellectuelle de la première moitié du XXe siècle, définissant un “ espace épistolaire ”, au sens propre (Paris/province, France/étranger) comme au sens figuré, celui des formes contemporaines du “ commerce intellectuel ”, sans lequel il n’est plus possible de penser le champ littéraire. Le Jean-Richard Bloch qui ressort ainsi de l’oubli n’est plus tout à fait celui qui y avait plongé. Il nous revient comme “ de l’étranger ”, d’un autre temps et d’un autre lieu qui dessine le modèle ou le moule en creux de nos propres références[13].



[ ] Respectivement in : Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t. 19, Paris, Ed. ouvrières, 1983, p. 267-271 (nouvelle version t. 44, Compléments aux tomes 1 à 43, Paris, Ed. de l’Atelier, 1997, p. 82-90) ; Jacques Julliard, Michel Winock (dir.), Dictionnaire des intellectuels français, Paris, Seuil, 1996, p. 155-157 ; Michel Drouin (dir.), L’Affaire Dreyfus de A à Z, Paris, Flammarion, 1994, p. 143-146

[1] Christophe Prochasson, Les Intellectuels, le socialisme et la guerre 1900-1938, Paris, Seuil, 1993, coll. “ L’Univers historique ”.

[2] Aragon, “ Adieu à Jean-Richard Bloch ”, Europe, n° 17, mai 1947 ; Les Plus belles pages de Jean-Richard Bloch, présentées par Aragon, Paris, La Bibliothèque française, 1948 ; Aragon, L’Homme communiste, t. II, Paris, Gallimard, 1953.

[3] Europe, n° 135-136, mars avril 1957 et n° 446, juin 1966.

[4] “ Découvrir et connaître : Jean-Richard Bloch homme... et homme de lettre ”, Coffret de deux cassettes et un livret, Organon-images, IFOREP, slnd ; Tivadar Gorilovic (dir.), “ Retrouver Jean-Richard Bloch ”, Studia romanica (Université L. Kossuth, Debrecen), 1994.

[5] Jorge Semprun, “ En attendant les lanciers polonais. Napoléon, Max Gallo et Jean-Richard Bloch ”, Journal du dimanche, 8 juin 1997 ; Dominique Fernandez, “ Connaissez-vous Jean-Richard Bloch ? ”, Nouvel Observateur, 19-25 juin 1997.

[6] Par exemple Vladimir Brett, “ Jean-Richard Bloch et l’esthétique révolutionnaire ”, La Nouvelle Critique, n° 137, juin 1962, p. 87-104.

[7] Jacques Lecarme, Bruno Vercier, “ Littérature : un réel inédit ”, in Les Idées en France 1945-1988. Une chronologie, Paris, Gallimard, Le Débat/Folio histoire, 1989, p. 481-487.

[8] Christophe Prochasson, Les intellectuels et le socialisme, Paris, Plon, 1998, p. 188-194.

[9] Voir sa lettre, toujours citée, à Roger Martin du Gard, 21 octobre 1937, in Europe, n° 429-430, janvier-février 1965, p. 357-358.

[10] Wolfgang Asholt, “ Le destin de Jean-Richard Bloch au théâtre ”, Revue de la société d’histoire du théâtre, n° 175, 1992, p. 199-220.

[11] “ Notes pour le Faiseur de Fédération ”, cinq cahiers manuscrits, Fonds JRB, en partie publiés sous le titre “ Projets ” dans Europe, n° 135-136, mars-avril 1957.

[12] Dominique Noguez, “ Le grantécrivain. D’André Gide à Marguerite Duras ”, Le Débat, n° 86, septembre-octobre 1995, p. 39-51 ; Christophe Charle, Paris fin de siècle. Culture et politique, Paris, Seuil, 1998, coll. “ L’Univers historique ”.

[13] J’ai en partie repris cette thématique de l’échec de la création littéraire chez Bloch dans : « De la situation faite à l’écrivain juif dans le monde moderne : Jean-Richard Bloch, entre identité, littérature et engagement », Archives juives, n°36/2, 2e semestre 2003, P. 43-57.